[MàJ] Tim Cook : la demande du FBI « peut exposer les gens à d’incroyables vulnérabilités »

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Par Elodie le

Le CEO d’Apple persiste et signe : accéder à la demande du FBI n’aura pour conséquences que d’affaiblir le chiffrement et porter atteinte aux libertés des citoyens du monde entier.

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Une semaine que le FBI et Apple se livrent une guerre de tranchées, chacun campe sur ses positions et n’en démord pas.

Depuis l’injonction faite à la firme à la pomme de fournir « une assistance technique raisonnable » aux autorités pour réussir à extraire les données de l’iPhone 5C d’un des auteurs de la tuerie de San Bernardino, le chiffrement et la protection de la vie privée sont revenus au cœur des débats.

Pour le FBI la demande est simple : Apple doit créer et installer un logiciel permettant aux autorités de procéder par force brute, c’est-à-dire utiliser toutes les combinaisons possibles pour deviner le code du suspect afin d’accéder au téléphone (et donc aux données) sans que le téléphone ne se bloque après 10 tentatives infructueuses. Pour cela le système d’exploitation bis doit contourner la protection du smartphone.

Pour Apple, cela revient à affaiblir le chiffrement de ses terminaux et cela « créerait un précédent juridique ayant pour conséquence d’étendre les pouvoirs de gouvernement et nous ne savons pas où cela va nous mener ». Si le FBI prétend n’avoir besoin de ce logiciel que sur ce téléphone, rien ne garantit qu’il ne tentera pas d’étendre cette technologie sur d’autres appareils ou que cette clé ne tombera entre de mauvaises mains. Le risque est trop important pour Apple.

Le FBI sort donc d’autres cartes de sa manche, notamment en jouant sur la corde sensible parlant victimes, patriotisme, terrorisme et sécurité nationale. Des arguments qui font mouche auprès d’une partie de la population américaine selon un récent sondage (Pew Search Center) et du côté des familles des victimes qui entendent soutenir la demande du FBI. Les géants de la Silicon Valley quant à eux se rangent derrière Apple.

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Le directeur du FBI, James Comey

Néanmoins, l’argument du « cas particulier » agité par le FBI (et repris par Bill Gates) a du plomb dans l’aile depuis que le Wall Street Journal est venu révéler que la FBI avait 12 autres iPhone dans le viseur pour des enquêtes de droit commun n’ayant aucun lien avec le terrorisme.

Le gouvernement a également utilisé le All Writs Act dans ces affaires pour que la justice contraigne Apple à lui fournir cette aide technique. Le All Writs Act de 1789 permet à un tribunal d’exiger la collaboration d’une tierce partie pour aider les autorités dans leurs affaires en cas de force majeure et lorsqu’aucun autre outil juridique n’est disponible.

Tim Cook en est réduit à vanter les mérites du chiffrement dans les médias et auprès de ses clients, notamment via une lettre ouverte et une FAQ.


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S’il s’est dit enclin à soutenir la création d’un comité d’expert charger d’évoquer le chiffrement des appareils de la firme et coopère déjà avec les autorités lorsqu’elles sont munies d’un mandat et qu’il est possible d’accéder aux données d’un téléphone, il reste ferme sur le chiffrement et les portes dérobées.

Dans une interview accordée à ABC, Tim Cook plaide à nouveau sa cause et sort cette affaire du carcan dans laquelle on voudrait l’enfermer : « Cette affaire ne concerne pas un téléphone. Cette affaire concerne l’avenir », estime-t-il. « Ce qui est en jeu ici, c’est que le gouvernement peut contraindre Apple de créer des logiciels qui, selon nous, rendront des centaines de millions de clients vulnérables dans le monde – y compris aux États-Unis ».

Allant plus loin, il assure que « la seule manière possible serait d’écrire un bout de logiciel que nous considérons être comme une sorte de logiciel cancer. Nous pensons que c’est une mauvaise chose de l’écrire. Nous ne voudrions jamais l’écrire. Nous ne l’avons jamais fait. »

Il rappelle alors que le FBI s’est lui-même tiré une balle dans le pied en réinitialisant le mot de passe ID du compte Apple du suspect, ce qui a rendu impossible la récupération de la dernière sauvegarde du téléphone. Tim Cook affirme qu’en contactant Apple plus tôt, cela ne se serait jamais produit. C’est un faux pas « majeur » du FBI qui tente depuis de se rattraper aux branches en forçant Apple à casser le chiffrement de ses appareils.

Le boss d’Apple estime que la création de ce firmware voulu par le FBI serait une erreur et qu’il pourrait exposer d’innombrables personnes à « d’incroyables vulnérabilités ».

En déposant une motion pour faire annuler l’injonction du tribunal, Tim Cook estime qu’Apple se retrouve dans la position de ceux qui s’opposent au gouvernement pour protéger les libertés civiles alors que le gouvernement est censé les défendre.

Ou pour reprendre les mots d’Edward Snowden : « Le FBI crée un monde où les citoyens ont besoin d’Apple pour défendre leurs libertés. »

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