[Ces jours qui disparaissent] Sept questions à Timothé Le Boucher, auteur de l’une des meilleures bandes dessinées de l’année

bande dessinée

Par Fabio le

Sorti à la rentrée chez Glénat, Ces jours qui disparaissent a immédiatement intégré notre sélection des meilleures bandes dessinées de l’année 2017. Album sur la valeur du temps et l’altérité de l’être, sujets traités via l’histoire d’un jeune garçon qui soudainement doit partager sa vie avec un autre « lui », Ces jours qui disparaissent est une oeuvre bouleversante. Son auteur a bien voulu nous parler de son travail.

Journal du Geek : Est-ce que tu peux présenter rapidement ton parcours à nos lecteurs ?

Timothé Le Boucher : Très tôt, je savais que je voulais devenir auteur de bandes dessinées. Je suis rentré aux beaux-Arts d’Angoulême (EESI) où j’ai obtenu un master et un DNSEP en bande dessinée. Entre ma deuxième et ma troisième année, j’ai été repéré par l’éditeur Manolosanctis via des concours et j’ai pu réaliser mon premier album : Skins party. Entre la quatrième et la cinquième année, mon deuxième album est sorti : Les vestiaires, aux éditions La boîte à Bulles. Ensuite, après la sortie de l’école, j’ai commencé à travailler sur mon troisième album : Ces jours qui disparaissent, chez Glénat.

Quel est le point de départ de l’album ?

L’idée de l’album est justement liée à la sortie de mes études. Je me suis retrouvé à devoir faire des choix d’avenir. J’hésitais entre me lancer pleinement dans la bande dessinée ou trouver un métier stable financièrement. C’est comme si, à ce moment-là, j’avais deux choix. L’idée d’un personnage qui ne vit qu’un jour sur deux a alors germé. Et très vite, le scénario s’est construit. Je crois qu’en deux jours, j’avais l’arc général de l’histoire. Ensuite, J’ai créé un dossier complet pour l’envoyer à des éditeurs.

De très grands auteurs ont travaillé sur le thème du double, comme Dostoïevski ou Nabokov, est-ce que d’autres œuvres ont nourri tes réflexions sur le sujet ?

En réalité, l’histoire est venue tellement naturellement que je n’ai pas eu d’inspiration particulière. Bien entendu, j’ai une tonne d’influences qui ont construit mon travail mais pas sur cette thématique, en dehors des livres de psychologie liée au trouble de personnalité multiple. Le sujet de l’histoire n’est pas réellement le dédoublement mais plutôt ce que ce procédé fantastique permet d’aborder, comme cette dualité entre deux idéologies, la considération sociale sur l’utilité d’un individu, la perte de contrôle…

Ces jours qui disparaissent est aussi à mon sens, une magnifique histoire sur le temps qui passe, et sur sa valeur. Est-ce que c’est également un thème qui te tenait à cœur ?

C’est un thème qui est venu avec la construction de l’histoire. Quand j’ai pensé l’arc narratif, je me suis rendu compte que j’allais l’aborder. Et ce fut une bonne surprise. Il y a tellement de choses à dire sur cette impression d’accélération du temps dans une vie, toutes ces choses qui nous échappent. J’ai pu y glisser toute une partie de mon ressenti sur ce thème dans l’histoire.

Comment arrive-t-on à s’imaginer ce que ressent le personnage sans avoir vécu ses « trous noirs » ?

Quand je crée des personnages, je me mets à leur place pour savoir comment ils agiraient dans une situation donnée. Ce n’est pas tellement émotionnel mais plutôt analytique. J’essaie de faire en sorte que chaque personnage ait son type de langage, sa manière de réagir, et souvent c’est assez instinctif. Parfois, le scénario change légèrement car je me rends compte qu’un personnage ne peut pas agir comme je l’avais prédit au départ. Comme s’il avait sa propre autonomie.

J’ai lu dans une autre de tes interview que tu as particulièrement travaillé sur le storyboard pour faire ressentir au lecteur le quotidien du personnage, puis la perte de ses repères. Tu peux nous en dire plus à ce sujet ?

Au niveau du storyboard, le début de l’histoire est volontairement plus lent. Cela permet d’introduire en douceur le récit mais également de montrer que le personnage a le temps. Le récit part en digression sur la vie du héros. Mais plus l’histoire progresse, plus on sent une accélération. La narration devient plus dense, avec une augmentation du nombre de cases par page. Les informations deviennent de plus en plus essentielles au récit et les ellipses sont plus fortes.

Ces jours qui disparaissent, de Timothé Le Boucher, aux éditions Glénat, 192 pages, 22,50 euros