On a approché le Surface Studio, l’iMac rêvé selon Microsoft

Si j’avais dit à mon moi d’il y a quatre ans qu’Apple ne sortirait plus de PC réellement innovant et que c’est désormais Microsoft qui s’occupe de donner le ton dans le domaine du design, je pense qu’il m’aurait giflé. Mais ce moi d’il y a quatre ans n’a pas vu la débâcle des derniers MacBook Pro et a encore moins vu le Surface Studio, que Microsoft compte lancer dans les prochains mois en France.

Nous vivons une bien drôle d’époque. Une époque dans laquelle Apple a décidé de se concentrer sur les smartphones et d’abandonner le monde des PC, bien moins profitable. Pour le grand public et surtout pour les « créatifs », cela a une conséquence de taille : il est beaucoup plus dur de trouver des PC qui sont à la fois beaux et pensés pour le travail. Apple n’a en effet toujours pas renouvelé ses iMac depuis 2013. Et pratiquement aucun constructeur n’a sorti de PC tout en un digne de ce nom depuis.

L’iMac haut de gamme qu’Apple nous a toujours refusé

Si l’on parle autant de l’iMac, c’est tout simplement parce que le (et non pas la, Microsoft nous ayant bien précisé qu’il s’agissait d’un appareil masculin) Surface Studio est un iMac moderne et très haut de gamme. Il s’agit donc d’un PC tout en un, une belle bête de 10 kg au total, composé d’une base – qui embarque tous les composants du PC – et d’un grand écran 4K de 28 pouces d’un poids de 5 kg.

Le design de l’ensemble est irréprochable. Microsoft a utilisé du métal brossé sur toutes les pièces, que ce soit sur la base ou sur l’écran. Deux bras articulés (et chromés) viennent soutenir l’écran. Ils permettent d’une seule main et sans effort de faire basculer l’écran d’un angle de 90 degrés (quand il est droit) à un angle de 20 degrés, comme une table à dessin. Non seulement ces bras s’intègrent parfaitement au design de l’appareil, mais en plus ils rendent son utilisation très naturelle.

Un PC techniquement déjà dépassé

On passe rapidement sur la base de l’appareil. Fine et très discrète, elle embarque la connectique (quatre ports USB Type A 3.0, un port Ethernet, un port carte SD et un port mini Display Port) ainsi que tous les composants du PC. Suivant les différentes versions, on y trouve un Core i5 ou i7 (de sixième génération), une carte graphique Nvidia d’avant dernière génération (de la GeForce 965 à 980M), entre 8 et 32 Go de RAM et entre 1 et 2 To de disque dur.

Des composants malheureusement largement dépassés en 2017 qui laissent penser que les ingénieurs de Microsoft ont conçu l’appareil entre 2015 et 2016. C’est vraiment dommage étant donné que les processeurs Kaby Lake et les cartes graphiques basées sur l’architecture Pascal sont désormais courants dans le monde des laptops de ce début d’année. J’imagine que Microsoft va rapidement sortir des versions rafraîchies de ses appareils.

Des composants vieillissants que l’on oublie toutefois assez vite en voyant l’écran du Surface Studio. Ce dernier est tout simplement superbe. Il s’agit d’un immense écran de 28 pouces, au ratio 3:2 et à l’impressionnante définition de 4500 × 3000. Un écran à la finesse incroyable, également, puisque la dalle ne fait que 12,5 mm d’épaisseur. Seul point faible : il n’y a aucun bouton sur cet écran pour régler la luminosité ou la température des couleurs.

Un écran tellement beau qu’on lui pardonne tout

Cet affichage, Microsoft l’a particulièrement travaillé. Outre son ratio très particulier – dont la hauteur permet de partager jusqu’à quatre fenêtres sur l’écran -, la firme de Redmond a beaucoup travaillé sur la colorimétrie. Chaque écran aurait ainsi eu droit à un recalibrage colorimétrique individuel en sortie de chaîne de montage. Mieux, Microsoft a spécialement intégré trois profils de couleurs à son PC, via une option de Windows 10 : un mode vif, aux couleurs éclatantes, un mode SRGB et enfin un mode DCIP3, une norme utilisée par l’industrie du cinéma. Il sera impossible de créer des modes personnalisés. Mais après avoir vu l’écran, je dois bien admettre qu’il n’y en aura sûrement pas besoin : l’affichage est superbe, sans aucun défaut et propose des angles de visions impressionnants. On en attendait pas moins d’un tel appareil haut de gamme.

Le Surface Dial, un nouvel accessoire de productivité

Dernier point notable de ce Surface Studio : il est est compatible avec deux accessoires : un stylet ainsi que le Surface Dial. On passe rapidement sur le stylet, que l’on connaît désormais bien sur les Surface. Il permet de prendre des notes, autorise quelques gestures et le Surface Studio a le bon goût de ne pas prendre en compte l’appui de la main lorsque celle-ci est collée à l’écran pour écrire. Du très classique.

Le Surface Dial est bien plus intéressant. Il s’agit d’un petit cylindre en plastique, composé d’un unique bloc dont le pied est recouvert d’une matière grippante, un plastique en simili caoutchouc. Ce Surface Dial peut être posé sur le bureau ou directement sur l’écran. Une fois activé, il va servir de raccourci physique. Posé sur le bureau, à côté du PC, il suffit de cliquer dessus pour faire apparaître un menu radial à l’écran, puis de le faire tourner sur lui-même (des retours haptiques donnent une sensation de molette crantée) pour naviguer dans ce menu.

Quand on pose le Surface Dial sur l’écran, quand le Surface Studio est en mode « table à dessin », le menu radial apparaît alors automatiquement autour du Surface Dial. La encore, il sufit de le tourner et de le « cliquer » pour naviguer dans le menu. L’intérêt ? « C’est la rencontre du digital et de l’analogique », m’explique un représentant de Microsoft : c’est une sorte de nouvelle souris, un accessoire physique destiné à perdre moins de temps dans les menus des différents logiciels – souvent lourds et bourrés d’arborescence – et à faire gagner en productivité à l’utilisateur.

Microsoft nous a montré son utilisation au sein de plusieurs programmes, comme Word ou Sketchable. Sur Word, faire tourner le Surface Dial permet d’annuler les dernières actions ou au contraire de revenir en avant. Sur Sketchable, un logiciel de dessin industriel, il permet de zoomer dans un dessin, de changer rapidement de couleur dans une palette de couleur, voire de faire tourner le dessin sur lui-même. D’autres applications – d’architecture ou de photo, notamment – sont également compatibles. Le logiciel du Surface Dial est d’ailleurs Open Source, de façon à permettre aux éditeurs d’applications de l’intégrer dans leur logiciel. Principal problème jusqu’à aujourd’hui : peu de logiciels faisant référence en la matière l’intègre. Adobe, par exemple, ne prend pas (encore ?) le Surface Dial dans Photoshop, un logiciel auquel il se prêterait pourtant très bien.

Pas de date de sortie, mais des tarifs exorbitants

Il faut également noter que le Surface Dial n’est pas exclusif au Surface Studio, mais bien compatible avec tous les PC installés sous Windows 10. Seule la fonctionnalité de pose sur l’écran du Surface Studio lui est exclusif. D’ailleurs, le Surface Studio sera vendu avec un clavier, une souris (tous deux sans fils) ainsi qu’un stylet, mais pas un Surface Dial, qui sera commercialisé parallèlement avec le PC tout en un de Microsoft.

Puisque l’on parle de disponibilité, Microsoft n’a rien voulu dire des tarifs et des dates de sorties. « Le Surface Studio sera disponible avant la fin de l’année calendaire » nous affirme Microsoft, sans plus de précision. Les premières rumeurs parlent d’une sortie prévue pour l’été ou du troisième trimestre. Quant aux tarifs, il faudra s’attendre à des prix très élevés. Aux Etats-Unis, les prix débutent à 3000 dollars pour la version d’entrée de gamme (Core i5 et 8 Go de RAM) et se terminent à 4199 pour la version la plus haut de gamme. Il faudra probablement compter sur des prix plus élevés (taxes comprises obligent) en euros.

Convaincant, le Surface Studio l’est indéniablement. Sûrement pas pour les bonnes raisons d’ailleurs. Si l’on s’en tient à la technique pure, c’est un PC décevant et vieillissant. Mais la proposition – un PC tout en un haut de gamme au design racé doté d’un superbe écran 4K – est réellement séduisante. Le Surface Studio est un produit d’image pour Microsoft : un PC qui n’intéressera qu’une toute petite proportion d’acheteurs et qui se destine essentiellement à des professionnels (les fameux « créatifs ») et à ceux dont l’objectif est avant tout de ne pas enlaidir leur bureau en achetant un PC. De ce point de vue, c’est franchement réussi.