[Cinéma] On a posé 5 questions à Stéphane Bak (Dodji) et Sofia Lesaffre (Leïla) du film Seuls

Cinéma

Par Elodie le

À l’occasion de la sortie de Seuls (notre critique), l’adaptation ciné de la BD éponyme de Fabien Vehlmann (scénariste) et Bruno Gazzotti (dessinateur), nous avons rencontré deux des têtes d’affiches du film, le jeune Stéphane Bak (Dodji), que certains connaissent pour ses vidéos humoristiques publiées sur YouTube, ainsi que Sofia Lesaffre (Leïla), jeune actrice remarquée dans les films Les Trois Frères : Le retour et Le ciel attendra.

seuls-bd-interview-sortie-film
Stéphane Bak (Dodji) et Sofia Lesaffre (Leïla)

Le Journal du Geek : Connaissiez-vous la BD de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzoti avant d’intégrer le casting ?

Stéphane Bak : Je la connaissais de nom, mais je ne l’avais pas lue. Je l’ai lue au moment de passer les essais pour m’imprégner du personnage de Dodji. Depuis, j’ai tout lu, sauf le dernier tome, La machine à démourir, je n’ai pas encore trouvé le temps de le commencer. J’ai beaucoup aimé la BD, pourtant je ne suis plus un grand lecteur de bande dessinée, mais celle-ci est tellement originale, avec une vraie psychologie des personnages et un univers sombre. C’est fou de faire ça avec des enfants pour personnages principaux, c’est sans doute l’une des meilleures BD jeunesse.

Sofia Lesaffre : J’ai lu la BD au collège. J’avais lu les deux ou trois premiers tomes je crois, ça me plaisait énormément. Mais vraiment. Déjà à l’époque je me disais qu’il fallait l’adapter en film, en série, en faire quelque chose. Mais je n’imaginais pas être là un jour et incarner Leila. Le rôle me plaisait, comme tous les personnages d’ailleurs. Dans la BD, ce qui est assez fort, c’est qu’on montre les personnages seuls après la disparition, alors que la vraie solitude des personnages, là où on la ressent vraiment, c’est avant que tout le monde disparaisse. La façon dont Fabien et Bruno ont créé leurs personnages et ce qu’ils leur apportent est assez incroyable.

Qu’avez-vous le plus aimé dans votre personnage ?

SB : Sa sensibilité cachée. J’aime beaucoup ça, j’espère qu’elle transparaît à l’écran. C’est un mec solitaire, taciturne, dans son coin, qui n’en fait pas trop, voire pas assez. Et j’aime qu’on découvre que c’est juste un mec bien, qu’il aime ses camarades.

SL : Ce que j’aime chez Leïla, c’est que c’est une fonceuse, elle n’attend pas que les réponses tombent du ciel miraculeusement. Elle y va, elle se démène, elle va tout faire pour tenter de les sortir de là, pour essayer de comprendre ce qui leur arrive et j’admire son courage. Si je pouvais avoir un tiers de son courage, ce serait cool ! Même si elle est directe, dans sa parole ou dans ce qu’elle fait, elle reste bienveillante et rassurante pour tout le groupe. C’est une force incroyable, elle rassemble un peu tout le monde.

seuls-5-questions-stephane-bak-sofia-lesaffre

Stéphane, on vous a connu lorsque vous aviez 14 ans, comme « plus jeune humoriste de France », en ce moment vous vous tournez vers le cinéma, c’est un complément, une envie, vous comptez revenir vers l’humour ?

SB : C’est un complément, je compte revenir à l’humour. J’ai toujours voulu tourner, donc je suis très content que ça se passe bien. Mais j’ai commencé la scène jeune et quand on est jeune, on ne sait pas ce que l’on a envie de faire dans la vie, ou alors très tard. J’avais envie d’explorer plein de choses, ne pas rester dans un carcan et faire un seul truc. Jouer différents rôles, c’est ce qui m’anime, je n’ai pas envie de m’installer dans une routine. Je compte revenir à l’humour, ça, c’est sûr, mais là, je me plais à tourner, j’apprends énormément et j’espère que ça m’enrichira pour les prochains spectacles et prochains films.

Sofia, on vous a notamment découverte dans Le ciel attendra et La nuit rebelle, c’est une première pour vous l’univers fantastique, comment vous êtes vous préparée à entrer dans ce monde là ?

SL : Le fait que mes anciens rôles soient aussi différents de l’univers dans lequel sont plongés les personnages, que ce soit si différent et singulier, ça n’en est que plus enrichissant, on apprend plus de choses. C’est un film fantastique avec beaucoup d’effets spéciaux, ce que je n’avais jamais fait, j’ai beaucoup appris sur le plan technique, mais aussi en tant que comédienne. Le fait d’avoir un grand rôle m’a permis d’explorer beaucoup plus de choses, d’aller chercher plus loin avec mon personnage, de travailler plus dessus, c’est plutôt cool. Leila conduit, mais elle ne dirige pas. C’est un centre de gravité, tout le monde va vers elle, se retrouve avec elle, c’est un peu le pilier du groupe, celle qui rassemble, elle n’est pas dans le contrôle ou dans la domination.

La fin du film laisse de grandes ouvertures pour une éventuelle suite, comment vous voyez cette suite ?

SL : La fin est assez ouverte, mais on verra. On ne sait pas encore. Je n’ai pas d’attente particulière. Je ne suis pas dans l’attente, mais plutôt dans l’envie. Retrouver Leila me ferait plaisir, mais je n’attends rien.

seuls-film-bd-david-moreau-personnages-vehlmann-gazzotti

Aimez-vous le même type de film en tant qu’acteur qu’en tant que spectateur ?

SB : Ah, c’est une bonne question ça ! Après on est jeunes, mais c’est une question qu’on ne m’a jamais posée… je te laisse répondre avant moi.

SL :Pour ma part oui. Je pense qu’il faut avoir envie de voir le personnage porté à l’écran, il faut être dans l’empathie avec lui. C’est important d’aimer son personnage pour mieux l’incarner. Du coup, oui, les films qu’on aime, je pense qu’on a aussi envie de les jouer. Moi c’est mon cas, Stéphane je ne sais pas, mais j’arrive quand même à me dire : « OK, j’adore ce film, mais je sais que ce n’est pas pour moi. Ce n’est pas là où j’ai envie d’aller ». Après je ne me dis pas : « Il faut que je fasse tel genre de film ou tel genre de film » et cocher des petites cases. C’est juste un coup de cœur avec l’histoire et le personnage, mais aussi une rencontre avec le réalisateur et son univers. Ca se fait avec des échanges et au feeling, et ça, on ne peut pas le savoir à l’avance.

SB : Elle est forte, hein ? (rires)

SL : Fais mieux ! (rires)

SB : Dans le cinéma, je pense qu’il y a aussi une histoire de physique. Et on ne peut malheureusement pas tout incarner. On ne nous visualise pas dans certains rôles. Personnellement, je ne me voyais pas en Dodji (rires), David l’a vu, a priori ça a dû plaire aux producteurs et aux dessinateurs. Je ne suis pas un grand amateur de films avec des effets spéciaux, je peux aimer les films grand spectacle que tout le monde aime, comme Star Wars, etc., mais en tant que spectateur, j’aime beaucoup le cinéma d’auteur français, le cinéma indépendant américain, j’ai vu Moonlight récemment, c’est très fort, c’est bien écrit, c’est merveilleusement joué, j’aime également les spectacles humoristiques américains.

Je parle pour moi, mais dans le paysage français, en tant qu’acteur, c’est difficile de se projeter comme jeune noir parce qu’on n’a pas beaucoup de modèle, malheureusement. Il y a Omar Sy et Lucien Jean-Baptiste, mais sinon il y a peu de modèles, des gens qui t’ont donné envie de faire ce métier, pas forcément noirs, avec des rôles que tu pourrais incarner. Dans les scénarios que je peux recevoir, c’est souvent le même type de rôle, en banlieue, des dealers, des choses qui ne me parlent pas tellement. C’est compliqué de se voir dans ces rôles, il y a des choses que tu as envie de faire, mais l’envie n’est pas forcément la même en face. En tant qu’acteur, c’est plus compliqué qu’en tant que spectateur.

SL : Pour ma part, je trouve ça très cool de voir des têtes d’affiche comme ça. On est cinq et on est tous très différents. La force de la BD et de l’histoire de Seuls, ce sont ces personnages très différents : a priori, rien ne les rassemble, et pourtant, ils ont compris qu’il n’y avait qu’une seule chose qui les unissait.

Seuls, en salles aujourd’hui