De nouvelles données sur les anneaux de Saturne remettent complètement en cause la date de leur formation

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Par Jules le

Stupeur et tremblement dans le petit monde de l’astronomie. Les dernières données envoyées par la sonde Cassini avant son plongeon final dans Saturne ont permis aux scientifiques d’en apprendre plus sur l’âge des anneaux de la géante gazeuse. Contrairement à ce qui a longtemps été admis, les anneaux ne seraient pas apparus à l’aube du système solaire, il y a 4,5 milliards d’années, mais beaucoup, beaucoup plus tard.

Pensez-vous que les dinosaures ont eu la chance d’assister à la formation des anneaux de Saturne (c’est évidemment une question rhétorique puisque les yeux des dinosaures n’étaient pas assez puissants pour voir Saturne, et ils étaient bien trop occupés à chercher de la nourriture pour se sentir concernés par le sort du système solaire) ? C’est en tout cas ce que pense une partie de la communauté scientifique, avec l’apparition d’une nouvelle théorie sur l’âge des anneaux de la géante gazeuse.

Jeunesse cachée

Lors du récent congrès de l’American Geophysical Union, qui se tenait en décembre dernier à Boulder, aux États-Unis, Luciano Iess et Sacha Kempf, respectivement planétologue à l’université La Sapienza de Rome et astrophysicien à l’Université du Colorado, ont présenté une partie des données obtenues par la sonde Cassini lors de son dernier passage à proximité de Saturne. Ces dernières laissent entendre que les anneaux de Saturne n’afficheraient que 300 millions d’années au compteur.

Cela semble beaucoup, et c’est pourtant infime en comparaison de la théorie la plus admise par la communauté scientifique. Jusqu’à présent, la majorité des astrophysiciens estime que la naissance des anneaux de Saturne coïncide avec celle du système solaire, survenue il y a environ 4,5 milliards d’années.

Deux analyses pour une même conclusion

Cette révision de l’âge des anneaux de Saturne se base sur deux indices fournis par la sonde Cassini. La masse des anneaux pour commencer. En raison de sa densité et de son opacité, l’anneau B (anneau principal de Saturne) semble avoir une masse bien plus importante que Mimas, l’un des satellites de Saturne. En effet, les chercheurs avancent que pour accréter la matière constituant l’anneau B, Saturne aurait eu besoin de plusieurs milliards d’années.

Cependant, lorsque la sonde Cassini s’est retrouvée entre la planète et les anneaux, l’équipe en charge du radiomètre de la sonde, dirigée par Luciano Iess, est parvenue à déduire la masse des anneaux sans prendre en compte leur composante, et ce, grâce à des mesures Doppler particulièrement précises des signaux radio reçus par Cassini. Résultat : seulement 0,4 fois la masse de Mimas (ce qui représente tout de même 15 millions de milliards de tonnes). En se basant toujours sur la vitesse d’accrétion, les scientifiques en ont conclu que les anneaux ne se sont pas formés en même temps que Saturne.

Le second point, avancé cette fois par Sascha Kempf, s’intéresse lui au bombardement des anneaux par des micrométéorites. Ainsi, Saturne et ses anneaux attirent beaucoup plus de poussière cosmique que l’on ne le pensait. Dans le cadre de l’expérience Cosmic Dust Analyser, qui a duré 12 années, le flux mesuré de micrométéorites et autres poussières venues des confins du système solaire est 10 fois plus important que précédemment établi.

Pour Sascha Kempf, un tel bombardement aurait dû rendre les anneaux glacés de Saturne beaucoup plus sombres, dans l’hypothèse où ils seraient âgés de plusieurs milliards d’années. La clarté des anneaux permet donc à l’astrophysicien de l’Université du Colorado d’estimer que leur âge devrait être compris entre 150 et 300 millions d’années. Soit la période à laquelle les dinosaures gambadaient gaiement sur notre bonne vieille planète bleue.

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