Critique : Le Roi Arthur de Guy Ritchie est aussi bordélique que sincère

Cinéma

Par Pierre le

C’est un film de commande qui doit lancer une saga au long cours. Un film que la Warner veut sortir depuis des années, déjà. C’est en 2014 que le studio a confié le projet à un Guy Ritchie qui était alors brillamment entré dans le monde du blockbuster avec ses deux Sherlock Holmes. Nous sommes en 2017 et nous pouvons enfin jeter un œil au film tant voulu par la Warner. Le Roi Arthur, La Légende d’Excalibur est un délire bordélique qui regorge pourtant de qualités indéniables.

Le long-métrage flirte entre film de gangsters antiques et heroic fantasy

Conan le barbare sous amphét’

Chaque décennie nous a offert sa vision Hollywoodienne du roi Arthur. De l’épopée romantique de John Boorman en 1981 à la fresque semi-historique et réaliste d’Antoine Fuqua en 2004 en passant par la romance stupide de Jerry Zucker en 1995, le personnage a abordé nombre de styles. Pour cette adaptation, Guy Ritchie a décidé de transposer son ton très particulier à l’heroic-fantasy, et à l’heroic-fantasy décomplexée qui laisse derrière elle toutes les considérations simili-historiques.

Le réalisateur britannique s’attaque donc à cette légende nationale et nous offre sa version. Adieu le preux chevalier qui défend la veuve et l’orphelin. Adieu l’émancipation du Royaume d’Angleterre face à un Empire Romain crépusculaire. Adieu la quête sainte d’un Graal plaçant le personnage dans un contexte religieux… Arthur de Ritchie, c’est un mélange de Snatch et de Conan le Barbare, le tout sous amphétamines.

Charlie Hunnam fait un très bon Arthur

Arthur est devenu un personnage de Ritchie à part entière. Gamin des rues de Londinium (Ancien nom de Londres, pour ceux qui dormaient en cours d’histoire), notre héros survit en enchaînant les arnaques, les arrangements avec les gens d’armes ou les bagarres avec les voyageurs. Pas de doute, nous retrouvons bien la patte du réalisateur britannique avec ses personnages tous aussi fripouilles les uns que les autres. Une ambiance intéressante, inédite même, qui intrigue et plonge le spectateur dans un univers dense, en le noyant toutefois avec un trop plein de personnages et de règles à retenir.

Hey, mais c’est… ERIC CANTONA ?!

Snatch V Le Seigneur des Anneaux

Cette moitié du métrage, originale pour un film de ce type, partage la couverture avec une autre bien différente. D’un côté, nous avons les rues crasses de Londinium, de l’autre, un univers fantasy totalement décomplexé, voire trop. Si les deux mondes (non linéaires dans l’intrigue) forment un univers cohérent, ils ont toutefois du mal à cohabiter, tant l’un se veut terre à terre et l’autre légendaire, avec ses monstres aussi grands que des montagnes et sa magie envoûtante.

Les scènes se déroulant à Londinium sont clairement les meilleures du film

Cet aspect décomplexé que ne renierait pas Zack Snyder pourrait également perdre un spectateur n’étant pas forcément prêt à entrer dans un délire si poussé qu’il ferait passer Le Seigneur des Anneaux pour un roman naturaliste. Paradoxalement, cet aspect de King Arthur est bien le plus sage du film, plus calibré, plus prêt à regarder qui sied si bien à un blockbuster. Ce serait se risquer de dire que deux visions, celle du réalisateur et celle du studio, s’affrontent dans le film, mais la chose ne serait pas vraiment étonnante, tant elle ressort à l’écran.

Deux visions qui donnent alors l’impression de passer d’un film à l’autre. Deux films se déroulant dans un même univers, mais différents par le ton et la forme (Ritchie restant très sage dans les passages fantasy). Ajoutons à cela une intrigue parfois trop complexe pour pas grand-chose, des scènes d’action filmées à la GoPro souvent confuses et des effets spéciaux indignes d’un film de 2017.

Les effets spéciaux semblent droits sortis d’un téléfilm de 2003

Charlie Hunnam, qui pourrait être appelé à devenir le visage du roi Arthur pendant une longue saga, arrive à construire un personnage intéressant, à mi-chemin entre le courageux Aragorn et le combinard Turkish de Snatch. Le reste du casting reste lui assez sage, avec une Astrid Bergès-Frisbey qui se demande ce qu’elle fait là, un Jude Law qui fait le minimum syndical et un Djimon Hounsou presque transparent. Seules fulgurances, celles d’Aidan Gillen (Bill Graisse d’Oie) dans les bottes d’un personnage qui arrive à tenir tête à Arthur et Neil Maskell (que l’on a pu voir dans Utopia) dans le costume d’un arnaqueur sympathique et courageux.

Verdict

King Arthur de Guy Ritchie ne laissera pas indifférent. Soit il vous absorbera par son univers absurde mais intéressant et sa mise en scène Ritchienne, soit il vous perdra avec ses grands écarts et sa fantasy calibrée pour plaire aux ados. Un film bancal, bordélique, voire creux, mais sincère, tant on sent que Ritchie s’est donné du mal pour tenter de dépoussiérer le mythe arthurien. Un film qui crispera et divisera, sans aucun doute.

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