[#JapanExpo] Pourquoi le manga est-il si populaire en France ? On a posé la question à Benoit Huot, responsable éditorial chez Glénat

bande dessinée

Par Fabio le

Le manga se taille bien évidemment une belle et large place sur la Japan Expo. Petits et grands éditeurs se côtoient pour répondre aux sollicitations de lecteurs venus en grand nombre ce week-end. Pourquoi le manga est-il si populaire en France ? Et comment Glénat essaie de se démarquer d’une concurrence aujourd’hui féroce ? On a demandé à Benoit Huot, responsable éditorial manga chez Glénat, de nous expliquer tout ça.

Crédits : Glénat

Journal du Geek : Glénat a été un des premiers éditeurs à sonder l’énorme potentiel du manga en France. Qu’est-ce qui vous a plu dans le manga ?

Benoit Huot : Historiquement, notre président, Jacques Glénat, était parti au Japon pour proposer les bandes dessinées Glénat aux éditeurs japonais. Et en arrivant au Japon, il a découvert avec le reste de son équipe une multitude de livres et de bandes dessinées qu’ils ne connaissaient pas et qui étaient les mangas. Ils ont été très rapidement emballés par la dimension graphique extrêmement prononcée, le fait qu’on puisse lire un manga sans même parler japonais dans la mesure où les images parlent d’elles-mêmes. À l’époque, Akira venait de se terminer, et c’est tout naturellement que notre publication manga a commencé par Akira.

Comment on explique la popularité du manga en France ?

Elle s’explique par plusieurs facteurs. Le premier, c’est tout simplement la diffusion des dessins animés japonais à la télévision au milieu des années 80, qui a créé un terreau fertile pour ce type d’ouvrages. Ensuite est arrivé le manga papier au début des années 90, alors que les dessins animés japonais passaient de manière beaucoup moins importante à la télévision, en France. En parallèle, il n’existait pas de bande dessinée pour adolescents. Certes, il existait une bande dessinée à destination de la jeunesse – les Astérix, les Tuniques Bleues, etc. – et il existait une bande dessinée adulte, mais pour le lectorat adolescent, rien à part les comics. Mais pour ça il fallait apprécier les super héros. Et en collants, à l’époque.

Le manga est arrivé en France avec le shōnen, par Dragon Ball et autres, et il a comblé une attente du lectorat parce qu’il proposait énormément de lecture, 200 pages, à un prix, abordable, et avec une périodicité extrêmement importante. Et quand vous êtes adolescent et que vous avez beaucoup de temps libre, vous ne voulez pas attendre un an avant d’avoir le prochain volume. Cela a permis l’explosion du manga. Puis, les lecteurs adolescents ont vieilli, ils sont passés du shōnen au seinen, et ils ont ensuite “éduqué” leurs enfants.

L’offre est pléthorique, comment Glénat se démarque des concurrents ? Est-ce que cela passe par l’exploitation de grosses licences ?

On essaie de se démarquer de plusieurs manières. Dans un premier temps effectivement, on essaie d’acquérir les différentes licences qui nous intéressent, d’une part en suivant nos auteurs, d’autre part en dénichant d’autres talents, et sur un autre registre, en remettant au gout du jour des licences emblématiques. Je pense notamment à Ranma ½ dont la nouvelle édition va paraître en octobre.

Le deuxième point, c’est une règle que nous nous sommes fixée concernant l’édition de nos mangas, nous essayons d’avoir une exigence éditoriale vis-à-vis de la traduction, de la maquette ou de la production qui soit au moins égale sinon supérieure à celle de nos lecteurs. Si nous sommes plus exigeants qu’eux sur la manière dont un texte est traduit, relu, maquetté, nous avons logiquement plus de chances de les satisfaire. On mêle ce savoir-faire avec une stratégie éditoriale diversifiée sur des titres qui peuvent être de tous horizons.

Si tu avais à nous conseiller un de vos ouvrages, là, tout de suite ?

Dans un premier temps, ce serait bien évidemment One Piece, puisqu’il fête ses 20 ans et on en est au tome 83. C’est une série qui comme toutes les longues séries connait quelques hauts et quelques bas mais globalement, la qualité est extraordinaire. Sur une note plus personnelle, j’apprécie beaucoup Altaïr, de Kotono Katō, qui est, pour schématiser, un Game of Thrones en Turquie.