Passer au contenu

Sora 2 : Pourquoi Nintendo ne réagit pas face au pillage massif de ses personnages par l’IA ?

Aujourd’hui, une IA génère des milliers de vidéos des personnages de Nintendo sans autorisation et le géant japonais reste étrangement inactif.

Nintendo n’est pas le dernier à attaquer quiconque aurait l’audace d’utiliser ses personnages sans en avoir le droit. La firme de Kyoto s’est bâti une réputation inflexible quand il s’agit de protéger ses licences. Un fait qui ne plaît pas à tous, mais qui est nécessaire notamment dans la loi américaine. Une obligation qui concerne les noms déposés au risque de les perdre, à l’exemple « d’escalator » devenu nom commun suite à une décision de justice.

Désormais Sora 2, le générateur vidéo d’OpenAI, inonde les écrans de Pikachu qui braque des pharmacies (impliquant la Pokémon Company au passage), ou de Mario qui échappe à la police américaine en kart dans un style photoréaliste. Des milliers de vidéos générées par jour. Des personnages iconiques détournés sans demander la permission à personne. Et Nintendo là-dedans ? Pas l’ombre d’un procès à l’horizon.

Le patron d’OpenAI victime de sa propre création

Depuis la mise à jour de l’utilitaire de vidéo Sora 2, le patron d’OpenAI Sam Altman est lui-même victime de nombreux deepfakes. On le voit notamment aller voler les dessins du studio Ghibli, ou encore une vidéo de lui entouré de Pokémon annonçant « j’espère que Nintendo ne nous poursuivra pas en justice. »

Les juristes sonnent l’alarme. Mark Lemley, professeur à Stanford, le dit cash : OpenAI s’expose à « énormément de poursuites pour violation de droits d’auteur ». Les vidéos générées par Sora ne sont pas de simples hommages de fans. On parle d’un usage commercial massif, d’une plateforme valorisée à 500 milliards de dollars qui se gave littéralement de propriétés intellectuelles qu’elle n’a jamais payées.

Disney et Universal ont déjà sorti l’artillerie lourde contre Midjourney. Disney a même envoyé une lettre de mise en demeure à CharacterAI la semaine dernière. Mais Nintendo, champion toutes catégories de la défense de ses licences, reste aux abonnés absents.

On fait d’abord, on demande pardon ensuite

OpenAI joue clairement la montre. La technique d’Altman est rodée, il lance d’abord, puis négocie ensuite. Sora débarque sur l’App Store, grimpe en tête des téléchargements en 24 heures et seulement après, Altman annonce qu’il va mettre en place des « contrôles » pour les détenteurs de droits s’ils sont trop énervés pas la situation. Cette approche fonctionne parce qu’elle met les ayants droit devant le fait accompli. Les vidéos circulent déjà, les utilisateurs adorent, le buzz est lancé. Attaquer maintenant, ça implique d’essayer de vider l’océan avec une petite cuillère.

OpenAI promet même du partage de revenus pour ceux qui accepteront de jouer le jeu. Un système où les créateurs originaux toucheraient des miettes pendant qu’OpenAI empoche le gros lot.

Le poids du géant qui change tout

La différence avec un créateur de fan game ? OpenAI pèse des centaines de milliards de dollars. Attaquer un étudiant qui fait une rom hack de Pokémon, ça prend deux avocats et trois semaines. S’attaquer à OpenAI, c’est mobiliser des armées de juristes pendant des années, avec une issue incertaine. Les tribunaux n’ont pas encore vraiment tranché sur l’IA générative. Les juges tâtonnent, les législations sont floues, les précédents manquent. Nintendo sait qu’un procès raté pourrait créer un précédent catastrophique qui légitimerait le pillage de ses licences par toutes les IA du marché.

Un politicien japonais a même affirmé début octobre que Nintendo faisait du lobbying auprès du gouvernement pour durcir la législation sur l’IA. Nintendo a démenti aussi sec. Officiellement, la firme n’a « eu aucun contact avec le gouvernement japonais concernant l’IA générative ». Mais elle précise qu’elle continuera à « prendre les mesures nécessaires contre les violations de ses droits de propriété intellectuelle ».

Les ninjas de Nintendo en standby

La formulation est importante ici, Nintendo ne semblant pas laisser tomber l’affaire, mais plutôt attendre le bon moment. Peut-être que Big N préfère que Disney ou Universal essuient les plâtres juridiques d’abord ? Ou la mise en place d’un cadre légal plus solide ?

En attendant, Pikachu vole des Poké Balls dans des pharmacies ou se fait griller au barbecue par Sam Altman dans des vidéos générées par IA, ternissant l’image des personnages après des décennies à construire de beaux univers destinées aux familles. Résultat, une entreprise américaine vampirise ses personnages à échelle industrielle et le géant japonais se tait. Nintendo ne nous a pas habitué à ce genre d’inaction, ce qui en dit probablement plus long sur le rapport de force actuelle dans la tech.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode