[Critique] Mazinger Z Infinity : Goldorak gow !

Cinéma

Par killy le

Les trentenaires les moins passionnés de productions animées japonaises connaissent pourtant Goldorak. Avec son cornofulgur et son Grand Stratéguerre, cette série a marqué une génération entière. Mais le vrai petit nom de cette dernière est Grendizer, héritière d’une précédente mettant en scène Mazinger. C’est la poursuite de cette dernière que propose le film Mazinger Z Infinity, clin d’œil géant qui risque de laisser du public sur le bas-côté.

Like a robot

Koji Kabuto, plus connu en France sous le nom d’Alcor, est une légende effacée. Grand pilote du Mazinger Z conçu par son grand-père, il a été le sauveur de la Terre lors d’un affrontement contre le Dr.Hell, mégalo aux racines germaniques. La paix retrouvée, son âme de guerrier a été rangée aux côtés du robot géant qu’il contrôlait. Koji devient un scientifique de génie, habitude familiale et se consacre à des recherches qui vont le mener au devant d’une découverte révolutionnaire dans le Mont Fuji, un nouveau Mazinger, plus grand, plus puissant, au joli nom d’Infinity.

Gros retour taquin sur la conception du robot original à base d’un Japanium lui aussi endémique à cette montagne, avec un clin d’œil si appuyé que quelques larmes roulent sur les joues du fan qui n’attend que ça. Et ce n’est que le début. Il faut le savoir au préalable, Mazinger Z Infinity est quasi imperméable à un public non initié à la série de Go Nagai. Non que le long-métrage ne se comprenne pas dans son ensemble, mais les personnages sont si peu creusés durant leurs 90 minutes de présence que sans un minimum de connaissance de leur passé, ils donnent l’impression de passer en coup de vent dans une histoire qui ne les concerne pas. Sentiment partagé par le spectateur. Le film s’adresse à une niche bien précise, celle des passionnés, des initiés qui peuvent plus de 40 ans après profiter de la suite du destin de la famille Kabuto et rattachés (Tetsuya Tsurugi).

En cela, Mazinger Z Infinity montre une générosité titanesque et aligne les attaques emblématiques des différents mechas, les antagonistes majeurs, les poses iconiques, dans une spirale endiablée de fan service. Le risque avec cette voix qui hurle dans l’oreille d’un public conquis au préalable est de ne lui montrer rien d’autre qu’une redite stérile déguisée en preuve de respect. Un cul-de-sac créatif au bout duquel aboutit parfois le film lorsqu’il cherche à se sortir de situations à l’impact quasi nul sur le peu de temps alloué au développement du scénario. Il camoufle et enterre plus qu’il ne défriche.

Le geignant de fer

Le personnage de Lisa en est l’incarnation, McGuffin en tenue légère dont l’impact narratif est aussi faible que la diversité de ses réactions. Cliché au possible, elle multiplie les comportements énervants du personnage féminin ultra-sensible et ne revêt une importance que durant les dernières minutes. Elle est malgré tout au centre de l’une des pistes les plus intéressantes d’une trame qui révèle ses atouts lorsqu’elle sait où elle va, mais qui se transforme de la même manière en une sorte de délire métaphysique si personne ne la surveille. Une envolée mystique qui questionne pourtant avec un recul plein de surprise le poids d’un choix de vie et le spleen du dévouement à une cause qui dépasse ses propres envies. Un regard mélancolique que pourrait porter Nagai sur son œuvre et l’époque florissante de Mazinger et consorts (Cutey Honey, Grendizer, Violence Jack).

Une notion de poids qui s’articule dans le même temps autour d’un Kabuto qui n’est plus intéressé par le combat, ni par sa vie sentimentale, plongé dans une quête scientifique lui servant de fuite. Ce n’est pas son retour au boulot ingrat de héros qui lui donne alors un contrepoint, mais sa vision d’une altérité, qu’autre chose est possible. Une seconde thématique qui sous-tend également Mazinger Z Infinity, avec une réflexion d’actualité sur la course à la puissance (nucléaire) dans un contexte d’économie d’énergie et de passation de génération, qui lui donne l’opportunité de créer du lien, de s’ancrer dans une réalité avec tous ses gimmicks années 70.

L’époque des guerriers glorifiés, des robots surpuissants, du gaspillage, qui pèse sur un Japon idéalisé est en passe d’être dépassée. En témoigne le catapultage de quelques figures du Mazinger d’origine, comme Boss Borot, aux capacités peu utiles et à la brièveté à l’écran extrême. Comme des sursauts d’un âge qui essaye de s’accrocher. Mais c’est bien l’ancienne génération qui a le fin mot de l’histoire, dans un virage étrange. Et c’est bien tout le problème du film, cette sensation de ne jamais vraiment aller au bout de ses idées, de ne pas trancher : un aveu d’être sans doute dans une posture d’observateur vieillissant plutôt qu’un précurseur au style vintage. Il reste un bon divertissement au rythme calme – ce qui apporte un cachet particulier – auréolé de quelques combats dantesques, et sûrement une conclusion attendue, mais sans passion ; une fermeture de cockpit définitive qui de toute façon avait déjà eu lieu.