Le “contact tracing” peut-il endiguer la propagation du virus SARS-CoV-2 ?

politique

Par Felix Gouty le

De plus en plus de pays projettent ou font désormais appel au “contact tracing” numérique des personnes potentiellement contaminés. Qu’en est-il exactement et en quoi peut-il aider à mieux lutter contre la pandémie de COVID-19 ?

Crédits : Andrew Guan.

Lundi 13 avril, le président français, Emmanuel Macron, a confirmé la prolongation du confinement généralisé au moins jusqu’au 11 mai et, avec elle, plusieurs nouvelles mesures à venir. Il a notamment évoqué le fait que le gouvernement continuait de travailler sur une application mobile de traçage des contaminations “sur la base du volontariat” – déjà connue sous le nom provisoire de StopCovid. De nombreux pays touchés par la pandémie de COVID-19 y font déjà appel ou vont suivre ce modèle. Dernièrement, dans une association sans précédent, Apple et Google ont annoncé développer ensemble une telle app interopérable entre tous les smartphones sous iOS et Android aux États-Unis. L’objectif : accélérer le signalement des contacts rapprochés entre des malades et de potentiels contaminés.

Lors d’une épidémie, les autorités médicales utilisent un “contact tracing” manuel afin de suivre la propagation d’une maladie infectieuse et la stopper avant que celle-ci ne devienne. Une fois qu’elle est diagnostiquée, chaque personne malade est amenée à lister les noms et coordonnées des personnes avec qui elle a été en contact au fil des jours qui précédent son diagnostic, son test ou l’apparition des symptômes et qu’elle a donc potentiellement contaminé. Les services de santé sont alors chargés de retrouver physiquement ses potentiels contaminés et de les isoler avant qu’ils ne rentrent eux-mêmes en contact avec d’autres personnes et les contaminent à leur tour, accentuant la propagation du virus (comme dans le cas du coronavirus SARS-CoV-2). Seulement, il peut arriver un stade où cette traçabilité devient incommensurable : le nombre de potentiels contaminés est tel qu’il devient impossible de les retrouver tous à temps pour arrêter la chaîne des contaminations. C’est à ce stade qu’un confinement généralisé entre en compte, isolant une population entière à défaut de pouvoir trier les contaminés avérés des potentiels ou des non-malades. Le “contact tracing” numérique pourrait néanmoins permettre de changer la donne.

Du manuel au numérique

Aussi bien StopCovid que l’application développée par Apple et Google semblent se baser sur le même modèle de “contact tracing” mobile : l’enregistrement de méta-données Bluetooth. Lorsque cette fonction est activée, un smartphone enregistre temporairement les informations identitaires de tous les appareils connectés qu’il croise – y compris les autres smartphones. En supposant qu’une grande majorité de la population installe volontairement une telle application, l’idée serait que chaque personne malade l’indique sur l’application. Ainsi, chaque autre utilisateur de l’application (Bluetooth activé) qu’elle a croisé de manière rapprochée – même quelques jours auparavant – pourra recevoir directement un message leur signalant la situation. Le potentiel contaminé sera donc invité à s’isoler ou à contacter un médecin. Cette méthode de “contact tracing” permet non seulement d’accélérer la procédure mais surtout de couvrir un plus large spectre de contamination. Comme le remarque The Verge, personne ne peut identifier tous les inconnus croisés dans la rue ou dans les transports mais, en adoptant cette procédure, un smartphone le peut. A terme, et à défaut de pouvoir tester l’ensemble de la population, cette méthode de “contact tracing” numérique pourrait permettre d’exiger uniquement le confinement des personnes malades et potentiellement contaminées repérées par l’application. En conséquence, cela pourrait encourager le “déconfinement” du reste de la population – sans perdre en vigilance – dont l’économie du pays dépend.

Pour que des applications comme StopCovid fonctionnent pleinement, il faut néanmoins qu’une “masse critique” de la population s’en serve. Or, comme le soutient par exemple la CNIL en France, une telle application ne peut exister que sur la base du volontariat des utilisateurs et d’un respect strict de certaines contraintes assurant la protection des données personnelles de ces derniers. Nous verrons dans les prochains jours ou semaines ce que décide le gouvernement français pour faire face à ces compromis.