Arctique : la “dernière zone de glace” en sursis ?

Science

Par Antoine Gautherie le

D'après une étude américaine, la "dernière zone de glace" est en piteux état. Une très mauvaise nouvelle pour la faune locale, mais aussi la dynamique climatique globale.

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Dans le Grand Nord le plus absolu, dans les régions les plus reculées du Groenland, un trésor insoupçonné repose : une gigantesque nappe de glace, épaisse et durable. Pendant longtemps, la science était convaincue que ces étendues congelées resteraient ainsi ad vitam aeternam. Une perspective rassurante au vu de son rôle climatique et écologique.

Mais comme souvent lorsqu’on parle de climat aujourd’hui, les nouvelles ne sont pas bonnes. C’est en tout cas ce qu’il faut retenir des travaux de chercheurs de l’université de Washington (UW); ceux-ci suggèrent une certaine fragilité de cet écosystème que l’on pensait si solide.

La “dernière zone de glace” en sursis ?

Il s’agit d’une étude réalisée en 2020, qui porte sur une zone que l’on appelle la Mer de Wandel. Elle était autrefois engloutie en quasi-permanence par des glaces très épaisses qui ne fondent même pas en été. Mais depuis, le tableau a bien changé. Les résultats de l’équipe de l’UW ne laissent aucune place à l’interprétation. Cette “dernière zone de glace”, nommée ainsi car elle serait la dernière à fondre d’après différents modèles climatiques, s’amincit. un record a même été mesuré en août 2020. Ce jour là, les images satellites ont montré que la glacé était en moyenne 50% plus mince qu’à l’accoutumée.

Les chercheurs estiment que 20% de cet amincissement sont directement imputables au réchauffement climatique causé par notre espèce. Les 80% restants étaient dus aux conditions météorologiques locales. Certes, ce niveau fluctue en permanence et il est remonté par la suite. Mais c’est la tendance qu’il faut surveiller… et celle-ci n’augure rien de bon. Notamment pour la faune et la flore; il existe de nombreuses espèces qui dépendent directement de la glace, qui constitue leu milieu naturel. S’ils s’en retrouvent privés, leur survie paraît plus que compromise.

Les glaces polaires, un rouage indispensable de notre climat

Car comme toujours en climatologie, dès qu’un effet néfaste pour notre espèce se fait sentir, il s’inscrit bien souvent dans un cercle vicieux. Dans ce cas de figure, tout part de cette fameuse glace. Celle-ci, très réfléchissante, possède la propriété de renvoyer une grande partie du rayonnement solaire vers l’espace. Le reste du rayonnement va être absorbé par les surfaces non réfléchissantes sous forme d’infrarouges, et réchauffer la Terre. Lorsque la glace fond, on a donc moins de surface réfléchissante; on a donc d’autant plus d’infrarouges absorbés par le sol et l’océan. Ces infrarouges conduisent à une élévation de la température, qui va accentuer à la fonte de la glace… et ainsi de suite. Un nouveau cercle vicieux.

C’est d’autant plus important dans cette zone, car en temps normal, ces glaces constituent une sorte de pare-soleil permanent. Sans cette nappe de glace qui reflète en permanence une part significative du rayonnement solaire, c’est tout un pan de la dynamique climatique telle qu’on la connaît qui pourrait s’effondrer; de fait, tous les autres cercles vicieux climatiques pourraient encore accélérer.

Pour s’en assurer, l’équipe de l’université de Washington souhaite d’abord étendre son étude localisée à l’ensemble de cette zone. Il sera alors possible de réaliser un modèle plus précis et plus exhaustif, capable de nous renseigner sur l’évolution de ces glaces. Espérons simplement que ces prédictions ne seront pas trop pessimistes…