En 2019, ils ont fait éclore le dernier succès incontestable de l’écurie Marvel. Joe et Anthony Russo ont atteint des sommets de rentabilité avec Avengers : Endgame, conclusion de la saga de l’Infini. Son box-office à 2,7 milliards en a fait le film le plus rentable de l’histoire de l’entreprise, il n’a pour l’heure pas été détrôné. Cinq ans après ce phénomène dans les salles obscures, la Maison des Idées semble être en manque d’inspiration pour faire remonter sa cote de popularité. Si certains métrages ont rencontré le succès, à l’image de Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou encore Black Panther 2, l’écurie autrefois indétrônable mulitplie les impairs. Entre des séries boudées par le public, des controverses autour de ses acteurs et un désintérêt des spectateurs dans les salles obscures, Marvel a du plomb dans l’aile. Si l’entreprise espère sans doute que les retours de Deadpool et des Quatre Fantastiques seront une occasion de renouer avec le succès, rien n’est joué.
“TDAH collectif”
Anthony et Joe Russo ont livré leur sentiment sur cette “fatigue des super-héros” qui semble s’installer durablement. Selon les frères cinéastes, c’est le public et la modification de leurs habitudes de consommation qui est à blâmer. Ils expliquent à GamesRadar, :
“Il y a une génération qui a l’habitude de prendre rendez-vous et d’aller au cinéma pour voir quelque chose à une certaine date. Mais cette génération vieillit. Pendant ce temps, la nouvelle génération veut un film instantané, et le digérer aussitôt. Ensuite, elle passe à autre chose. Vous savez, c’est une période très différente. Je pense que tout le monde, Marvel y compris, vit la même transition”.
Joe Russo ajoute que le cinéma doit se réinventer pour s’adapter à son audience. “Je pense que le format des films de deux heures est vieux d’un siècle et tout doit évoluer. Il est difficile de le réinventer et pense que cette prochaine génération doit trouver un moyen de raconter ses propres histoires qui répondent à son propre type de TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ndlr) collectif”.
Et si c’était tout simplement mauvais ?
Si Marvel n’a jamais fait l’unanimité — elle était taxée de licence pour petits et grands enfants — son parcours jusqu’à Endgame est assez exemplaire. Au fil des métrages et des années, le studio a su construire une mythologie riche. Soucieuse de la continuité, autant que de la cohérence, l’entreprise a savamment préparé le terrain pour s’offrir une conclusion dantesque avec Endgame. Une fois ce volet de son histoire derrière elle, la licence avait dû se résoudre à avancer sans ses têtes d’affiche et avec une nouvelle thématique pour moteur. Le multivers est une idée avec laquelle il est difficile de jongler, aucun projet évoluant autour de cette notion ne s’est véritablement illustré chez Marvel.
Dans le même temps, l’entreprise doit composer avec un chaos en coulisses entre le renvoi de sa nouvelle vedette et les départs de certains metteurs en scène et scénariste. Marvel, dans sa volonté de multiplier ses incursions sur le petit et le grand écran, semble avoir précipité le développement de ses superproductions. Plusieurs films au cinéma et autant de séries sur Disney+, le rythme est intense pour les équipes qui œuvrent chaque jour à transposer les récits des comics. Du côté des effets visuels particulièrement, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les méthodes de l’entreprise prête à tout pour réduire les délais de production. Difficile, en l’état, d’imputer la chute de Marvel aux seuls spectateurs qui se tournent massivement vers d’autres licences et univers. En 2023, Disney a été détrôné au classement des studios les plus rentables. C’était la première fois depuis 2015 que Mickey et ses licences emblématiques s’inclinaient face à l’un de ses concurrents historiques.