Microsoft serait-elle en train de préparer une éventuelle s’éparation d’OpenAI ? C’est la question qui commence à émerger après la publication d’un billet de blog qui montre que les modèles IA propriétaires du géant commencent à prendre forme.
Le texte, disponible à cette adresse, présente deux nouveaux modèles IA entièrement entraînés en interne. Le premier, MAI-Voice-1, est un générateur de langage vocal conçu pour délivrer “de l’audio expressif, à haute fidélité” qui permettra un jour d’interagir naturellement avec différents outils IA.
Le second, MAI-1-preview, est un grand modèle dit de fondation, c’est-à-dire un grand modèle entraîné sur un ensemble de données massif pour servir de base polyvalente. En l’occurrence, il a vocation à devenir un grand modèle de langage, c’est-à-dire un agent conversationnel comparable à ChatGPT, Claude, Gemini et consorts, pour soutenir l’assistant Copilot.
MAI-1-preview représente une évolution substantielle dans le catalogue de modèles de Microsoft. Jusqu’à présent, l’entreprise s’était focalisée sur des modèles de langage de petite taille, destinés à tourner localement, comme Phi-3 ; désormais, elle se prépare à déployer ses propres modèles à grande échelle. Et en ce faisant, elle soulève aussi des questions intéressantes sur l’avenir de sa relation avec OpenAI.
OpenAI et Microsoft, de l’union…
Pour resituer le contexte, il convient de remonter jusqu’à l’automne 2022, quand OpenAI a déployé la première version publique de ChatGPT. En ce faisant, l’écurie de Sam Altman a largué une véritable bombe atomique sur le monde de la tech. Un peu comme l’iPhone à son époque, ce produit est vite devenu la figure de proue d’une nouvelle ère : celle de l’IA générative grand public.
Et les cadors de l’industrie n’ont pas tardé à s’engouffrer dans la brèche. L’entité la plus rapide à réagir a sans doute été Microsoft. Elle avait déjà tissé des liens étroits avec OpenAI en 2019 avec un premier investissement d’un milliard de dollars. Suite à l’explosion de ChatGPT, elle a donc décidé non pas de doubler, ni de tripler, mais de décupler sa mise le plus vite possible. Dès janvier 2023, l’entreprise de Satya Nadella a injecté 10 milliards de dollars supplémentaires, selon de nombreuses sources.

Du point de vue de Microsoft, il s’agissait d’un incroyable coup de filet. La facture était salée, certes, mais cela a permis à la firme de Redmond de s’adjuger une exclusivité précieuse de nombreuses propriétés intellectuelles d’OpenAI. La stratégie semblait claire, limpide même : s’appuyer sur la technologie de son nouveau poulain pour se propulser dans le peloton de tête de cette nouvelle course à l’IA, sans avoir à partir de zéro comme certains de ses concurrents.
… aux frictions
Mais depuis, le vent a commencé à tourner, notamment parce que plusieurs points de friction sérieux ont commencé à émerger au sein du couple, notamment sur le thème du contrôle de la direction stratégique. D’un côté, OpenAI se montre de plus en plus déterminée à préserver un certain degré d’indépendance en limitant l’influence de Microsoft, tandis que cette dernière fait tout pour resserrer son étreinte.
La fameuse “clause AGI” est un bon exemple de cette dynamique. Pour rappel, l’un des objectifs d’OpenAI est de développer une intelligence artificielle générale (ou AGI, pour Artificial General Intelligence) — un système IA plus performant que les humains sur la grande majorité des tâches intellectuelles. Or, selon plusieurs sources bien référencées, le contrat entre les deux entreprises autorise OpenAI à s’extraire de certaines obligations si elle atteint cet objectif avant 2030.
Le plus important, c’est qu’elle ne serait plus tenue de continuer à fournir des modèles de pointe à Microsoft, qui se retrouverait donc relativement démunie à court terme face à ses concurrents. Évidemment, il s’agit d’une perspective préoccupante pour Satya Nadella, qui cherche à faire sauter cette clause par tous les moyens.
L’autonomie stratégique, une ressource cruciale
Dans ce contexte de tensions croissantes, il existe plusieurs façons d’interpréter les progrès des modèles propriétaires de Microsoft. D’un côté, Microsoft pourrait simplement travailler sur une technologie sur mesure, plus adaptée à ses propres besoins que les modèles GPT d’OpenAI.
Mais on peut aussi y voir une mesure de précaution, un filet de sécurité au cas où le fossé continuerait à se creuser… ou même le début d’une grande manœuvre de scission. Ce scénario extrême semble encore hautement improbable à l’heure actuelle, puisque les deux entreprises ont encore beaucoup à s’apporter à l’heure actuelle.
En résumé, les progrès des modèles propriétaires de Microsoft illustrent d’abord son ambition ; l’entreprise a bien l’intention de jouer les premiers rôles dans le secteur de l’IA sur le long terme, et est bien consciente que cela passera par le développement de ses propres modèles. Mais ils suggèrent aussi que Microsoft fait désormais preuve d’une sorte de prudence stratégique face à OpenAI — un choix probablement pragmatique dans une industrie où la dépendance technologique peut être lourde de conséquences.
Il sera donc intéressant de continuer à observer l’évolution de cette relation aussi productive que tumultueuse, car ces frictions pourraient bien s’intensifier encore davantage sur les prochaines années — avec des conséquences significatives pour les deux camps.
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