Le Japon va lever l’anonymat des cyber-harceleurs

politique

Par Antoine Gautherie le

Face à un taux de suicide élevé intimement lié à un problème systémique de cyber-harcèlement, le gouvernement japonais a fini par trancher : désormais, l’anonymat des cyber-harceleurs pourra être levé de façon à ce qu’ils soient rendus responsables de leurs actes.

© Maxim Ilyahov – Unsplash (couleurs retouchées)

Au Japon, l’un des pays où la culture numérique est tout particulièrement ancrée dans les mœurs, le cyber-harcèlement est devenu un problème systémique latent. Dans un pays qui souffre déjà d’un taux de suicide problématique, ces invectives en ligne participent d’un climat délétère qui fait de nombreuses victimes, bien plus que dans de nombreux autres pays. Pour s’attaquer à ce fléau, le gouvernement a décidé d’agir en mettant directement les opérateurs à contribution. Ainsi, tous les opérateurs, les fournisseurs d’accès à Internet et les plateformes de réseaux sociaux devront se tenir prêts à communiquer les données personnelles – adresse IP, numéro de téléphone et identité complète – des harceleurs en ligne pour que leur anonymat ne soit plus synonyme d’impunité, lors d’une poursuite en justice. Grâce à cette loi, les victimes disposent donc d’un recours légal en cas de harcèlement grave. À l’avenir, cela pourra éviter certains drames comme celui qui est à l’origine de ce passage à l’acte du gouvernement. Car si les autorités nippones étaient évidemment conscientes du problème depuis un certain temps, c’est un fait divers particulièrement médiatisé qui a fini par mettre le feu aux poudres.

Hana Kimura, exemple malgré elle

Fin mai dernier, la catcheuse Hana Kimura mettait fin à ses jours, après son passage dans la télé-réalité Terrace House. Ce suicide a profondément choqué la population, car une enquête a très rapidement révélé qu’elle faisait l’objet d’une véritable campagne de cyber-harcèlement de la part des téléspectateurs de l’émission et d’autres internautes sur les réseaux sociaux. Entre les calomnies, les invectives racistes, les menaces et les incitations pures et simples au suicide, la jeune femme de 22 ans subissait un tel torrent d’insultes injustifiées chaque jour que la justice a fini par reconnaître ce harcèlement comme la cause directe de son passage à l’acte. Cette affaire est très représentative du quotidien de milliers d’autres Japonais, en particulier des jeunes. Si une telle décision gouvernementale pourrait susciter un tollé sur fond de protection des données personnelles dans de nombreux autres pays, le problème est d’une telle envergure au Japon que d’après RFI, 87% des sondés approuvent cette réforme. Parmi eux, de nombreux parents qui souhaitent pouvoir en finir avec ce fléau qui mine la société japonaise. Il conviendra de surveiller les statistiques officielles au cours des prochains mois et années, pour voir si cette mesure permet effectivement de protéger les victimes tout en punissant les harceleurs. Il sera également intéressant de voir si ce système donne des idées à d’autres pays au point d’y faire des émules.

Source: RFI