Depuis la fin de l’année 2023, la Chine a placé 72 satellites Guowang en orbite basse, avec une cadence de tirs qui rivalise désormais avec SpaceX. Officiellement, il s’agit d’un réseau national de communication, géré par une structure opaque nommée China SatNet, fondée en 2021. Contrairement à un autre projet chinois, Qianfan, davantage orienté vers le grand public et comparable à Starlink, Guowang semble conçu dès le départ pour répondre à des besoins militaires.
Des satellites aux usages militaires assumés
Les satellites Guowang évoluent à environ 1.145 kilomètres d’altitude, plus haut donc que ceux de Starlink, ce qui réduit leur nombre nécessaire pour couvrir la planète. Mais les experts estiment que la constellation pourrait intégrer des capteurs très sophistiqués leur donnant des capacités que les États-Unis développent avec les satellites Starshield de SpaceX, la future constellation de la Space Development Agency (SDA) et le programme MILNET.
Pour Washington, Guowang ne se limite pas à connecter des foyers chinois. Le réseau s’apparente à un embryon de « kill web », une architecture qui permet de détecter, suivre et cibler un adversaire en temps réel. Les États-Unis disposent depuis longtemps de satellites espions capables de surveiller les activités ennemies. Mais le reste de la chaîne — transmission instantanée des données, ciblage, frappe — repose encore largement sur des projets à l’état de laboratoire.
La SDA prévoit de lancer ses premiers lots de satellites en 2025, mais pour l’instant, le Pentagone accuse du retard. SpaceX a bien mis en orbite près de 200 satellites Starshield, utilisés par le National Reconnaissance Office (NRO), mais l’architecture complète tarde à émerger.
Pendant ce temps, Pékin accélère. Depuis juillet, cinq groupes de satellites Guowang ont été envoyés en orbite. Ils utilisent plusieurs types de fusées Longue Marche. Si SpaceX conserve une avance grâce à la réutilisation de ses lanceurs Falcon 9, la Chine multiplie les efforts pour accroître sa cadence de tir, en impliquant à la fois des entreprises publiques et privées. « La Chine copie la stratégie américaine (…) en y intégrant non seulement la couche de transport et de communication, mais aussi celle des capteurs », s’alarme le général Anthony Mastalir, commandant des forces spatiales américaines dans la zone Indo-Pacifique.
À terme, Guowang pourrait permettre à Pékin de suivre et de cibler des porte-avions ou des avions de ravitaillement américains, prolongeant sa stratégie A2AD (« anti-accès, déni de zone ») bien au-delà de ses côtes et potentiellement vers la côte ouest des États-Unis. Ce scénario explique les craintes de Washington et pousse les États-Unis au développement de ses propres réseaux spatiaux.
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