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Coronavirus : bilan, dangerosité, mesures de protection… tout ce qu’il faut savoir sur l’épidémie

Science

Par Felix Gouty le

Symptômes, taux de mortalité, mesures sanitaires, progression de la recherche médical… retrouvez ici un maximum d’éléments de réponse concernant l’épidémie de coronavirus chinois 2019-nCoV, au fil de son évolution et des dernières informations connues.

Le coronavirus, le vecteur du virus du SRAS.
Des virions de coronavirus, vecteur du syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS. (Public Domain)

Le virus est-il contagieux ? Comment s’en protéger ? Comme toutes les épidémies de virus inconnu, l’actuelle épidémie de coronavirus de Wuhan ou “2019-nCoV”, un virus proche de celui du SRAS, soulève beaucoup d’inquiétudes et d’interrogations. Nous tenterons d’y répondre dans ce dossier au fil des jours et au fur et à mesure de son déroulement et des informations provenant des autorités chinoises et françaises.

[Article mis à jour le 12/02/2020 à 17h]

Combien de personnes ont été touchées par ce coronavirus ?

L’épidémie du virus COVID-19 (anciennement 2019-nCoV) ou coronavirus de Wuhan aurait commencé au début du mois de décembre 2019, dans la ville de Wuhan, en Chine. Les premières personnes infectées auraient fréquentés le marché aux poissons de la ville, où est vendue une grande variété de nourritures et d’animaux sauvages. Le 11 février, l’Organisation mondiale de la santé a officiellement renommé ce virus COVID-19 pour “Coronavirus Disease 2019”.

L’alerte aurait été initialement lancée par des médecins de Wuhan quelques jours avant que de premières mesures soient prises. Ces derniers avaient été alors arrêtés par les autorités pour avoir “propagé des rumeurs”. L’un d’eux – Li Weilang – serait mort d’une infection au coronavirus. Une enquête a été ouverte à son sujet par les autorités chinoises.

Quelles sont les causes et l’origine du virus ?

Le virus, avant d’avoir été transmis à l’être humain, serait donc très certainement d’origine animale. L’hypothèse la plus probable est celle de la chauve-souris rhinolophe (Rhinolophus sp.), vecteur avéré du coronavirus du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), très proche du 2019-nCoV. Des chercheurs chinois auraient découvert l’identité de l’hôte intermédiaire ou “réservoir” du virus : l’animal a transmis le virus à l’homme après avoir été contaminé par l’espèce vectrice. D’après leurs analyses génomiques, il s’agirait d’une espèce de pangolin, l’animal le plus braconné au monde et l’un des plus menacés d’extinction, possiblement vendu au marché de Wuhan. Conséquence de cette découverte (encore à valider par le monde scientifique), le gouvernement chinois a interdit la vente ou le transport d’animaux sauvages jusqu’à nouvel ordre.

L’évolution de l’épidémie, combien de personnes infectées et de morts ?

Depuis, le bilan actuel [à dater du mercredi 12/02/2020] s’élève officiellement à plus de 1 100 victimes, dont une à Hong-Kong et une autre aux Philippines, et plus de 45 000 personnes dont l’infection est avérée à travers le monde. Le nombre de nouveaux cas recensés au quotidien auraient diminués ces derniers jours. Le pic de l’épidémie pourrait être atteint à la fin du mois de février. Selon une récente étude chinoise, seul un tiers des personnes infectés seraient physiquement passées par Wuhan. En Chine, le nombre de morts et d’individus malades a officiellement dépassé celui qu’avait causé l’épidémie de SRAS de 2002-2003. Selon des chercheurs hong-kongais, il se pourrait que le nombre réel soit nettement supérieur en comptant les personnes infectées encore sans symptômes. 11 des personnes touchées par le coronavirus sont en France : cinq sont hospitalisées à Paris et une à Bordeaux. Cinq autres, des citoyens britanniques, ont été contaminés à la station de ski Les Contamines-Montjoie. Ils auraient été contaminés par un homme venant de Singapour puis repartit au Royaume-Uni. Des personnes ayant été contaminées alors qu’elles n’avaient pas voyagé en Chine ont été confirmé en France, en Thaïlande, aux États-Unis, en Allemagne, au Japon et au Vietnam. Ces individus ont été en contact avec des personnes venant de Chine ou directement de Wuhan. Une personne, dans un vol de rapatriement français en cours, présenterait des symptômes de la pneumonie virale. Elle sera mise en quarantaine à son arrivée. Plusieurs dizaines de personnes se seraient remises de l’infection, en Chine. Plusieurs centaines de personnes se seraient remises de l’infection, depuis le début de l’épidémie en Chine. Deux passagers d’un vol Hong-Kong-Italie seraient malades du virus et ont peut-être contaminé plusieurs personnes. Le nombre de personnes qui se seraient remises de l’infection aurait désormais largement surpassé le nombre de morts recensés depuis le début de l’épidémie.

Quels sont les effets de ce coronavirus sur la santé ? Comment se déclare l’infection ?

Le 2019-nCoV est un virus très similaire au coronavirus responsable de l’épidémie de SRAS de 2002-2003. Il cause une forte fièvre, une toux sévère ainsi qu’une grande fatigue. Selon les experts scientifiques de The Lancet, une dyspnée, ou détresse respiratoire, semble être une complication caractéristique chez une grande partie des malades. Cette maladie se transmet par contact étroit avec une personne infectée ou par le biais de ses postillons lors d’une toux ou d’un éternuement. D’après une nouvelle étude chinoise, certains patients contaminés présenteraient des traces du virus dans leur tube digestif mais aussi dans la salive et dans l’urine. De plus, selon ces chercheurs, la période d’incubation pourrait réellement durer plus longtemps : 24 jours plutôt que quatorze. Selon les données chinoises actuelles, le taux de mortalité du 2019-nCoV est de 3% – ce qui est inférieur au taux de 10% du coronavirus du SRAS et d’environ 30% pour celui du MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient), apparu en 2012. La rapidité de sa propagation est néanmoins nettement supérieure : le 2019-nCoV a mis seulement 48 jours pour infecter 1000 personnes. D’après une nouvelle étude du Lancet, cette pneumonie virale se retrouverait majoritairement chez des personnes âgées ou avec des pathologies sous-jacentes, notamment des maladies cardiaques. Elle ne touche quasiment pas les enfants en dessous de 15 ans.

Comment peut-on s’en protéger en France ?

Une personne présentant des symptômes potentiellement liés au virus, revenant d’un voyage en Chine ou ayant croisé des personnes rentrant du pays ne doit pas se rendre aux urgences, où elle pourrait transmettre le virus à d’autres individus. Elle doit appeler le SAMU via le 15 afin d’entrer en contact avec un médecin régulateur. Si celui-ci estime qu’il y a un risque d’infection, une équipe médicale viendra emmener cette personne directement à l’hôpital où elle sera évaluée.Autrement, le virus reste très peu résistant au milieu extérieur et ne survit pas plus de quelques heures sur une surface inerte sèche. Le lavage de mains et le nettoyage des surfaces suffiraient à l’éliminer. Le ministère de la santé ne recommande pas le port du masque chirurgical pour les personnes non-malades car son efficacité n’est pas démontrée. Il reste néanmoins une “protection barrière” à porter par les personnes malades pour éviter de transmettre le virus. Les patients infectés et hospitalisés sont actuellement traitées avec des antiviraux associés à des antibiotiques et, parfois, de l’oxygénothérapie (qui accentue l’oxygène dans les poumons).

Quelles mesures ont été mises en place pour combattre l’épidémie ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère désormais officiellement l’épidémie comme une “urgence de santé publique à portée internationale”. Elle craint que l’épidémie ne se propage dans des “pays dont le système de santé est plus faible”. L’OMS affirme que limiter les voyages avec la Chine serait contre-productif : cela pourrait favoriser les déplacements illégaux et ainsi faciliter la propagation de l’épidémie. De plus, l’organisation certifie que la situation n’a pas lieu d’être qualifiée de “pandémie”. L’OMS a récemment confirmé la “pénurie mondiale de protections individuelles”, notamment des masques de protection. Elle dit cependant envoyer régulièrement des kits médicaux, des blouses, des gants et des masques à de nombreuses équipes médicales à travers le monde. L’OMS a indiqué que le nombre de contaminations s’était stabilisé mais qu’elle n’était pas encore certaine que le pic de l’épidémie soit passé. L’OMS a indiqué que le nombre de contaminations s’était stabilisé mais qu’elle n’était pas encore certaine que le pic de l’épidémie soit passé. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS, a estimé que stopper l’épidémie en Chine est “une grande urgence” mais que le virus reste une “très grande menace” à travers le monde.

La situation à Wuhan et plus globalement en Chine

Le gouvernement chinois a placé plus d’une dizaine de communes en quarantaine – soit, plusieurs dizaines de millions de personnes. De nouvelles communes ont été confinées (notamment, celle où siège l’entreprise de vente en ligne, Alibaba). Ces dernières n’autorisent plus qu’une personne par foyer à sortir une fois tous les deux jours pour faire leurs courses. Macao, célèbre ville côtière, a fermé ses casinos. Le début du deuxième semestre scolaire a été reporté pour tous les enfants et étudiants du pays. Plus de 2 000 trajets en train ont été annulés. Hong-Kong bloque tous les trains en provenance de Chine continentale. En pleine période du nouvel an, la Chine a aussi interdit à ses agences de voyage de vendre des forfaits pour des trajets intérieurs ou à l’étranger. Toyota, le constructeur automobile japonais, a fermé plusieurs de ses usines en Chine. Par ailleurs, plusieurs accès à des monuments nationaux sont désormais fermés : plusieurs sections de la Grande muraille de Chine, le tombeau des Ming ou encore la forêt des pagodes. A Shanghai, le parc d’attraction Disneyland a fermé ses portes. L’étape de la Coupe du monde de ski, prévue en Chine, a été officiellement annulée. Le gouvernement chinois a ordonné la construction d’urgence de deux hôpitaux près de Wuhan, pour accueillir 2500 malades du 2019-nCoV. Le premier des deux a ouvert le 3 février. Le second a ouvert ce jeudi 6 février. En parallèle de cette épidémie, la Chine a annoncé l’apparition d’une grippe aviaire, H5N1, dans une province au sud de Wuhan. Plusieurs milliers de volailles ont été abattues mais aucun cas humain n’a été recensé à ce jour. Une hotline, destinée aux ressortissants étranger, a été mises en place en Chine. Le grand prix de Formule 1 de Pékin a été reporté au mois d’avril. Le gouvernement chinois a mis en place un système permettant à ses citoyens de détecter si oui ou non ils ont été en contact avec une personne malade.

L’actualité de l’épidémie à l’international (Thailande, Canade, USA, Belgique, etc.)

L’Australie aurait mis l’équipe de football féminine chinoise en quarantaine. Elle serait arrivée après une escale à Wuhan. Des matches de la Ligue des Champions d’Asie comprenant des clubs chinois ont été reportés. La Russie, qui comporte deux cas de personnes infectées, annonce fermer ses frontières avec la Chine jusqu’à nouvel ordre. Elle prévient qu’elle se dit prêt à expulser “les étrangers porteurs du virus”. La sécurité du président Vladimir Poutine exigerait de mesurer la température de chaque personne l’approchant. Dans une ville russe à la frontière de la Chine, le port du masque chirurgical est devenu obligatoire pour les commerçants et autres métiers en contact avec le public. États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Irak, Israël et Philippines ont interdit l’entrée sur leur territoire aux étrangers s’étant récemment rendus en Chine. Les compétitions de la ligue e-sport du jeu-vidéo Overwatch prévues en Chine les mois prochains ont été annulées. Dans un soucis de “protection de la santé”, les tests anti-dopage pour les athlètes chinois prévus de participer aux Jeux olympiques de Tokyo ont été annulés. Google a cessé ses activités sur place jusqu’à nouvel ordre et le constructeur électronique LG a interdit à ses employés de se rendre en Chine. L’Italie, présentant deux cas de contamination, a proclamé l’état d’urgence et a interdit tous les vols en provenance ou en direction de la Chine. Au Mexique, la compagnie de VTC Uber a suspendu plusieurs dizaines de comptes suite à une suspicion de contamination chez l’un de ses utilisateurs. Une course de voitures Formula E, prévue pour mars en Chine, a été reportée. Le constructeur automobile sud-coréen, Hyundai, a été obligé d’interrompre sa production face au manque de pièces provenant de Chine. Plusieurs usines de production d’iPhones sont actuellement fermées en Chine. Toujours dans le monde de la tech, plusieurs compagnies comme comme LG, Ericsson, Sony, Amazon et NVIDIA ne participeront pas au grand congrès mondial du mobile de Barcelone ce mois-ci. Le suédois Ericsson renonce lui aussi à y participer. Enfin, un navire de croisière a été mis en quarantaine au large de Yokohama, au Japon, car 10 personnes à bord seraient contaminées. Une soixantaine d’autres personnes (dont du personnel du bateau) seraient désormais malades elles aussi. Un autre bateau, à Hong-Kong, est à l’arrêt et ses passagers forcés de rester confinés. Sa quarantaine devrait s’interrompre le 19 février. Le Royaume-Uni – qui a recensé quatre nouveaux cas – considère l’épidémie comme une “menace grave et imminente”. Le gouvernement britannique a renforcé ses mesures préventives : les autorités médicales peuvent désormais forcer un patient à rester en confinement jusqu’à nouvel ordre sans possibilité pour lui de se libérer de la quarantaine. Deux tournois de golfe féminin ont été annulés à Singapour et en Thaïlande. AirBNB a suspendu toutes les réservations possibles dans la ville de Pékin jusqu’à la fin du mois d’avril. Les bureaux et usines de General Motors en Corée du Sud ont temporairement fermé.

A Paris, le défilé annuel du nouvel an chinois a été reporté pour des raisons sanitaires mais aussi pour éviter des “risques de psychose”. Les ministères de la santé et des Affaires étrangères prévoient de rapatrier plusieurs familles franco-chinoises en France. 350 Européens et 250 Français ont été rapatriés la semaine dernière. Malgré des suspicions initiales, aucun Français revenu ainsi de Chine ne serait malade. Un Belge, rapatrié dans son pays par l’un des vols français, serait néanmoins infecté. Seules des « personnes saines ou asymptomatiques » seront rapatriées et seront mises en quarantaine pendant 14 jours. Plusieurs d’entre elles ne le souhaitent pas, compte tenu de la quarantaine exigée à leur arrivée sur le territoire. 35 nouveaux français ont été rapatriés. Le Royaume-Uni, qui a annoncé ses deux premiers cas de contamination, tente actuellement de faire de même pour ses ressortissants à Wuhan. 18 sud-coréens rapatriés récemment dans leur pays sont malades. Le premier vol de rapatriement américain est arrivé ce jour en Alaska. Des Canadiens ont été récemment rapatriés dans une base militaire de leur pays. La Chine, quant à elle, tente de rapatrier des touristes chinois bloqués à Bali.  Les compagnies aériennes British Airways, LionAir, ou encore la Lufthansa ont suspendu tous leurs vols vers la Chine continentale. AirFrance en a fait de même, jusqu’au 15 mars. United Airlines, Finnair et Cathay Pacific ont simplement réduit leur nombre. AirFrance n’a, pour l’instant, pas modifié leurs plans. Idem aujourd’hui, pour de nombreux pays du Moyen-Orient. Hong-Kong Airlines, en difficulté face à l’épidémie et l’annulation de nombreux vols, est contraint de licencier des centaines de personnes. Toujours en France : des affiches et des fascicules informatifs sont distribués dans les aéroports. De plus, à Paris, les hôpitaux Bichat et de la Pitié-Salpêtrière possèdent chacun sept chambres de confinement spécialisées.

Comment éliminer le coronavirus ? Existe-il un remède ?

L’Institut Pasteur travaille actuellement à la recherche d’un “candidat-vaccin” à partir d’échantillons viraux prélevés sur les trois Français actuellement hospitalisés. Il estime obtenir une première formulation d’un vaccin d’ici 6 mois. Des essais cliniques à base, notamment, d’interféron (médicament utilisé pour stimuler les défenses immunitaires, par exemple, chez les malades du SIDA) et de remdesivir (antiviral utilisé contre le virus Ebola) sont également en cours. Le ministère de la santé thaïlandais affirme être parvenu à soigner une femme venue de Chine atteinte du coronavirus, grâce à un cocktail d’anti-viraux – de l’oseltamivir, utilisé dans les cas de grippe, avec du lopinavir et ritonavir, utilisés pour lutter contre le VIH.A l’international, des chercheurs australiens auraient été chargés de développer un vaccin selon une nouvelle méthode accélérée. Par ailleurs, l’Institut américain de la santé (NIH) estime pouvoir développer un vaccin et le tester chez l’homme d’ici 3 mois. Des scientifiques australiens de l’Institut Doherty sont les premiers, en dehors de la Chine, à avoir cultivé, répliqué et séquencé le génome viral du 2019-nCoV. Ils ont communiqué leurs résultats à l’OMS. Cette première réplique du virus va leur donner la possibilité de tester différents formules d’anticorps et d’identifier lesquelles réagissent face au virus. Cela pourrait permettre de détecter l’infection chez des personnes contaminées mais encore asymptomatiques.