The Enemy : La réalité virtuelle pour redécouvrir le reportage de guerre

Réalité Virtuelle

Par Henri le

Ouverte au grand public jusqu’au 4 juin à l’Institut du monde arabe, l’exposition The Enemy se sert de la réalité virtuelle pour aborder des conflits qui déchirent notre époque.

La réalité virtuelle est bien souvent présentée sous le prisme du jeu vidéo, qui sert à démontrer ses grandes capacités. Mais comme nous avons pu vous le montrer lors des deux dernières éditions du Laval Virtual, cette technologie peut être utilisée dans bien d’autres domaines.

Le reporter de guerre Karim Ben Khelifa a décidé de s’en servir pour nous immerger dans trois conflits actuels. Un bon moyen de prendre de la distance sur notre perception des guerres qui se déroulent hors de l’occident.

Un dispositif à porter sur le dos

Grâce à un Oculus Rift ainsi qu’un sac MSI équipé d’une GTX 1070, The Enemy vous propose de vivre une expérience d’une cinquantaine de minutes pour le moins originale. Dans une salle, vide 160 mètres carrés, vous allez pouvoir déambuler dans un musée virtuel, où des combattants vous attendent.

Face à face, ils représentent les deux côtés d’une même guerre. Alors qu’ils vous fixent, vous allez pouvoir écouter leur récit véritable et comprendre pourquoi ils ont pris les armes contre la personne devant elle.

Trois guerres, six protagonistes

Trois conflits sont évoqués. Le premier concerne la terrible guerre du minerai qui touche la République démocratique du Congo, et qui a fait 5 millions de morts depuis 1996.

Jean Dedieu, un adjudant-chef du Front de libération démocratique du Rwanda (et réfugié hutu au Congo), s’adresse à nous en nous fixant dans les yeux. Il reconnait avoir tué des Tutsis avec une pioche, avec une houe. De sa main, neuf personnes ont déjà péri alors qu’il n’avait que 14 ans. Un tueur en puissance dont on découvre également l’enfance volée alors que ses parents ont été abattus devant ses yeux.

Autre salle et autre guerre. Et celle-ci fait plus souvent la une des journaux puisqu’il s’agit du conflit israélo-palestinien. Gilad et Abu Khaled (qui a préféré rester masqué) se battent sur la même frontière, pour les mêmes raisons que leurs aînés avant eux… Et probablement leur descendance.

Le premier déclare vouloir se défendre contre ceux qui veulent « l’extraire de son environnement naturel, de sa vie, pour blesser les gens, sa famille et le faire partir », l’autre a perdu 23 membres de sa famille, dont huit enfants face au raid de l’armée israélienne. La numérisation 3D des protagonistes est de très bonne qualité, et la synchronisation labiale sur leur langue maternelle renforce l’impression de les avoir devant nous.

Enfin, c’est au tour de Jorge et Amilcar de comparer leur vie. Ces deux Salvadoriens qui n’ont connu que la violence partagent quasiment la même vie, mais ne sont simplement pas du même quartier. Leur histoire est écrite sur leur corps via des tatouages qu’il est possible de scruter avec attention. Il n’y a ici plus d’aspects tribal, ni religieux, simplement des hommes sans lois élevés dans une brutalité extrême, qu’ils ne savent que perpétuer. Pourtant, lorsqu’il évoque tous les deux la naissance de leur enfant comme le bonheur de leur vie, les tatouages des gangs rivaux, MS 13 et Barrio 18, semblent s’estomper.

Avant de commencer l’expérience, quelques questions anonymes vous sont posées. L’une d’elles concerne votre rapport à la guerre. Est-elle nécessaire, tout à fait évitable ou inhérente à l’être humain ? Au bout de la visite, vous n’aurez peut-être pas changé d’avis, mais quelque chose nous dit que votre réponse initiale ne sera plus aussi évidente.

Même s’il elle a coûté un prix bien plus élevé qu’un simple reportage photo (1,6 million d’euros), cette exposition permet de se rendre compte du potentiel de la VR comme vecteur de culture. La trois dimensions donnent un impact inattendu aux discours de ces hommes, et les néophytes pourront ainsi mieux appréhender le large champ d’action de cette technologie en pleine évolution.

Informations pratiques :

– Du 18 mai au 4 juin 2017
– À l’Institut du monde arabe, à Paris
1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
– Plein tarif 12 euros et tarif réduit 6 euros
>> Le site de l’exposition