[Critique] Inferno : que vaut la dernière adaptation du roman de Dan Brown (Da Vinci Code)

Cinéma

Par Mathieu le

Après le mal-aimé Da Vinci Code et le contrasté Anges et Démons, Ron Howard décide, une fois encore, d’adapter au cinéma un roman de Dan Brown. Le romancier américain, spécialisé depuis plusieurs années dans les histoires policières et ésotériques, a sorti en 2013 un certain Inferno, quatrième épisode des aventures du professeur de symbologie Robert Langdon. Et c’est donc trois ans plus tard, ce neuf novembre, que son adaptation cinématographique se présente à nous, toujours avec Tom Hanks comme tête d’affiche. Un bon cru ?

Rythme infernal

Dès le départ, on sait dans quoi nous nous sommes embarqué avec ce nouvel épisode. Encore une fois, Robert Langdon se retrouve au beau milieu d’un complot mortel. Mais cette fois, c’est bien l’humanité toute entière qui est visée. À la différence des précédents épisodes, notre professeur/justicier n’en mène pas bien large. La faute à une situation personnelle peu reluisante. En effet, dès les premières minutes, notre héros se réveille dans un lit d’hôpital, complètement absent et se demandant bien où il peut se trouver. C’est là qu’intervient le second rôle marquant d’Inferno, le Dr. Sienna Brooks incarnée par Felicity Jones. Nos deux compères se retrouvent donc mêlés, malgré eux, à une attaque à l’échelle internationale qui pourrait bien mettre fin à l’ère humaine telle que nous la connaissons.

Tout tourne en réalité autour d’un poème. Celui de la Divine Comédie de Dante Alighieri et de ses neuf cercles de l’enfer. Une oeuvre datant de 1307 et illustrée par Botticelli. C’est à partir de ce constat que Bertrand Zobrist (Ben Foster), un milliardaire philanthrope, a décidé de se focaliser sur les solutions pour permettre à l’humanité de perdurer. Mais pour sauver la Terre et l’espèce humaine, il ne voit qu’une solution : décimer une grande partie des hommes. Vous l’avez vite compris, l’objectif de ce bon vieux Robert Langdon sera de contrer ce plan, afin de sauver les 7 milliards d’être humains qui peuplent notre belle planète.

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Et la vraie force d’Inferno, c’est le rythme avec lequel il emmène le spectateur. De ce point de vue là, le film est une réussite et il est à noter qu’il n’y a que très peu de temps morts, à l’inverse des deux premiers épisodes sortis respectivement il y a 10 et 7 ans. On ne s’ennuie que rarement, voire jamais, et il est clair que c’est ce côté fun et bien cadencé qui plaira aux fans de la première heure comme aux nouveaux venus.

Des faiblesses à noter

Malheureusement, tout n’est pas affaire de rythme. Si l’histoire dans sa globalité est intéressante et l’intrigue suffisamment bien ficelée pour que l’on se prête vite au jeu, les incohérences pointent rapidement le bout de leur nez. Pour peu qu’on s’intéresse aux neuf cercles de l’enfer, on notera quelques faux raccords avec les écrits de Dan Brown par ailleurs. Mais cela n’est pas le plus dérangeant puisque dans une fiction, il est plus aisé de se fier à des choses erronées que dans la réalité. Néanmoins, l’aisance avec laquelle Robert Langdon, pourtant mal en point quelques minutes auparavant (suite à un événement qu’on vous laisse découvrir), réussit à déchiffrer codes et énigmes parait déroutant.

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Certes, nous parlons d’un savant, professeur de symbologie de génie, mais il reste que tout se déroule avec trop de facilité et sans véritable lien d’accroche. L’enchaînement des péripéties de nos deux héros, qui en plus d’être confrontés à une potentielle fin du monde doivent échapper à la Police et à une mystérieuse tueuse, ne parait pas toujours logique. On en arrive parfois à perdre les pédales, se demandant comment Langdon et Sienna Brooks ont bien pu en arriver là, la faute à des explications légères et pas toujours compréhensibles pour le commun des mortels.

Il faut également noter que la technique de réalisation de Ron Howard peut surprendre et laisser perplexe. Derrière le rythme élevé de son film, le réalisateur de 62 ans a préféré se concentrer sur certains plans fixes étranges qui ne nous font pas vivre l’action aussi intensément qu’on le voudrait. On pense notamment à cette « course-poursuite » maladroite entre nos deux héros et un drone de la Police qui survole un parc. Si s’efforcer à mettre en avant les nouvelles technologies pour coller à notre époque est intelligent, le faire de façon aussi neutre et classique laisse incrédule.

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Des acteurs sobres mais…

Tom Hanks colle toujours aussi bien à son personnage du Professeur Langdon. Mystérieux, intelligent, timide et parfois drôle, il répète une partition que l’on connaissait de lui et qu’on a souvent apprécié. À ses côtés, Felicity Jones surprend. L’actrice découverte dans Chéri de Stephen Frears en 2009 a bien évolué et s’empare de son personnage habilement. Quant au grand méchant de l’histoire incarné par Ben Foster, il est peut-être trop effacé mais ne fait aucune fausse note et interprète sobrement le milliardaire fou qui souhaite la fin du monde tel que nous le connaissons.

Mais, car il y a un mais, Omar Sy déçoit. Peut-être le jugeons-nous différemment et de façon plus dure car c’est le frenchie du film, mais il est clair qu’on le sent moins à l’aise dans cet exercice qu’à l’accoutumée. Attention toutefois, nous avons découvert le film dans sa version originale et Omar Sy, qui interprète un policier français nommé Christophe Bouchard, parait en difficulté avec son jeu british. Alors qu’il parlait peu dans X-Men ou Jurassic World, le fait est qu’il a beaucoup plus de dialogues dans ce long-métrage et que ça ne le met pas vraiment en avant. Peut-être que cela se ressentira moins dans la version française.

Pour terminer, notons que la bande-originale est-elle composée par le grand Hans Zimmer qui fait dans le classique et n’a pas orchestré, cette fois-ci, de musiques inoubliables. Néanmoins, le tout reste de grande qualité.

Inferno est un très bon divertissement. Sympathique à voir pour peu qu’on s’intéresse, au moins de loin, à l’univers de Dan Brown et à ses écrits, il vous fera voyager à Florence pour une mission suicidaire sous haute intensité. Plombé par des incohérences et une réalisation hasardeuse, il n’en reste pas moins un très bon épisode de la saga Robert Langdon. Si vous aimez les films à énigmes et/ou les précédentes aventures du professeur en symbologie, vous pouvez foncer la tête baissée.