La semaine dernière, le rover Curiosity est tombé par hasard sur des roches composées de soufre pur – un matériau très important pour l’étude de la géologie martienne, mais aussi dans le cadre de la recherche de traces de vie passée sur la Planète rouge. Et tout récemment, c’est son petit frère Perseverance qui s’est joint à la fête : le robot a mis la main sur des formations géologiques qui pourraient bien avoir été créées par des organismes extraterrestres il y a plusieurs milliards d’années.
En ce moment, le rover remonte Neretva Vallis, l’artère principale de 400 mètres de large qui mène au delta du cratère de Jezero. Il s’agit d’une zone particulièrement intéressante, car c’est par ce canal qu’est arrivée toute l’eau qui a transformé la région en un vaste lac il y a un peu moins de quatre milliards d’années. Toute découverte dans cette zone est donc particulièrement prometteuse, sachant que ce précieux liquide est intimement lié à la vie telle qu’on la connaît.
Des veines, des taches et du carbone
En progressant vers l’ouest, le rover est tombé sur une grosse formation rocheuse qui a immédiatement attiré l’attention de la NASA à cause de son apparence singulière : il est parcouru de veines claires qui contrastent avec le reste de la matrice orangée.

Ces veines sont irrégulières, ramifiées et entrelacées. Pour les géologues, c’est la preuve incontestable qu’elles se sont formées dans un environnement aquatique, car ce genre de structure ne peut apparaître qu’en présence d’un fluide en mouvement.
Les analyses préliminaires du rover ont aussi montré que ces veines sont constituées de sulfate de calcium. C’est une autre donnée très enthousiasmante, car c’est un matériau relativement stable au niveau chimique; il est capable de préserver des traces de processus géologiques ou des biosignatures pendant des milliards d’années, ce qui en fait une archive inestimable dans le cadre de la recherche de vie.
Ces découvertes auraient déjà suffi à rendre la roche, surnommée Cheyava Falls, très intéressante… mais l’équipe de la NASA n’était pas au bout de ses surprises. En analysant la matrice orangée grâce à son instrument SHERLOC, Perseverance a aussi détecté la présence de composés organiques, c’est-à-dire à base de carbone. Ils peuvent être produits par de très nombreux processus géologiques, mais ce sont aussi des briques essentielles de la vie telle qu’on la connaît. Même si c’est loin d’être une preuve irréfutable que Mars a un jour hébergé des êtres vivants, le fait de trouver des composés organiques dans une zone dont on sait qu’elle était recouverte d’eau est toujours très encourageant.
En regardant de plus près, le rover a aussi remarqué un détail beaucoup plus discret, mais tout aussi excitant. La partie orange de la roche est constellée de petites taches que la NASA compare à celles d’un léopard. À l’aide de son instrument PIXL, Perseverance a déterminé que ces halos sombres contiennent du fer et du phosphate.
C’est une trouvaille très intrigante. On sait que ces taches peuvent apparaître suite à des réactions chimiques de l’hématite, le minéral orangé qui contribue à donner sa couleur caractéristique aux roches martiennes. Or, sur notre planète, ces réactions peuvent être exploitées par des micro-organismes qui s’en servent comme source d’énergie.
« Sur Terre, ces caractéristiques dans les roches sont souvent associées aux archives fossilisées de microbes vivant dans le sous-sol » , se réjouit David Flannery, un des astrobiologistes de l’équipe qui analyse les données de Perseverance.
Une triple découverte inédite
Perseverance a déjà observé des veines de sulfate de calcium, des halos de fer et de phosphate et des composés organiques à plusieurs reprises depuis le début de son aventure martienne. En revanche, c’est la toute première fois qu’il trouve ces trois éléments rassemblés précisément au même endroit. Cheyava Falls est donc un sujet d’étude exceptionnellement prometteur, et peut-être la plus belle découverte du rover depuis le début de sa mission.
« Nous avons des composés organiques, des taches colorées qui pointent vers des réactions chimiques que des micro-organismes peuvent utiliser comme source d’énergie, et des preuves claires que de l’eau liquide a circulé autour de la roche », énumère Ken Farley, un des autres chercheurs de l’équipe. « C’est la roche la plus complexe, intrigante et potentiellement importante découverte par Perseverance », jubile-t-il.
Cap sur Mars Sample Return
Le rover vient-il donc de trouver la première preuve de vie passée sur Mars ? C’est une vraie possibilité… mais il est encore trop tôt pour l’affirmer. Pour valider ou écarter cette hypothèse avec toute la rigueur nécessaire, il va falloir procéder à des analyses extrêmement pointues pour lesquelles Perseverance n’est malheureusement pas équipé.
« Nous avons bombardé cette roche avec des lasers et des rayons X et l’avons photographiée jour et nuit sous presque tous les angles imaginables », explique Farley. « Scientifiquement, Perseverance n’a plus rien à apporter. Pour bien comprendre ce qui s’est réellement passé dans cette vallée fluviale martienne au cratère Jezero il y a des milliards d’années, il faudra rapatrier l’échantillon sur Terre, afin qu’il puisse être étudié avec les puissants instruments disponibles dans les laboratoires. »

Pour ce faire, il faudra attendre Mars Sample Return, la mission très ambitieuse à travers laquelle la NASA va tâcher de récupérer les échantillons du rover. Son départ n’est pas prévu avant 2031… au plus tôt. Car malheureusement, les préparatifs de la mission ont été excessivement chaotiques. Plusieurs rapports accablants ont fustigé l’explosion de son budget ainsi que le calendrier, jugé totalement irréaliste. La NASA a donc été forcée de lancer un grand plan de restructuration du programme.
A ce jour, nous ne savons toujours pas exactement comment Mars Sample Return va se dérouler. Il ne reste donc plus qu’à croiser les doigts en attendant la nouvelle feuille de route; il serait regrettable que ces problèmes de planification nous privent d’un échantillon aussi exceptionnel.