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EDF lâché par Neom : pas de centrale hydroélectrique dans le désert saoudien

EDF ne participera finalement pas à la mégapole futuriste saoudienne Neom. Le projet de centrale hydroélectrique confié à l’énergéticien français a été abandonné par Riyad… au grand soulagement d’une partie des salariés d’EDF.

Annoncée en fanfare en 2017 par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la mégapole Neom devait incarner le futur de l’Arabie Saoudite. Villes sans voitures, taxis volants, lune artificielle, jeux d’hiver dans le désert… Le projet semblait tout droit sorti d’un film de science-fiction. Parmi les éléments phares, la « ville-ligne » baptisée The Line, immense mur d’immeubles alignés sur 170 kilomètres, devait héberger plusieurs millions d’habitants dans une ville zéro émission.

Le rêve de Neom rétrécit à vue d’œil

Mais entre la flambée des coûts, les incidents de chantier et les critiques grandissantes, le rêve prend l’eau. The Line ne devrait finalement s’étendre que sur… 2,4 kilomètres. Une ambition à la baisse qui a des conséquences directes pour ses partenaires, notamment EDF.

L’entreprise française devait y construire une centrale de pompage-turbinage, un type de centrale hydroélectrique capable de stocker l’énergie solaire et éolienne. Un projet baptisé Nestor, aussi complexe que prometteur, qui prévoyait de dessaler l’eau de la mer Rouge et de la transporter jusqu’au désert via des pipelines. En mars dernier, comme le révèle Radio France, EDF a reçu un courrier sec : Riyad préfère désormais miser sur un mix éolien, solaire et batteries. Le contrat est rompu.

Pour de nombreux agents d’EDF Hydro, cette rupture est une libération. Depuis plusieurs années, une partie du personnel dénonçait une aberration écologique : une centrale hydroélectrique dans le désert, alimentant une ville pensée pour les ultra-riches.

Dès 2022, une alerte éthique avait été déclenchée en interne. Un sondage réalisé auprès des agents du centre d’ingénierie hydraulique montrait que 73 % d’entre eux souhaitaient qu’EDF quitte le projet. Certains dénonçaient même un « management à la France Télécom », où refuser de travailler sur Neom risquait de bloquer toute évolution de carrière. « Ce n’est pas notre EDF », résumait un ingénieur.

Pour les détracteurs, le projet Neom est l’incarnation d’un urbanisme hors-sol, au mépris de la population saoudienne et des enjeux climatiques. L’empreinte carbone prévue de la construction : 1,8 milliard de tonnes de CO2. Le tout sur des terres confisquées à la tribu des Howeitat, dont plusieurs membres ont été arrêtés, et certains condamnés à mort.

La décision d’EDF de s’associer à Neom a longtemps divisé. Officiellement, la direction parle d’une contribution à la transition énergétique de l’Arabie Saoudite. Officieusement, il s’agissait aussi d’un projet lucratif, une « machine à cash » selon un cadre de l’entreprise. Mais cette logique d’investissement à tout prix a écorné l’image du groupe.

Malgré un boycott officiel de certains événements par la direction d’EDF en 2018, les équipes ont poursuivi discrètement les études de faisabilité. Pour les salariés mobilisés sur d’autres projets en France, le constat est amer. Au final, EDF sort de ce partenariat sans fracas, mais pas sans cicatrices. Si le projet de mégapole continue tant bien que mal, l’énergéticien tourne la page.

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Source : Radio France

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