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Cette étude du MIT est accablante : ChatGPT est en train de nous abrutir

Le cerveau humain est un organe feignant si on lui en donne les moyens : ChatGPT est l’outil parfait pour cela. Le prix de la productivité est-il l’abdication de notre propre conscience ?

Jamais notre rapport à l’effort intellectuel n’aura été si bousculé que depuis 2022, lorsque ChatGPT est arrivé sur le marché, entraînant dans son sillage l’ouverture à marche forcée du secteur de l’IA au grand public. Les LLMs (Large Language Model) sont des outils surpuissants, à même de nous décharger de tâches cognitives essentielles, constitutives de l’exercice même de la pensée.

Il est indéniable que l’IA nous fait gagner du temps et qu’elle peut nous rendre plus productifs, mais aucun effort ne se délègue gratuitement. Plus un outil est performant, plus il devient tentant de lui céder une part toujours plus importante de nos efforts, encore plus lorsque l’on prend conscience qu’ils ne sont plus nécessairement requis pour obtenir des résultats acceptables. Un sujet sociétal qui devient de plus en plus brûlant, que le MIT Media Lab a voulu creuser.

Le 10 juin 2025, le laboratoire de recherche a partagé sur la plateforme arXiv une étude de 206 pages, synthétisant un travail de quatre mois d’obervation. Quatre mois durant lesquels les chercheurs ont mesuré l’impact de l’usage de ChatGPT dans un contexte académique pour comprendre ce que devient l’effort intellectuel quand il est possible de s’en passer. Sans surprise, l’addition est déjà trop salée, alors même que nous ne sommes qu’aux prémices de l’usage de cette technologie.

ChatGPT : un raccourci intellectuel qui nous coûte cher

Les chercheurs ont ainsi convié 54 participants à participer à l’expérience, des étudiants et des jeunes professionels, qu’ils ont répartis en trois différents groupes afin de leur faire produire des dissertations. Le premier groupe eut pour consigne de n’utiliser que ChatGPT comme unique source d’information et d’aide à la rédaction. Le second avait accès à internet via un moteur de recherche, et le troisième était privé de tout outil numérique. Pendant qu’ils étaient à la tâche, leur activité cérébrale a été enregistrée par électroencéphalographie (EEG), afin de mesurer l’effort qu’ils fournissaient.

Les participants qui travaillaient sans aide numérique sont ceux chez qui l’activité cérébrale apparaît la plus dense. Leur cerveau reste constamment sollicité, contraint de maintenir l’attention dans la durée et d’organiser leurs idées : ce n’est peut-être pas le plus confortable, mais l’exercice leur a été bien plus formateur.

Chez ceux qui utilisaient le moteur de recherche, l’effort baisse d’un cran. Si l’outil pouvait les soulager dans certaines étapes, il a laissé intact l’effort intellectuel requis pour le travail que les chercheurs leur ont demandé. C’est normal : il leur fallait encore comprendre ce qu’ils lisaient, faire des choix, reformuler leurs phrases et intégrer ces informations dans leurs rédactions. Le cerveau reste actif, mais il est simplement moins sollicité que le premier groupe, sans que cela ne devienne problématique.

Les données de l’analyse EEG du groupe n’utilisant que ChatGPT ont montré une baisse de l’activité neuronale rattachée à l’attention et à l’effort cognitif. Non par déficience de ces fonctions, mais parce que l’usage du chatbot leur permettait de ne pas les solliciter. Le cerveau apprend qu’un texte acceptable peut être produit sans qu’il soit nécessaire de mobiliser pleinement ses ressources : ll s’adapte donc en conséquence, réduisant l’investissement cognitif au strict minimum requis.

La dette cognitive : le prix qu’OpenAI ne vous fait pas payer

C’est ce que les chercheurs ont appelé la dette cognitive : un état dans lequel la réduction de la « charge cognitive pertinente », permise par l’usage de ChatGPT remplace les « processus cognitifs coûteux » nécessaires à l’apprentissage pour donner lieu à une production rapide des dissertations, mais bien trop superficielle.

À aucun moment les chercheurs n’appellent à bannir l’IA ou ChatGPT, ce qui serait une mauvaise lecture de leur travail. Ils alertent simplement sur le fait, qu’en en faisant un usage excessif, l’outil perd son statut d’assistant et devient un subsitut, modifiant profondément le fonctionnement intellectuel de son usager.

Lorsque nous est donné un tel outil, nous permettant d’atteindre des objectifs que nous jugeons nous-mêmes recevables alors qu’ils n’ont jamais exigé l’effort qui devrait les sous-tendre, la valeur que nous leur accordons baisse nécessairement. Nous avons été habitués à cultiver notre pensée, puisque c’est par elle que nous appréhendons notre réalité. Un processus qui se déroule, la majorité du temps, en se trompant ou en doutant, et si cet inconfort disparaît, nous détachons l’apprentissage de toute appropriation personnelle. Une pensée que nous n’avons plus besoin de confronter au doute finira toujours par dépendre de ce qui pense à sa place : que ce soit ChatGPT ou un autre modèle, l’économie de l’effort peut rendre l’erreur inutile et habituer notre esprit à la facilité. Tout ce qui peut nous dispenser de réflechir trop longtemps est déjà estampillé du terme « innovation » ; il n’est pas certain qu’il faille en rajouter une couche.

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