Depuis que l’humain utilise des machines élaborées, et à fortiori depuis l’apparition du Fordisme, il existe une crainte diffuse que les robots finissent par remplacer entièrement l’ouvrier dans les usines, privant ainsi notre espèce d’un grand nombre d’emplois potentiels. Si ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui, cette révolution semble bel et bien en marche; et c’est d’autant plus vrai en Corée du Sud, où une nouvelle loi est en train d’accélérer cette transition.
Tout part d’un constat très étonnant dans un pays aussi riche et technologiquement développé. Contrairement à ce que pourrait suggérer l’intuition, le pays souffre d’un problème systémique de sécurité au travail. “Des accidents basiques et répétés sont un gros problème dans un pays avec un revenu moyen d’environ 30.000$”, explique Lee Joon-won, un universitaire coréen interviewé par Rest Of The World (ROTW).
La situation était même devenue tellement problématique que le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes. En début d’année, il a voté une législation qui ferait pousser des cris d’effroi à n’importe quel dirigeant américain ou européen.
Les dirigeants face à leurs responsabilités
En effet, depuis l’entrée en vigueur du Serious Disasters Punishment Act, si un travailleur décède ou qu’il est sérieusement blessé dans le cadre de son travail, des responsables de très haut niveau, y compris le PDG, peuvent personnellement écoper d’amendes colossales et de peines de prison individuelles. Cette législation très contraignante réduit considérablement la capacité desdits responsables à s’extraire de la chaîne de responsabilité.
Et d’après Jung Jin-woo, un universitaire spécialiste de cette question interviewé par ROTW, cette situation serait prise très au sérieux par les entreprises concernées. Depuis janvier, de nombreux industriels ont entamé une transition rapide et à grande échelle. Puisqu’une simple blessure peut désormais hypothéquer l’avenir d’un dirigeant et par conséquent impacter toute la feuille de route de l’entreprise, beaucoup envisagent désormais de ne plus du tout employer d’ouvriers humains. “Les entreprises œuvrent à réduire le labeur humain”, a-t-il affirmé. “Il y a aussi une hésitation au moment de se lancer dans des projets à haut risque”, estime-t-il.

L’automatisation ne suffira pas
Mais dans la plupart des industries, il est encore très difficile de se passer entièrement des humains. Les usines coréennes ne seront donc pas complètement dépeuplées dans les mois à venir; et le gouvernement a tenu à rappeler que ce n’était de toute façon pas son objectif.
“Ce qui est plus important que d’acheter de nouveaux équipements, c’est que les compagnies reconnaissent l’importance d’assurer la sécurité, d’empêcher les accidents industriels et par conséquent d’établir et d’implémenter un système de gestion de la santé et de la sécurité”, explique le Ministère de l’Emploi coréen à ROTW. “C’est une responsabilité fondamentale de l’état de protéger ces vies précieuses et la sécurité des travailleurs.”
Il sera donc intéressant de suivre l’évolution de la situation pour estimer l’impact de cette loi sur le long terme. Si cette approche permet effectivement d’améliorer la situation, d’autres pays pourraient s’inspirer, mais cela générera immanquablement un autre débat social particulièrement âpre, surtout dans un pays comme la France où le monde syndical est extrêmement attentif à ces questions.