L’ONU se penche sur le cas des “ouvriers à clics” et sur leurs mauvaises conditions de travail

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Par Mathieu le

Ce sont des travailleurs de l’invisible. Ils ne sont pas reconnus professionnellement et leurs conditions de travail sont plus que difficiles. Pourtant, ils sont des dizaines de millions à exercer ce métier et on estime qu’en 2020, le marché atteindra entre 15 et 25 milliards de dollars. Le digital labor, ce milieu dans lequel travaille des millions d’ouvriers du clic commence doucement à se révéler et à inquiéter les plus grands organismes mondiaux, l’ONU en tête.

Manque d’argent et de reconnaissance

Sans lui, l’Internet tel qu’on le connait ne pourrait exister. Oui, le “digital labor” est essentiel au fonctionnement de ce réseau et à l’accès aux différents médias et réseaux sociaux. Il englobe de nombreuses tâches répétitives (compléter des questionnaires à des fins scientifiques, recenser les adresses e-mail de certaines catégories socioprofessionnelles, transcrire des photos des vidéos pour  améliorer les intelligences artificielles, etc.). Les ouvriers du clic sont aussi bien souvent ceux qui modèrent les contenus, que ce soit les publications pornographiques sur Facebook ou des vidéos dérangeantes ajoutées sur YouTube.

Dans le cadre d’une étude dédiée à cette profession méconnue, l’Organisation internationale du travail (OIT) des Nations Unies a mis le doigt sur une situation très compliquée à vivre pour les travailleurs de ce secteur. Ils gagnent en général très peu. On estime, qu’en moyenne, une personne qui effectue ces tâches touche 3,31 dollars de l’heure, une somme bien insuffisante pour en vivre. On parle alors plutôt de second job puisqu’une majorité des sondés affirment avoir une autre activité professionnelle. Ils sont alors dans l’obligation de travailler la nuit, ou le soir tard. Les conditions sont parfois dures à vivre, notamment pour ceux qui doivent modérer des contenus toujours plus trashs et gores.

Un marché à réguler

Le problème, c’est que le digital labor ne bénéficie d’aucune structure adaptée à son travail. 80% des « emplois » sont créés par deux plateformes nommées Amazon Mechanical Turk et CrowdFlower qui se chargent notamment de faire le lien entre l’offre (les entreprises qui recherchent des ouvriers à clics) et la demande (les travailleurs). Ces dernières, qui appartiennent à de gros groupes américains (Amazon et Figure Eight) ne se sont jamais établis comme de véritables entreprises avec l’ensemble des devoirs et obligations qui leurs sont inhérentes. Par exemple, il est tout à fait possible qu’une plateforme supprime le compte d’un ouvrier du clic sans lui demander son avis et sans que celui-ci puisse s’y opposer.

L’étude avance même que, parfois, certains travailleurs ne sont même pas rémunérés pour les tâches effectuées. L’ONU a décidé de s’y intéresser de plus près. L’objectif est clair : réguler le marché et cette fonction pour offrir de conditions de travail décentes aux futurs employés. Il faut dire qu’on retrouve du digital labor partout dans le monde. Principalement aux États-Unis, certes, mais on en recense aussi en Amérique du Sud, en Europe et en Asie. Autre surprise, c’est un métier assez paritaire puisqu’on retrouve un grand nombre de femmes qui tentent leur chance.

Malheureusement, cette « économie parallèle » comme l’appelle l’OIT recrute des personnes surdiplômées (37% des interrogés sont titulaires d’un diplôme universitaire) afin de leur faire réaliser « des tâches qui ne correspondent pas au niveau d’éducation des travailleurs ». C’est aussi un point sur lequel compte se pencher l’ONU afin d’apporter, dans un futur proche, des solutions acceptables.