[Critique] « Ça » est-il le film d’horreur de l’année ?

Cinéma

Par Mathieu le

Le cinéma d’épouvante ne nous a jamais paru aussi populaire que ces dernières années. Pourtant, en visionnant ces dizaines de longs-métrages qui nous promettent une terreur novatrice, on se perd parfois, tentant bien souvent de trouver une once d’originalité. C’est souvent peine perdue. Mais il arrive quand même que certaines réalisations sortent du lot et réussissent à nous transmettre des émotions qu’on pensait enfouies. C’était l’une des promesses d’Andy Muschietti lorsqu’il a débuté le tournage de son « Ça ». Précédé d’une belle réputation, notamment grâce au téléfilm « Il » est revenu mais surtout par l’intermédiaire de son ouvrage référence écrit par Stephen King, le long-métrage se devait de nous surprendre tout en respectant les codes d’un genre apprécié. Avec à sa tête un Clown Grippe-Sou attendu au tournant, « Ça » a-t-il réussi son pari ?

Grippe-Sou le maléfique

Bienvenue à Derry, petite ville située dans le Maine, à l’extrême Nord-Est des Etats-Unis. On y fait la connaissance d’un certain « Club des Ratés » composé, entre autres, de Bill, Richie, Stanley et Eddie. L’histoire débute alors que le petit frère de Bill, nommé Georgie, fait la rencontre du Clown Grippe-Sou, coincé dans un égout, qui lui assure vouloir devenir son ami. Le problème, c’est que ce clown n’a rien d’amical. Celui que les membres du « Club des ratés » finiront vite par appeler « Ça » est en réalité un terrible monstre qui émerge, tous les 27 ans, pour se nourrir de la terreur des enfants de Derry. Et alors que la créature sème la terreur en ville, Bill et ses copains ont bien l’intention de mener leur enquête et de mettre un terme à tous ses agissements.

« Ça » ne vous laissera pas de temps. Dès sa première scène, on comprend que l’objectif clair du film est de vous scotcher à votre siège, vous laissant perdu, entre terreur et interrogations. Et c’est bien cette impression générale qui règne durant les 2h15 de projection.

Il faut bien avouer qu’on sait où se dirige l’histoire et que, finalement, chaque scène est assez attendue. Dans ce sens, surtout pour les lecteurs de l’œuvre originale, l’effet de surprise est assez faible et on sent arriver chaque jumpscares quelques minutes auparavant. Mais ce n’est pas là que réside la force du long-métrage. La réalisation d’Andy Muschietti ne souhaitait pas se perdre dans le néant de l’horreur pré-établi par le cinéma américain. C’est avant tout la tension palpable qu’il dégage et sa dimension artistique bien supérieure à la moyenne qui en font une œuvre à part entière. Dans chaque scène, on ressent cette volonté de la part du réalisateur d’insuffler de la vie dans les décors et dans la petite ville, aussi grise soit-elle, de Derry. Cela se ressent donc sur l’atmosphère globale que dégage le film et sur l’aisance avec laquelle il réussit à impliquer le spectateur face aux événements qu’il dépeint.

Ce qui frappe également, c’est combien l’univers qui nous est présenté est cohérent et relativement respectueux du livre de Stephen King. Si les plus grands adorateurs de l’œuvre originale trouveront certainement à redire, il faut bien avouer que nous sommes en face d’un long-métrage qui tente de conserver le charme du récit de King tout en lui conférant une aura propre à la vision de son réalisateur.

D’ailleurs, le clown « Grippe-Sou » incarné par Bill Skarsgard est une belle surprise. Derrière le maquillage et l’accoutrement qui nous ont paru de qualité, c’est surtout son allure et chacune de ses mimiques qui en font un personnage travaillé qui crève l’écran. Et celui qui se fait appeler également Pennywise participe à faire de « Ça » un vrai film d’horreur moderne. Car si l’on porte trop d’importance aux célèbres « jumpscares » et l’effet qu’ils peuvent avoir sur le spectateur, le film réussit à nous apporter bien plus. C’est une peur tenace qui nous tient au ventre tout au long de la projection, comme si nous étions déjà effrayés à l’idée de voir réapparaître le monstre et ce qu’il est capable de faire. Cette peur se mélange vite à des scènes gores qui pourront choquer. « Ça » va en effet assez loin lorsqu’il s’agit de présenter ses effets visuels et il faut bien avouer que voir des enfants se faire charcuter nous a paru ô combien malsain.

Stranger Clown

« Ça » repose aussi sur son casting et surtout sa jeune troupe d’acteurs. Surfant, il en est certain, sur la vague de Stranger Things, la réalisation gagne en charme au fil des minutes via la découverte de ses protagonistes. Si les fans de la série Netflix reconnaîtront aisément Finn Wolfhard (Richie), c’est surtout la talentueuse Sophia Lillis (Beverly) qui prend le dessus. La jeune actrice dégage une aura extraordinaire qui apporte un véritable plus au film. On s’attache très vite à elle, mais aussi au petit groupe de copains aux caractères et personnalités aussi différents qu’amusants. Il faut bien se rendre compte que les jeunes acteurs portent en grande partie le long-métrage et, comme expliqué précédemment, diffusent une fraîcheur bienvenue au cinéma d’horreur.

Sophia Lillis est la belle découverte du film

Mais là où « Ça » nous a véritablement convaincu, c’est dans sa façon d’aborder la psychologie de ses personnages et de jouer avec ses classiques. Tandis qu’une grande majorité de spectateurs pense très certainement que le grand ennemi du film n’est autre que le monstrueux clown, Andy Muschietti nous contredit perpétuellement. On se retrouve à jouer avec nos propres sentiments et à se demander si Grippe-sou est en réalité le plus affreux des personnages dépeints (nous ne préciserons d’ailleurs pas lesquels pour vous laisser l’effet de surprise). En abordant des sujets parfois tabous (la découverte de la sexualité, les relations parents/enfants,…) et en les traitant de la manière la plus juste et réaliste possible, le réalisateur argentin permet ainsi à son récit de présenter des figures dont la personnalité en dérangera un grand nombre.

Andy Muschietti, à qui l’on doit déjà le très intéressant Mamà, a gagné son pari. Il permet à son film de bénéficier d’un rythme agréable, néanmoins haché par quelques scènes en deçà en termes de qualité. Mais la mise en scène globale est on ne peut plus maîtrisée et on ne s’ennuie jamais face aux événements qui nous sont contés. On regrette toutefois quelques petites incohérences scénaristiques qui viennent assombrir le tableau mais qui pourraient, on l’espère, trouver leurs fondements dans la probable suite du film.

Conclusion

On comprend mieux pourquoi « Ça » et ses 35 millions de dollars de budget explose des records au Box-Office américain. En une semaine, le film a en effet déjà rapporté 218,7 millions. Et la raison est simple : le long-métrage est l’un des meilleurs qu’il nous ait été donné de voir dans sa catégorie. S’il ne révolutionne finalement pas vraiment les codes du cinéma d’horreur, la complexité de ses personnages, la puissance de sa mise en scène et sa façade artistique en font une œuvre captivante. Si les âmes sensibles devront s’abstenir, les autres peuvent-elles foncer dans les salles obscures.