La Maison-Blanche a confirmé son intention de faire de l’intelligence artificielle un pilier central de la recherche américaine. Avec la signature d’un décret présidentiel, Donald Trump donne pour mission au Département de l’Énergie (DOE) et à plusieurs agences scientifiques de déployer l’IA dans l’ensemble de leurs activités.
Des promesses qui demandent à être démontrées
Michael Kratsios, à la tête de l’Office of Science and Technology Policy, parle d’« une mobilisation de ressources fédérales comparable à celle de l’ère Apollo ». L’annonce impressionne, mais elle traduit surtout une conviction forte de l’administration Trump : l’IA serait l’outil indispensable pour rattraper le ralentissement constaté dans la recherche depuis les années 1990. Publications en baisse, concurrence accrue : le diagnostic est posé, mais la réponse s’articule presque exclusivement autour de l’IA.
Le décret exige ainsi que les données gouvernementales soient adaptées pour fonctionner avec des modèles neuronaux et que les supercalculateurs fédéraux soient mis à disposition des chercheurs et des entreprises. La Maison-Blanche assure que cette ouverture généralisée accélérera « le rythme des découvertes ». Ce volontarisme masque un risque déjà dénoncé dans d’autres secteurs : considérer l’IA comme une panacée, alors qu’elle reste un outil perfectible, sensible aux biais, et parfois moins fiable que des méthodes scientifiques éprouvées.
Le DOE devra développer des logiciels capables de faire interagir ces gigantesques jeux de données avec des modèles d’IA, en automatisant la conception d’expériences ou la création de modèles prédictifs. Le discours officiel met en avant des simulations « 10.000 à 100.000 fois plus rapides » et un meilleur pilotage du réseau électrique. Autant de promesses spectaculaires qui reposent largement sur des projections. Les experts du secteur de l’énergie rappellent par ailleurs que l’essor des centres de données nécessaires à l’entraînement des IA contribue déjà à la hausse des prix de l’électricité, un paradoxe difficile à glisser sous le tapis.
Le gouvernement US prévoit en outre de classer les données en trois catégories : accessibles à tous, réservées à des projets industriels stratégiques ou strictement limitées à la communauté de la sécurité nationale. Là encore, l’usage de l’IA impliquera des arbitrages sensibles, notamment en matière de confidentialité scientifique et de souveraineté technologique.
Cette « Mission Genesis » repose aussi sur une collaboration renforcée avec les acteurs privés. Nvidia, Oracle, Dell, AMD ou encore Hewlett Packard Enterprise sont déjà associés à plusieurs projets de supercalcul fédéraux et devraient jouer un rôle important dans la mise en œuvre de ce projet. Ce qui pose une question : jusqu’où l’État doit-il déléguer ses capacités scientifiques aux entreprises qui dominent déjà le marché de l’IA ?
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