COP 25 : Les géants du pétrole proposent de planter plus d’arbres pour continuer à émettre des gaz à effet de serre

politique

Par Felix Gouty le

La COP 25, actuellement à Madrid, est censée clarifier et mettre en application les solutions de lutte contre le réchauffement climatique proposées et validées lors de la COP 21. L’une d’elles fait débat et pourrait profiter davantage à l’industrie du charbon et du pétrole qu’à la planète.

Une manifestation pour le climat est en cours à Madrid.
Crédits : Mika Baumeister / Unsplash.

En 2015, lors de la COP 21 et de la signature des Accords de Paris sur le climat, les États membres de cette « conférence des parties » s’étaient mis d’accord sur la mise en place d’un marché du carbone. Celui-ci, provenant de l’article 6 des accords en question, permet à certains pays d’échanger entre eux leurs crédits d’émissions de gaz à effet de serre (ou « crédits carbone ») : l’un, peu émetteur, compense financièrement pour l’autre, très émetteur, d’un commun accord. Tous les pays signataires des Accords de Paris s’étaient alors mis d’accord sur cette alternative à la taxe carbone, mais quatre ans plus tard, elle doit encore être finalisée. Le sujet est au programme de la COP 25, actuellement en cours à Madrid. Néanmoins, certains jugent que cette idée est une « fausse solution ». Pour commencer, souligne France Inter, la question du comptage est épineuse : certains pays comme le Brésil jugent que la tonne de CO2 évitée devrait être comptée deux fois, une fois dans le pays qui l’achète mais aussi une fois dans le pays où la solution ayant permet de réduire les émissions carbone d’une tonne par an a été mise en place. L’autre défi est de vérifier la nature réellement écolo des projets. Au delà de ces aspect technique, c’est aussi la philosophie générale du marché carbone qui ne convainc pas tout le monde.

En théorie, elle n’empêcherait pas, en effet, des pays très émetteurs tels que la Chine de développer des industries polluantes, comme le charbon. Des centaines de représentants de compagnies exploitant les hydrocarbures soutiennent d’ailleurs la validation finale de l’article 6 à Madrid. Des géants du pétrole comme Shell ou la société BP surpassent même, en termes de nombre, la quantité de représentants gouvernementaux de l’Union Européenne selon Gizmodo. Le groupe financier Santander – l’un des plus gros financeurs de l’industrie du charbon en Europe, selon un récent rapport d’un réseau international d’ONG – est d’ailleurs l’un des principaux sponsors locaux de la COP 25. Pour satisfaire les États membres et les pousser à mettre en application l’idée du « marché du carbone »,  l’Association internationale d’échange des émissions (IETA), qui représente les intérêts des pétroliers cités, pousserait même un projet d’échange de crédits carbone contre des crédits de reforestation et de renforcement de l’agriculture. Ce projet – appelé « Solutions naturelles pour les marchés au carbone » – permettrait à certains pays de continuer à émettre autant de gaz à effet de serre, tant qu’ils contribuent à soutenir l’agriculture biologique et le reforestation. Autrement dit : planter plus d’arbres pour émettre plus de gaz à effet de serre. Une « fausse solution » ? Les pays participants à la COP 25 devront y répondre dans les jours à venir.

Source: Gizmodo