Cette molécule en spray nasal pourrait protéger de la COVID-19

Science

Par Felix Gouty le

Elle s’appelle AeroNabs et permet de bloquer l’action du coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, avant qu’il n’infecte les cellules respiratoires. Mieux encore, elle peut être diffusée sous la forme d’un spray nasal ou d’un inhalateur.

Crédits : NIAID / NIH.

Cette molécule pourrait altérer la seconde vague de contamination qui sévit actuellement en cette période de pandémie de COVID-19. Elle s’appelle AeroNabs et a été mise au point par deux chercheurs en chimie pharmaceutique de l’université de Californie à San Francisco (UCSF). « Si AeroNabs est aussi efficace que nous l’anticipons, elle pourrait modifier la course de cette pandémie à travers le monde », clame Aashish Manglik, l’un des co-inventeurs du dispositif médical dans un communiqué relayé par Science Daily. Avec son collègue Peter Walter ainsi que d’autres chercheurs, il détaille leur découverte dans une étude encore en pré-publication sur bioRxiv. AeroNabs se constitue d’un anticorps à domaine unique (à ne pas confondre avec les anticorps monoclonaux anti-COVID-19 étudiés actuellement) ou « nanobody. » Il s’agit d’un fragment moléculaire d’un anticorps, d’une taille dix fois inférieure à celle de la molécule entière d’origine. Chez certaines espèces de camélidés (lamas, chameaux et dromadaires) ou de poissons cartilagineux, ce fragment – qui, en général, ne devrait avoir aucun pouvoir immunitaire – est capable de reconnaître un antigène, molécule étrangère, et d’agir comme un anticorps normal. Plus petit et plus stable que la molécule complète, l’anticorps à domaine unique peut ainsi être synthétisé facilement.

AeroNabs a été découvert après un tri de plus de deux milliards de « nanobodies » synthétiques collectés par le laboratoire des deux chercheurs américains. L’un d’eux, Nb6, s’est révélé être un parfait bloquant de la protéine Spike du coronavirus SARS-CoV-2. Pour rappel, cette protéine de surface (représentée en rouge dans la photo ci-dessus) montre une « couronne » aux cellules respiratoires cibles. Elle s’insère ensuite comme une clé dans les domaines récepteur-grippant (RBD) de leurs protéines de surface appelées ACE2. Une fois la connexion réalisée, le virus s’introduit dans la cellule et l’utilise pour se reproduire en masse et démarrer l’infection. Nb6 s’agrippe à la protéine Spike avant qu’elle ne rentre en contact avec ACE2, et empêche ainsi à un virion de SARS-CoV-2 d’infecter une cellule cible. Pour renforcer l’efficacité du système, les chercheurs californiens ont même réussi à tripler leur molécule : mNb6-tri peut ainsi bloquer complètement les trois segments de couronne de la protéine Spike. Selon des tests menés sur des exemplaires du virus conservés à l’Institut Pasteur de Paris, cette molécule triple serait ainsi 200 000 fois plus efficace que le « nanobody » seul, même à faible dose. « Son efficacité est telle qu’elle surpassait notre capacité à la mesurer », se félicite Peter Walter. Insérée dans l’ADN d’une bactérie inoffensive ou d’une levure capable ensuite de la fabriquer, la molécule AeroNabs peut être déployée dans le corps humain facilement. La combinaison AeroNabs-microbe peut, en plus, être diffusée par le biais d’un simple inhalateur ou d’un spray nasal. Si elle réussit le test des essais cliniques sur des malades humains, elle pourrait constituer le premier traitement préventif contre la COVID-19.