Pour ces mathématiciens français, moins de 100 personnes seraient suffisantes pour coloniser une exo-planète

Science

Par Mathieu le

L’humanité ne pourra pas vivre éternellement sur Terre. Cette théorie, nombreux sont les scientifiques à la valider et les scénaristes à l’explorer pour des longs-métrages (Interstellar par exemple). Il faut bien avouer que les ressources de notre planète ne sont pas illimitées et que le monde pourrait finir par être surpeuplé. Un départ pour une autre planète habitable serait donc inévitable. Mais combien faudrait-il d'hommes et de femmes dans un vaisseau qui mettrait des milliers d'années pour parvenir à destination ? En anticipant tous les aléas qui pourraient arriver en chemin, et pour qu'à l'arrivée la diversité génétique soit encore suffisante pour établir une colonie pérenne ? Des chercheurs se sont posés la question et ont donné une réponse.

Proxima Centauri b

Proxima Centauri b, la si bien nommée

C’est en partant de ce constat que plusieurs organisations spatiales tentent de trouver des alternatives, notamment en visitant d’autres planètes. Si actuellement Mars est une voisine qui suscite tout notre intérêt, il est très peu probable qu’on puisse y vivre avant très longtemps. La faute à un environnement hostile pour notre espèce (températures oscillantes entre -133°C et +17°C, pas d’oxygène) et une technologie de terraformation encore inexistante. Il faut donc regarder loin, très loin dans l’espace.

Plusieurs chercheurs de l’Université de Strasbourg ont donc étudié les candidates les plus à même de pouvoir accueillir l’humanité dans le futur. Et leur choix s’est porté sur une exoplanète nommée Proxima Centauri b. Cette dernière orbite autour de l’étoile Proxima du Centaure qui a l’intérêt d’être la plus proche de notre système solaire. Habitable et profitant d’une masse comparable à la Terre, Centauri b est donc la candidate idéale pour un jour devenir notre second chez nous.

Encore faut-il pouvoir s’y déplacer. Car l’humain n’a pas encore inventé la téléportation. Et le problème, c’est que cette exoplanète se trouve à 4,22 années-lumière de la Terre. Avec un vaisseau comme l’Apollo 11, il faudrait ainsi plus de 100 000 ans pour s’y rendre, le vaisseau avançant actuellement à 5 500 kilomètres par heure. Heureusement, l’équipe de chercheurs a pensé à prendre en compte la sonde Parker Solar Probe qui sera lancée dans les mois prochains pour étudier notre soleil. Cette dernière devrait en effet avancer à la vitesse de 200 kilomètres par seconde. Il lui faudrait alors seulement 6 300 années pour parcourir la distance entre la Terre et Proxima Centauri b. C’est déjà mieux.

Parker Solar Probe

Un héritage lourd à gérer

D’après les calculs des scientifiques de l’Université de Strasbourg, il suffirait alors d’envoyer 98 colons (49 femmes et 49 hommes) dans un vaisseau allant aussi vite que Parker Solar Probe pour pouvoir établir une colonie viable sur cette nouvelle planète. Et par viable, il faut entendre « disposant encore d’une diversité génétique suffisante » afin que les prochaines générations soient saines, mais aussi capable d’encaisser tous les coups durs qui pourraient arriver durant le voyage.

Ils se sont basés sur la méthode mathématique baptisée « héritage » prenant en compte plusieurs évènements plus ou moins probables comme les épidémies, les accidents, le taux de mortalité ou même des évènements catastrophiques qui arriveraient tous les 2500 ans durant le voyage. Après évaluation des risques, ils ont conclu que 98 colons à prendre le départ dans le vaisseau à destination de Proxima Centauri b avaient toutes les chances de succès.

Évidemment, il s’agit d’une simulation purement théorique. Interrogé par Ouest-France, Frédéric Marin, l’un des chercheurs à l’Observatoire astronomique de Strasbourg derrière cette étude, précise : « Cette étude a été réalisée d’un strict point de vue scientifique. Certains paramètres, comme les ressources, la nourriture ou les fonctions des passagers, n’ont pas été intégrés. Il y a bien sûr d’autres questions inhérentes à un tel voyage : quel serait le régime politique à bord du vaisseau ? Dans quel état d’esprit se trouveraient les générations intermédiaires, dont le seul but serait de se reproduire pour assurer le succès de la mission ? Pour le moment, les implications psychologiques et sociologiques ne sont pas mathématisables… »

Et puis il reste cette dernière question : que feront les colons s’ils s’aperçoivent que Proxima Centauri b n’est pas vraiment habitable ?