[Critique] Kong Skull Island

Cinéma

Par Pierre le

Trois ans après le Godzilla de Gareth Edwards, Legendary sort le deuxième film de son Monster Cinematic Universe : Skull Island. Un film résolument pulp qui nous offre une aventure sans retenue qui n’a d’autre but que nous en mettre plein les mirettes et nous divertir. Pari réussi.

Back to the 70’s, baby !

Nous sommes en janvier 1973. Les accords de Paris viennent d’être signés. La guerre du Vietnam est terminée et les soldats remballent leurs paquetages pour rentrer à la maison. Le gouvernement américain cherche alors à utiliser les derniers hommes sur place pour une ultime mission : explorer une île inconnue située dans le Pacifique Sud. A cette mission vienent se greffer des scientifiques de l’organisation secrète Monarch, une reporter de guerre ou même un ancien membre des SAS engagé comme garde du corps.

Pas le temps de niaiser dans Kong. Le film nous présente rapidement ses personnages avant de les envoyer au charbon dans une ambiance Apocalypse Now. C’est là l’un des choix les plus intéressants du film, son ambiance qui rappelle les films de guerre du Vietnam de la fin des années 70 et 80 avec sa bande-son, ses couleurs chatoyantes et son aspect pulp.

La photographie est magnifique

Un hommage qui se retrouve également dans le grain de l’image, les dialogues et la mise en scène, qui arrive à utiliser brillamment des plans aujourd’hui un peu désuets, comme les gros plans sur les yeux lors d’un duel. Une mise en scène qui contraste avec les scènes de monstres, résolument modernes mais qui s’intègrent parfaitement dans cette ambiance.

Le résultat final est un film un peu bâtard qui arrive tout de même à divertir et à distiller ses références sans être lourd ni se perdre dans des hommages incessants. Une qualité qui est non seulement due à ses scènes d’action complètement dingues avec le singe, mais également à son script bien tenu qui multiplie les péripéties sans jamais ennuyer, malgré de grosses faiblesses.

Le film adopte une ambiance film de guerre

Quelques faiblesses d’écriture

Skull Island a été écrit comme un film de survie basique. Nous avons une équipe perdue dans un endroit hostile, des menaces constantes et des personnages qui meurent tous les uns après les autres dans d’atroces souffrances. Un parti pris assumé qui n’hésite jamais à rendre les morts funs dans un esprit de divertissement totalement décomplexé.

Tous les personnages sont survolés…

Cependant, le film souffre d’un gros défaut : sa multitude de personnages. Le réalisateur Jordan Vogt-Roberts a du se dépatouiller pour mettre en scène la dizaine de protagonistes pendant moins de deux heures. Des personnages divisés en plusieurs groupes obligeant l’histoire à faire plusieurs allers et retours, plombant parfois un rythme bien maîtrisé dans l’ensemble. Il n’y a pas de miracle avec autant de personnages à traiter. Tous sont survolés et leurs relations se contentent du strict minimum.

… sauf Marlow

C’est dommage, on aurait par exemple aimé que les motivations du colonel Packard (Samuel L Jackson qui fait du Samuel L Jackson) soient plus recherchées, comme celles du héros Conrad (Tom Hiddleston qui s’entraîne pour James Bond). Tous les personnages sont survolés grossièrement, relégués au rang de stéréotypes de films d’action. Seule exception : John C. Reilly qui a le droit à un peu plus de consistance ainsi qu’une histoire intéressante.

Le roi est Kong

Mais la vraie star du film, c’est Kong. Un Kong qui, bien qu’au centre de l’intrigue, n’apparaît que dans les scènes clés. Un monstre plus réaliste que jamais, les équipes d’ILM s’étant dépassées, à tel point que sur certains plans, on se demande si un vrai singe géant n’a pas été embauché pour jouer dans le film. Une créature rendue plus majestueuse encore par Jordan Vogt-Roberts, qui use et abuse de la contre plongée pour accentuer la petitesse des humains.

Le film n’hésite jamais à nous montrer Kong dans toute sa splendeur

Ajoutez à cela des scènes de bagarre nerveuses et bien chorégraphiées entre Kong et les autres créatures de l’île ainsi que des environnements inventifs et très colorés. Véritable antithèse d’un Godzilla qui faisait tout pour cacher sa créature jusqu’au grand final, Skull Island n’hésite jamais à nous montrer le personnage dans toute sa stature, et ce, dès le début du film.

Verdict

Malgré ses défauts, Kong est fun. Kong est beau. Kong est divertissant. Kong est réussi. Le film assume complètement son statut de blockbuster décérébré et donne au spectateur ce qu’il veut : UN GROS MONSTRE QUI CASSE TOUT. Le tout est saupoudré d’une ambiance 70’s maîtrisée ainsi que des choix de mise en scène très intéressants, quoique loin d’être révolutionnaires. Les défauts sont nombreux, mais le spectateur passera au-dessus après avoir passé un bon moment.

Skull Island sera inévitablement comparé au King Kong de Peter Jackson (2005) à cause de son sujet. Néanmoins, les deux films n’ont rien à voir, Jackson ayant eu la volonté de faire un vibrant hommage au film de 1933, tandis que Vogt-Roberts n’a que pour but de nous scotcher au fond du siège.