La planète Mars est rouge, on le sait depuis l’Antiquité, mais on connaît l’origine réelle de cette couleur si particulière depuis le XXème siècle. C’est la présence d’oxydes de fer et plus précisément de ferrihydrite dans ses roches, qui lui confère sa teinte, un fait qui n’a été confirmé que très tardivement, en février 2025.
Un minuscule éclat de vert vient pourtant d’être détecté par le rover Perseverance, qui explore patiemment le cratère Jezero, un ancien cratère lacustre, depuis 2021. Un détail qui a suffi à freiner sa progression, puisque ce type de coloration peut apparaître (sur Terre, tout du moins) lorsque de l’eau et certains composés ferriques interagissent, souvent en présence de microorganismes. La découverte n’a malheureusement pas pu être examinée en détail, et l’origine de cette teinte reste encore inconnue : est-elle le fruit d’un phénomène géochimique ou la tace d’une vie ancienne, aujourd’hui disparue ?

Un vert qui détonne sur Mars
Actuellement, Perseverance analyse une zone spécifique du cratère Jezero, baptisée Serpentine Rapids, constellée d’affleurements qui n’ont subi quasiment aucune altération depuis des milliards d’années. Un type d’environnement rare sur Mars, car il permet d’observer des strates géologiques restées figées depuis l’ère où la planète pouvait abriter de l’eau liquide. Comme on le sait, l’eau liquide implique des réactions chimiques complexes, et potentiellement, des signatures d’habitabilité passée.
Afin d’analyser l’un de ces affleurements, Perseverance a procédé à une abrasion complète de la surface de la roche présente (nommée Wallace Butte), pour retirer la fine couche oxydée qui s’était formée au fil des millénaires. C’est seulement sur cette surface neuve (la forme circulaire sur la photo ci-dessus) que les instruments peuvent mesurer la composition réelle de la roche et identifier d’éventuelles traces d’interactions anciennes avec l’eau.
Des éclats blancs et noirs sont apparus, mais également la fameuse tache verte, de deux millimètres à peine. Dans les roches terrestres, des taches vertes de ce type signalent généralement que de l’eau a imbibé un sédiment encore meuble. Cette eau interagit avec le fer contenu dans la roche : elle diminue son niveau d’oxydation, transformant le rouge des roches ferrugineuses en une forme plus sombre, pouvant aller jusqu’au vert.
Parmi ces réactions, certaines peuvent se produire lorsque certains microorganismes (bactéries et archées, principalement) utilisent le fer comme source d’énergie : en modifiant son état chimique, ils laissent derrière eux des taches sombres ou verdâtres ; des marqueurs de leur activité passée.
La géochimie martienne : toujours prête à gâcher la fête
Est-ce la preuve absolue que Jezero est tombé ce jour là sur le reste d’une activité biologique passée ? Absolument pas, cette transformation du fer peut se produire par réaction géochimique. Une circulation d’eau légèrement enrichie en sulfures ou en gaz réducteurs suffit parfois à faire virer le fer oxydé vers une forme plus sombre, sans qu’aucun microorganisme ne soit impliqué.
Le problème, c’est que Perseverance n’a pas pu aller plus loin dans son analyse : la position de la roche empêchait le rover d’utiliser ses autres instruments, qui auraient pu compléter sa recherche. En effet, le rover a embarqué de nombreux outils qui l’aident dans sa mission, dont deux qui auraient été particulièrement utiles ici. SHERLOC (Scanning Habitable Environments with Raman and Luminescence for Organics and Chemicals), spécialisé dans la détection de traces organiques et PIXL (Planetary Instrument for X-Ray Lithochemistry) un spectromètre qui peut identifier les éléments chimiques présents dans les minéraux.
Nous voilà désormais avec cette mystérieuse tache, qui ne nous permet en aucun cas d’établir une conclusion tranchée. Elle nous apporte néanmoins la preuve qu’il existe certainement encore de nombreux phénomènes martiens que nous comprenons encore mal et que la planète nous réserve encore quelques secrets sur son activité géochimique passée. Seule l’analyse de ces échantillons avec la mission Mars Sample Return pourra nous apporter des réponses plus sûres quant à la présence de cette tache verte. La patience est donc de mise, ceux-ci ne devraient nous revenir, si tout va bien, en juillet 2031. D’ici là, il est fort probable que Perseverance croisera sur sa route d’autres anomalies minérales du même type.
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