Un deuxième patient officiellement guéri du virus du SIDA

Science

Par Felix Gouty le

10 ans après la guérison d’un premier malade du SIDA, des médecins britanniques sont parvenus à employer la même méthode pour en guérir un second. Cette méthode consiste à greffer au malade des cellules souches porteuses de la mutation CCR5Δ32 qui protégerait les cellules immunitaires, cibles du virus, de l’infection.

Crédits : andrew_stevens_h / Flickr.

La grippe saisonnière et le coronavirus SRAS-CoV-2 ne sont pas les seuls virus à faire des ravages dans le monde. Environ 1,7 millions de personnes auraient été nouvellement infectées par le virus du SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise), ou VIH (virus d’immunodéficience humaine), en 2018. Au total, près de 38 millions de personnes resteraient malades du SIDA à travers le monde. Mais aujourd’hui, c’est un de moins, selon un nouveau rapport médical de la revue internationale The Lancet. Surnommé “le patient de Londres”, Adam Castillejo, un homme de 40 ans originaire du Venezuela, a en effet été officiellement déclaré comme guéri du VIH (et plus précisément, du HIV-1, la souche la plus commune et répandue de la maladie). Il est seulement le second à y être parvenu. En 2010, Timothy Ray Brown, surnommé alors “le patient de Berlin”, était devenu le premier homme à “guérir” du virus du SIDA.

Des cellules souches mutantes

Dans leurs conclusions, le professeur Ravindra Kumar Gupta et ses collègues de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, affirment qu’aucune trace du virus n’a été détectée dans le sang et le reste des fluides corporelles du patient de Londres, trente mois après sa greffe de moelle osseuse. En effet, tout comme le premier guéri du SIDA, le patient de Londres avait développé une leucémie myéloïde, ou cancer du sang, induite par l’infection. Pour le traiter, les médecins lui ont injecté dans la moelle osseuse des cellules souches provenant d’une personne présentant la mutation génétique CCR5Δ32. Cette dernière modifie les récepteurs membranaires des leucocytes, cellules immunitaires ciblées par le virus du SIDA. Ces récepteurs ainsi modifiés empêcheraient les virions du VIH d’infecter les leucocytes et donc d’entraîner une immunodéficience. L’injection de ces cellules souches “mutantes” a permis au patient de Londres de produire ses propres cellules sanguines et immunitaires mutées, protégées contre le virus.

Cette méthode, qui comptabilise maintenant deux réussites, n’est cependant pas une solution miracle. Elle n’est employée qu’en dernier recours, car elle est douloureuse, et ses chances de fonctionner sont minces. De plus, le type de don de moelle osseuse concerné est très précis. Le donneur doit posséder une mutation génétique très rare : seulement 22 000 donneurs compatibles seraient recensés à travers le monde. D’autre part, la moelle osseuse du receveur doit être capable de différencier les cellules souches reçues en cellules sanguines ou immunitaires viables et en quantité suffisante pour combattre l’infection. La transformation d’un tel essai relève d’une dose non-négligeable de hasard.