[#JapanExpo] On a posé 4 questions à Thomas Sirdey, co-créateur de la Japan Expo, sur l’exposition Animé 100

Evénement

Par killy le

Co-créateur de la Japan Expo il y a de cela 17 ans, Thomas Sirdey est un amoureux de la pop-culture japonaise et continue à miser sur la diversité des moyens pour que le grand public y accède. Cette année, en sus des activités habituelles du festival, lui et son équipe proposent de célébrer les 100 ans de l’animation japonaise avec la programmation Animé 100, composée d’une exposition et de conférences. Il nous en parle.

Journal du Geek : Comment avez-vous mis en place cette exposition et quelle a été la base du choix des œuvres présentées ?

Thomas Sirdey :Animé 100, avant tout, c’est un projet. Parce que depuis 2010 on travaille sur le patrimoine de l’animation japonaise qu’on voudrait valoriser un peu plus. L’année dernière, on avait une expo « How to Make an Anime » où on avait collaboré avec un studio au Japon pour savoir comment ils font leurs animés. On fait aussi beaucoup d’interviews de vieux animateurs avant qu’ils arrêtent pour avoir un peu d’histoire. Et on voulait faire depuis longtemps une grosse expo sur l’animation japonaise. Et il se trouve que les 100 ans d’existence de l’animation arrivaient cette année et que c’était parfait pour se lancer. Vous avez l’expo Animé 100, la salle Animé 100, on avait fait venir 12 ou 13 producteurs, animateurs, chara-designers, responsables de décors, etc.

Plein de corps de métiers pour que l’on puisse vraiment expliquer ce qu’est le dessin animé japonais. Comment s’est passé la transition entre le traditionnel et le numérique, les différentes évolutions des années, disons 60 – parce qu’ils ne sont pas si vieux que ça quand même (rires) – jusqu’à aujourd’hui. L’expo en tant que telle, c’était un moyen pour nous de donner un point de vue sur toute la sphère de l’animation en partant du premier dessin animé de 1917, Nakamura Katana, jusqu’à aujourd’hui. On a donc choisi 100 œuvres au sein du staff Japan Expo mais aussi via des comités d’experts qu’on a consultés, pour donner, non pas un classement, parce que l’ensemble est important, mais montrer celles qui ont un intérêt particulier. Un intérêt historique déjà, parce que certains technologies sont apparues dans l’animation et ont fait un bruit incroyable lors de la sortie des animes en question, parce que certains réalisateurs ont marqué leur époque, et parce que d’autres dessins animés ont eu une importance particulière en France : c’est assez difficile de mettre de côté la « Génération Goldorak ».

Pareil, d’autres dessins animés ont eu leur importance au Japon, comme Gundam par exemple. Chez nous les gens connaissent, mais au Japon c’est incroyable, c’est très ancré. Donc voilà, le choix s’est fait comme ça. Et parfois, pour quelques œuvres, elles ont aussi une importance simplement pour nous. L’intérêt c’était de donner une lecture aux gens dans ce domaine. Il y a bien sûr des œuvres très convenues, et personne ne se demandera ce que font Dragon Ball ou Goldorak ici, vous voyez. Mais d’autres vont sûrement attiser la curiosité des gens. Et ce que l’on espère nous, c’est que ça leur donne envie d’aller chercher ces titres-là et de les regarder.

Et justement, ça marche bien avec les projections de l’expo. Il y a un des courts, La Sirène et les Bougies Rouges, qui est magnifique, quasi uniquement en plans fixes. Je ne connaissais pas, même de nom , et c’est une belle découverte.

C’était vraiment l’objectif. Ce sont des inédits que, je pense, personne n’a vus, et pour la plupart, c’est même nous qui avons fait les sous-titres. En accord avec les producteurs japonais bien sûr, mais juste pour le festival. Et notamment les Lupin. Ce sont quand même des œuvres de jeunesse de Miyazaki, c’est assez fou. Et ça se voit vraiment. Je ne sais pas si vous les avez vus, mais c’est incroyable, tout était là.

Oui, comme dans le premier épisode de la série Sherlock Holmes.

Exactement, tout son style est là. Et ces Lupin ne sont jamais arrivés jusque chez nous. C’est dommage compte tenu de la stature de Miyzaki aujourd’hui. Donc voilà, c’était aussi pour nous une sorte d’éducation pour expliquer qu’il y a des choses formidables au Japon qui ne sont pas arrivées jusqu’à nous : allez les chercher ! Du coup ça faisait sens d’avoir des inédits. On voulait qu’il y ait une salle de projection, parce que bon, une exposition d’animation japonaise où rien ne bouge, ça ne rime à rien. En revanche, on a longtemps réfléchi à ce qu’il fallait y programmer pour que ça ait un intérêt. Les grands classiques ? Mais 90% de la population les aura vus, ça n’apporte rien.

Avec les inédits, on avait la garantie qu’il y aurait de la curiosité. Les Bougies Rouges notamment, c’est Kobayashi qui l’a fait presque tout seul, c’est formidable. Et le festival est un bon moyen de montrer tout ça. Au cinéma, c’est compliqué, en DVD, ils vont en vendre 4, là les gens passent et sont curieux. Et on double ça avec la soirée Animé 100 de samedi où ils seront projetés sur très grand écran.

Mais justement, est-ce que vous n’envisagez pas des expositions plus « classiques » pour faire découvrir l’animation différemment au grand public ? Il y a des expositions sur le jeu vidéo par exemple, notamment aux Arts Ludiques. Parce qu’ici il y a des petites anecdotes dans chaque pièce, mais ça mériterait quelque chose de plus approfondi, non ?

Alors très honnêtement, sur ce projet, on est pas allé dans cette direction là, mais nous avons des idées qui sont un peu plus compliquées à mettre en œuvre. Où nous pourrions en quelque sorte en faire une sorte de preview à la Japan Expo pour aller ensuite voir quelque chose de plus costaud ailleurs. Mais il faut aussi se rendre compte qu’organiser ça, c’est une tannée, c’est dur. Il nous a fallu 2 ans pour monter cette expo. Entre les choix, les validations, les collaborations, ce sont des dizaines et des dizaines de personnes qui ont bossé là-dessus.

Aussi simple que ça puisse vous paraître au niveau du résultat. Je ne porte pas de jugement hein (rires), je veux juste dire que c’est un travail très important, qui a été beaucoup porté par mon associé Jean-François [Jean-François Dufour ndlr]. C’est lui qui s’occupe de la programmation et c’est une encyclopédie ce garçon. Ça a donc mis du temps à naître mais c’est passionnant. L’année dernière, on avait fait French Touch qui était un bon galop d’essai et maintenant on va essayer d’avoir un événement comme ça tous les ans.