Whitewashing, adaptation, ton gore : on a posé 5 questions à Adam Wingard, le réalisateur du Death Note de Netflix

Cinéma

Par Fabio le

C’est après avoir visionné son adaptation au cinéma du manga à succès Death Note, que nous avons pu rencontrer Adam Wingard (The Guest, Blair Witch 2016.), le temps d’un entretien au calme dans un cossu hôtel londonien. On est revenu avec le réalisateur américain sur l’ambitieux challenge qu’a représenté cette nouvelle adaptation du manga écrit par Tsugumi Ōba.

Journal du Geek : Qu’est-ce qui vous a plu dans le manga Death Note ? Est-ce que c’est le terrible combat psychologique entre L et Light ? Le côté fantastique du Death Note ?

Adam Wingard : Nous avions plein d’idées sur ce que nous pourrions faire du manga avec un nouveau long-métrage. L’oeuvre de Tsugumi Ōba soulève une tonne de questions morales et c’est un des points les plus intéressants. Ce qui m’a plu également, c’est l’idée de base, le concept. Death Note, c’est ce carnet sur lequel vous allez écrire le nom d’une personne et la tuer instantanément, si les conditions particulières sont réunies, comme celle d’avoir son visage en tête. Cela fait partie de ces concepts très « japonais », comme The Ring, articulés autour de règles très spécifiques.

Death Note a déjà été adapté, au cinéma notamment ; quel a été le challenge principal sur cette adaptation ?

Je crois que le plus gros challenge ça a été d’adapter Death Note dans une version qui se situe dans un autre pays que le Japon. Il y a quelque chose de tellement « japonais » dans Death Note, dans la façon de penser de ses personnages. En racontant cette histoire aux États-Unis, cela a soulevé un certain nombre de questions à propos de ce qu’on devait changer, et de ce qu’on devait garder. Ryuk était par exemple un des éléments importants à conserver.

Quand vous réalisez un film qui est tiré d’une œuvre de 12 volumes, vous devez vous demander si vous voulez condenser l’histoire, d’où vous partez et jusqu’où vous voulez aller. Certaines de ces questions se résolvent naturellement mais d’autres restent en suspens. C’était un peu terrifiant de s’y plonger parce que je savais que beaucoup des décisions que nous allions prendre pourraient froisser les fans du manga. Mais ça, vous devez l’accepter.

Vous avez réalisé Blair Witch l’an dernier, Death Note aujourd’hui. C’est agréable de travailler sur des univers déjà créés ?

Oui… mais je n’aurais peut-être pas le même avis après Godzilla vs. Kong sur lequel je dois ensuite travailler (rires). Ça fera alors trois œuvres bâties sur des univers excitants, voire quatre si on compte Outcast, basé sur le comic de Robert Kirkman. Pour certains côtés, c’est agréable parce que ça vous donne un point de départ, une base, mais ça peut être aussi une source de stress parce que vous devez être à la hauteur du matériau premier.

Le challenge avec Blair Witch et celui-ci est très différent. Death Note est basé sur un manga alors que Blair Witch était la suite d’un film. Mais honnêtement, c’était génial, je n’aurais pas pu enchaîner sur autre chose de mieux après Blair Witch parce que réaliser un film en found footage, c’est tellement restrictif en terme de style. Vous avez à filmer selon des règles imposées et cela peut être vraiment embêtant parfois (rires). Et je pense qu’inconsciemment Death Note a été une réponse à Blair Witch, et c’est une des raisons pour laquelle j’y ai intégré des effets de style. C’était comme une explosion créative après un an de found footage (rires).

Le whitewashing a été invoqué par certains internautes après la mise en ligne de la première bande-annonce. Qu’avez-vous pensé de la polémique ?

Quand on a commencé à caster nos acteurs pour Death Note, la polémique autour du film Ghost in the Shell prenait juste forme. Nous, on est passé un peu à travers la polémique, sans doute parce qu’il y avait déjà eu des adaptations japonaises en prises de vue réelles, ainsi que des animes fidèlement adaptés.

Pour nous, cette opportunité valait pour réaliser quelque chose de nouveau. Oui, ça s’appelle toujours Death Note, mais c’est une nouvelle interprétation. Nous n’avons mis aucune limitation pour savoir qui prendre ou ne pas prendre pour jouer dans Death Note, quand bien même cette adaptation se déroule aux États-Unis. Personne ne nous a dit : ne castez pas un acteur japonais. Le problème avec le whitewashing, c’est que cela insinue qu’il y a une stratégie pour dénigrer la culture asiatique. Et ce n’est pas le cas du tout pour nous.

Un des producteurs principaux a aussi produit les remake de The Ring et The Grudge, mais aussi Les Infiltrés (adaptation libre de Infernal Affairs, ndlr) ; des licences japonaises adaptées pour l’occident donc. Pour ces films-là, il n’y a eu aucune controverse. Ça a vraiment commencé avec Ghost in the Shell. Les films ne sont pas sujets à des règles, comme celle de caster un acteur japonais si le film se passe au Japon. Nous, nous avons juste essayé de choisir les acteurs qui incarneraient le mieux les rôles qu’on avait écrits. Après, c’est un sujet sensible et je comprends que des gens puissent avoir été déçus. On doit considérer tous ces éléments avec attention.

Il y a un ton assez gore dans votre Death Note qui nous a rappelé Destination Finale, c’était plutôt étonnant. Pourquoi ce choix ?

Destination Finale a été un point de référence, oui, comme le fut La Malédiction. C’est cette idée d’événement qui va en engendrer un autre et qui va provoquer une chaîne d’événements qui va aboutir à une mort imprévisible. Nous avons voulu un procédé très cinématographique de la mort pour chaque personnage, et pas des simples attaques cardiaques. Une attaque cardiaque, c’est pas très visuel.

Mais vous avez peut-être remarqué que les morts spectaculaires, celles qui sont un peu folles et funs, surviennent dans la première partie du film, quand Light est en pleine découverte des pouvoirs du Death Note. À mesure que le film avance, ça devient plus sérieux. Les morts également, elles deviennent plus réalistes.

Death Note, réalisé par Adam Wingard, débarquera sur Netflix en exclusivité le 25 août prochain.