Une étude dirigée par l’Aquarium de Monterrey Bay, aux États-Unis, a récemment mis en évidence une réalité à laquelle on s’attendait déjà : à l’échelle de la planète, les plus gros pollueurs ne sont pas ceux qui font les frais du changement climatique.
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont travaillé sur les quatre gaz à effet de serre (GES) les plus problématiques: le dioxyde de carbone, le méthane, l’oxyde nitreux et le noir de carbone. D’après leurs données, ces quatre éléments représentent plus de 90% des émissions de GESentre 1970 et 2018. Ils ont cherché à déterminer l’origine de ces gaz, ainsi que les zones où leur impact se fait sentir.
Comparer les émissions et le réchauffement à l’échelle locale
Pour cela, ils ont mis au point un indice spécifique, qu’ils appellent “index de disparité climatique local” (IDCL). Cet index est positif dans les régions qui émettent peu de GES, mais où la température a augmenté fortement.
À l’inverse, il est négatif dans les zones qui émettent des polluants en masse, mais où leur impact est faible. Il permet donc de savoir à quel point une région subit le réchauffement, par rapport à ce qu’elle pollue. Et le résultat est sans appel : 99% de la surface terrestre présente un IDCL positif !

Des origines localisées pour des conséquences universelles
Cela montre que si les émissions sont concentrées dans des petites zones géographiques, les conséquences s’étendent à toute la planète. Certaines zones sont tout particulièrement touchées. Comme on peut s’y attendre à la lumière d’études récentes, on constate par exemple que l’IDCL est extrêmement élevé en Arctique. Cette zone polaire se réchauffe à vue d’œil malgré des émissions quasi inexistantes; elle fait donc partie des premières victimes de la pollution générée par d’autres régions. Parmi les mauvais élèves, on compte -là encore sans surprise- l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est.
Chiffres à l’appui, le constat est encore plus flagrant; depuis 1970, 8% de la surface terrestre est responsable de 90% des GES émis dans l’atmosphère par l’Homme. Conclusion : il existe une disparité flagrante entre les régions qui contribuent le plus au réchauffement climatique, et celles qui paient l’addition. N’en déplaise à l’ OCDE, le principe de “pollueur-payeur” ressemble aujourd’hui de plus en plus à douce une utopie.