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One Piece : mais pourquoi l’Indonésie veut interdire le drapeau pirate de Luffy ?

Devenu le symbole de protestation politique de la jeune génération, le drapeau de One Piece est dans le viseur des autorités indonésiennes.

La mesure est forte, et elle peut prêter à sourire : depuis déjà plusieurs semaines, à Solo, Java ou Jakarta, les rues indonésiennes voient fleurir une bannière singulière. Les amateurs de manga l’auront reconnu, il s’agit du Jolly Roger surmonté d’un chapeau de paille, emprunté à l’univers One Piece, d’Eichiiro Oda.

Le symbole, jusqu’alors arboré par Luffy et son équipage, est devenu l’apanage d’une jeunesse contestataire. Alors que l’archipel s’apprête à célébrer les 80 ans de sa déclaration d’indépendance, le malaise politique face au gouvernement du président Prabowo Subianto prend des airs de grande piraterie.

Le roi des pirates devient un symbole politique

Loin d’un simple engouement pour la culture japonaise, le geste marque la frustration d’une partie de la population indonésienne : corruption endémique, népotisme, scandales autour des élites et affaiblissement des mécanismes de contrôle démocratique nourrissent l’exaspération.

Pour autant, ce n’est pas la première fois que la pop culture s’invite dans les contestations politiques. En 2014, le salut à trois doigts, emblème de l’insurrection contre le Capitole dans la saga Hunger Games, a trouvé une résonance particulière lors des protestations en Thaïlande et en Birmanie, où il symbolisait le refus de l’injustice, la solidarité envers les opprimés et l’appel à la liberté après un coup d’État militaire.

Pourquoi One Piece ?

Dans le manga d’Eichiiro Oda, Luffy et ses compagnons incarnent la rébellion contre l’oppression mondiale, luttant pour la justice hors des codes établis. Pour de nombreux Indonésiens, le drapeau, représente une volonté assumée de braver le pouvoir établi. Grâce au réseaux sociaux, le mouvement a rapidement pris de l’ampleur : vidéos virales, hashtags dédiés, posts d’artistes et de militants mettent en scène la bannière pirate dans toutes les villes.

Une interdiction pure et simple

Face au raz-de-marée populaire, l’administration a réagi avec fermeté. Les autorités, invoquant une loi sur l’outrage au drapeau national, menacent de poursuites lourdes : cinq ans de prison ou 31 000 dollars d’amende pour quiconque installerait le drapeau pirate au-dessus, ou à côté, de l’étendard officiel.

Des perquisitions ont été menées, et ciblent désormais les fabricants et distributeurs du fameux drapeau pirate, tandis que la police multiplie les avertissements, surtout dans les régions de Java-Ouest et de Banten.

Cette répression ne passe pas. Amnesty International et plusieurs organisations de défense des droits affirment que “hisser le drapeau One Piece pour critiquer le pouvoir relève de la liberté d’expression et est garanti par la constitution“. Pour l’exécutif, la cohabitation du drapeau pirate et du drapeau national constituerait une provocation dangereuse, susceptible de diviser le pays.

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