Suicide Squad s’est planté à cause de sa production chaotique

Cinéma

Par Pierre le

Suicide Squad est mauvais. C’est un fait. Le film s’est fait atomiser par les critiques françaises et américaines et même notre cinéphile de choc, Henri, s’est senti insulté devant ce spectacle :

La dictature du cool ne peut pas faire oublier l’indigence d’un scénario absurde, qui prend décidément le spectateur pour un suicidaire.

Suicide squad

Nous nous trouvons donc dans le même cas de figure que Batman vs Superman, où les critiques détruisent le film tandis que les fans ripostent, crachant sur les dits-critiques. Si la chose se montrait compréhensible pour Batman vs Superman (le film dispose de nombreuses qualités), elle est moins tenable pour Suicide Squad, qui a tout du naufrage cinématographique. Dans un excellent papier, The Verge explique bien que cette confrontation critiques/fans est inutile, puisque les premiers sont les meilleurs alliés des deuxièmes pour améliorer le cinéma super-héroïque.

Suicide Squad est donc un ratage. Un lamentable ratage. La question n’est donc pas de savoir qui a raison ou tort entre les critiques et les fans, mais de comprendre comment un tel projet, prometteur sur le papier, a pu sombrer à ce point. C’est là qu’intervient cet excellent article de The Hollywood Reporter, (THR) qui a suivi la production chaotique du film pendant un an.

Les coulisses du naufrage

THR pointe d’abord du doigt la date de sortie intenable du film, impossible à décaler avec les accords commerciaux monstrueux passés entre Warner et les marques tierces. Le choix de David Ayer, réalisateur expérimenté mais peu habitué à ce genre de tentpole (blockbuster estival), est également remis en question. Une inexpérience qui a poussé le studio à mettre les mains dans le cambouis, quitte à complètement changer la direction du projet en cours de route.

Le site indique que le projet s’est révélé bancal dès le début. On se souvient qu’en 2014, DC a annoncé dix films, dont Suicide Squad. Dès le début, la deadline s’est montrée beaucoup trop courte pour un David Ayer qui a vu son projet s’emballer dès son annonce. Il n’a eu que six semaines pour écrire le script puis passer à la production de son long métrage, puis moins de deux ans pour faire son film, alors que certains auteurs ont besoin de 5 ans pour réaliser leur oeuvre.

SUICIDE SQUAD

L’effet Batman vs Superman

Un film réalisé dans l’urgence, ce n’est pas quelque chose d’inédit. Et certains s’en sont très bien tirés. Néanmoins, Suicide Squad a connu un obstacle inattendu : la sortie de Batman v Superman. Un film qui a déchaîné les passions, et surtout les critiques. Des critiques qui ont rendu très nerveux les pontes de Warner, qui ont décidé, selon THR, de revoir leur copie alors que le film était déjà mis en boite depuis plusieurs mois.

C’est à ce moment précis que la production, déjà rushée, a passé la cinquième sur l’autoroute du YOLO. L’un des cadres de Warner, que THR ne nomme pas, aurait alors décidé de tout reprendre à zéro pour rendre le film plus fun, plus déjanté. C’est alors que le film a complètement changé de direction dans sa promo (comme l’a constaté Slate), mais également dans sa production, avec un événement hallucinant. David Ayer a continué à travailler sur son cut, plus sombre, tandis qu’une autre version du film, plus fun celle-là, a été conçue par Trailer Park, la société qui a conçu les bandes-annonces.

Notons que John Gilroy, premier monteur très vite remercié, est pourtant toujours crédité au générique, en lieu et place de Michael Tornik, à qui l’on doit le montage final.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

THR continue en affirmant que le montage d’Ayer, plus sombre, a été montré lors de projections tests, tout comme la version de Trailer Park. Ensuite, Warner a décidé de compiler les deux pour sortir le film que l’on connait aujourd’hui, sacrifiant énormément de séquences des bandes-annonces, notamment avec le Joker, et en mettant beaucoup plus Deadshot et Harley en avant.

Will Smith et Margot Robbie
Will Smith et Margot Robbie

Il est d’ailleurs intéressant de noter que Jared Leto, alors que le film n’est même pas encore sorti aux États-Unis, semble déjà prendre ses distances avec Suicide Squad, affirmant au micro de TeleStar que de nombreuses scènes avec lui ont finalement été jetées lors du cut final.

Pire, les choses ne s’arrêtent pas là pour le pauvre Ayer, qui, alors obligé de traverser en urgence les États-Unis pour assister à une dernière projection presse, s’est pris une nouvelle droite par Warner. Le studio lui a en effet retiré le financement de son prochain projet, Bright, un film d’heroic fantasy Cyberpunk (toujours avec Will Smith). Le projet fut ensuite récupéré par Netflix avec un budget moindre de 90 millions de dollars.

Qui est à blâmer ?

Une production chaotique, difficile, qui donne donc ce résultat plus que discutable. Mais à qui la faute ? Il serait aisé de tout mettre sur le dos de Warner, le grand méchant studio qui a éventré le bébé d’Ayer. Une assertion qui semble trop facile. Warner est une société et doit donc faire de l’argent. Et quoi de mieux, dans le monde du cinéma, que de faire de bons films pour rentrer des dollars ? La méthode du studio tout puissant fonctionne correctement chez Marvel depuis des années et il est certain que Warner a voulu bien faire en rendant son film plus “cool”. Non, le studio n’a donc pas effet exprès de faire un film médiocre.

Est-ce la faute d’Ayer, alors, pauvre petit réalisateur qui n’avait pas les épaules assez larges ? Là encore, difficile de lui en vouloir, le bonhomme ayant tout donné dans un laps de temps très court. De plus, difficile de lui mettre sur le dos un montage qui n’est pas le sien.

Sont-ce les critiques, alors, qui ont obligé Warner à changer de direction au milieu de la production ? Trop facile également. Si Warner cède sous la pression, c’est entièrement de sa faute, et puis les critiques étaient bien fondées.

Le vrai responsable de ce ratage, c’est tout simplement le système. Le système fou des studios qui consiste à planifier des films sur les cinq prochaines années, ne laissant pas le temps aux réalisateurs de réaliser correctement leurs œuvres, bonnes ou mauvaises. Un système où les studios sur-réagissent sous la pression des critiques et de la concurrence. Un système qui consiste à s’atteler à des projets financiers énormes, misant plus sur des licences et leur popularité que sur des idées originales, donc plus risquées.

Quel avenir pour le DC Universe ?

Suicide Squad pourrait-il mettre en péril le DC Universe ? Financièrement, il pourrait devenir un naufrage et coûter très cher au studio s’il ne parvient pas à engranger 800 millions de dollars de budget (sans la Chine !). Mais il serait étonnant que Warner change ses plans, avec une Wonder Woman déjà tournée et un Justice League sur le point d’être bouclé. Mais les projets de films du DCU sont-ils condamnés à se faire bolosser par les critiques ? Pas forcément.

Charles Roven, l’actuelle tête pensante du DCU, quittera le navire après Wonder Woman. Ensuite, Geoff Johns lui succédera, faisant de Justice League sa première oeuvre à la tête de l’univers. Ce changement de direction pourrait sauver un DCU qui n’a jamais vraiment réussi à décoller. Il reste donc de l’espoir.

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