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Le phénomène des voitures d’occasion jamais conduites s’amplifie en Chine

Le dernier stratagème de l’industrie automobile chinoise : vendre des voitures « d’occasion » qui n’ont en fait jamais roulé. Une pratique si répandue que le gouvernement chinois convoque les constructeurs pour y voir plus clair.

Le ministère chinois du Commerce a organisé la semaine dernière une réunion avec les principales associations du secteur automobile et des constructeurs comme BYD et Dongfeng Motor pour aborder un phénomène pour le moins troublant : la multiplication des « voitures d’occasion à zéro kilométrage ». Cette pratique, révélée par Wei Jianjun, président de Great Wall Motor, lors d’un entretien avec Sina Finance, consiste à vendre sur le marché de seconde main des véhicules officiellement immatriculés… mais techniquement neufs.

Une stratégie pour gonfler les ventes

Selon Wei Jianjun, au moins 3.000 à 4.000 vendeurs sur les plateformes chinoises de voitures d’occasion proposent actuellement ce type de véhicules. Ces automobiles possèdent des plaques d’immatriculation et sont comptabilisées comme vendues dans les statistiques, mais elles n’ont jamais roulé. Elles conservent même parfois leurs protections plastiques sur les sièges et leur odeur de neuf.

Cette tactique est apparue alors que la guerre des prix fait rage dans l’industrie automobile chinoise depuis plusieurs années. Les constructeurs, sous pression pour atteindre des objectifs de vente agressifs, auraient trouvé dans cette méthode un moyen détourné de soutenir leurs chiffres de ventes tout en écoulant leurs stocks.

Le mécanisme est relativement simple : un constructeur « vend » officiellement un véhicule à un concessionnaire ou un partenaire, procède à l’immatriculation, bénéficie des crédits gouvernementaux applicables, puis achemine discrètement la voiture vers le marché de l’occasion où elle est proposée comme véhicule d’occasion malgré son état neuf. Les constructeurs améliorent ainsi leurs statistiques de vente tandis que les consommateurs accèdent à des véhicules moins chers.

Wei Jianjun a établi un parallèle inquiétant avec la crise du groupe immobilier Evergrande, surendetté. « Maintenant, l’Evergrande de l’industrie automobile existe déjà, mais il ne s’est pas encore effondré », a-t-il déclaré. Tout laisse penser que cette pratique masque des difficultés structurelles similaires à celles du secteur immobilier.

Bien que cette pratique ne semble pas illégale en surface, elle attire l’attention des régulateurs chinois, particulièrement concernés par d’éventuels abus de subventions. Le ministère du Commerce a convié à sa réunion d’enquête l’Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM), l’Association chinoise des concessionnaires automobiles (CADA), ainsi que plusieurs plateformes de vente de véhicules d’occasion.

Cette situation révèle les tensions d’un marché automobile chinois dopé pendant des années par les subventions publiques massives couplées à une concurrence féroce. Les constructeurs, contraints à une croissance constante, semblent avoir déclenché une course vers le bas qui génère désormais des véhicules à zéro kilométrage comme des produits déstockés.

Si cette pratique peut sembler avantageuse pour les consommateurs cherchant à économiser, elle soulève une problématique importante sur la solidité du marché automobile chinois ainsi que sur la transparence des mécanismes de vente dans un secteur aussi stratégique.

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Source : Reuters

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