La recette est connue : prendre un symbole national, le faire grand, très grand, et espérer qu’il attire les foules. Pour la Academia Española de Tauromaquia, ce symbole, c’est le taureau de combat. Son président, Jorge Álvarez, le voit déjà comme la Tour Eiffel espagnole, la Statue de la Liberté ibérique, ou le Colisée à cornes.
Une Tour Eiffel version bovine
Le projet est dinguo : un animal métallique de 300 mètres, équipé de miradors panoramiques dans ses cornes, avec au pied un complexe touristique dédié à la tauromachie. Restaurants, boutiques de souvenirs, espaces culturels… le tout pour générer des millions de visiteurs et, avec un peu de chance, des recettes dignes de la dame de fer parisienne. Et le contribuable ? Pas concerné, promet l’Académie : « Ce serait entièrement financé par l’investissement privé. »
Madrid ayant poliment décliné, l’idée a pris la direction de Burgos. Fernando Martínez-Acitores, adjoint au maire, parle d’une « opportunité unique » pour compléter le patrimoine local – déjà riche de sa cathédrale gothique, du Musée de l’Évolution Humaine et de la statue du Cid. Il imagine le taureau trônant sur un ancien site hospitalier ou une zone prévue pour des terrains de foot.
Mais tout le monde n’est pas emballé. L’ex-maire socialiste Daniel de la Rosa avoue avoir cru à une blague : « En 14 ans, je n’ai jamais vu une idée aussi farfelue. » Les animalistes, eux, dénoncent un symbole de maltraitance déguisé en attraction. « On est au XXIe siècle », rappelle Judith Sánchez de ProAnBur, qui souligne la baisse de fréquentation des corridas.
En coulisses, l’Académie continue de démarcher d’autres municipalités espagnoles, convaincue que quelque part, un maire dira oui. Ses arguments : visibilité internationale, emplois locaux et des retombées touristiques comparables aux grands monuments mondiaux. Les opposants, eux, craignent un projet trop clivant, lié à une pratique – la tauromachie – qui divise déjà profondément la société espagnole.
Et puis, il y a la question esthétique : un taureau géant, c’est unique, certes, mais est-ce vraiment ce que l’on veut voir dominer l’horizon ? Les défenseurs du patrimoine s’interrogent sur l’impact visuel et le risque de transformer un paysage historique en décor de parc d’attractions.
Pour ses promoteurs, « El Toro de España » serait bien plus qu’une sculpture : un totem national, à la fois hommage à la tradition et vitrine moderne du pays. Pour ses détracteurs, c’est au contraire le signe d’un pays qui regarde trop dans le rétroviseur.
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