Quel décor de légende plus idéale que celui du Triangle des Bermudes, situé dans l’océan Atlantique ? Cette zone géographique a nourri nombre de fantasmes, de peurs ou de théories du complots plus absurdes les unes que les autres : présence de l’Atlantide sous les eaux, enlèvements par des peuples extraterrestres, faille spatio-temporelle, champs magnétiques anormaux… Des phénomènes qui auraient, supposément, englouti des navire et provoqué des crashs d’avions, leurs commandants ou leurs pilotes ayant été déboussolés par des perturbations naturelles invoquées a posteriori.
Depuis 1975 (grâce aux travaux de Lawrence David Kusche, notamment), nous savons que cette zone n’est pas plus risquée qu’une autre et cette mythologie fantasmagorique a été démontée. Pourtant, il subsiste bien un mystère, et il est, d’un point de vue scientifique, autrement plus intéressant. Il ne concerne évidemment pas les récits de disparitions, mais le simple fait que l’archipel des Bermudes existe encore. Selon notre cadre théorique géologique actuel, ces 181 îles nées d’un volcan il y a 33 millions d’années devraient déjà avoir sombré dans l’Atlantique depuis une éternité. Comment, dans ce cas est-ce possible qu’elles soient encore là ? Une étude publiée le 28 novembre 2025 dans Geophysical Research Letters, vient d’expliquer ce paradoxe géophysique.

Un archipel qui refuse de couler
Pour comprendre cette problématique, il faut avant tout comprendre la formation d’une île volcanique, qu’on peut comparer à la naissance d’une bulle de chaleur. En général, ces archipels (comme Hawaï) naissent d’un panache mantellique, une colonne de magma chaud qui remonte des profondeurs de la Terre. Cette chaleur crée un gonflement du plancher océanique, un peu comme un bouton qui se formerait sous la peau.
Dès que le volcan s’éteint et que l’île s’éloigne de sa source de chaleur à cause de la dérive des continents, la roche refroidit, devient plus lourde et s’enfonce. Le gonflement est censé s’affaisser, et l’île finit irrémédiablement par disparaître sous les flots. Comme les Bermudes n’ont pas connu d’activité volcanique depuis 33 millions d’années, à ce rythme, elles auraient dû devenir des monts sous-marins depuis l’époque des mammouths.
Le secret de la résistance des Bermudes
Pour résoudre cette énigme, les sismologues William Frazer et Jeffrey Park, à l’origine de cette étude, ont utilisé les vibrations naturelles de la Terre. En analysant les ondes sismiques générées par des tremblements de terre lointains, ils ont pu scanner les entrailles de l’archipel.
Le principe est exactement le même que celui d’une échographie : les ondes se déplacent plus rapidement dans les matériaux denses et ralentissent dans les zones moins compactes. En cartographiant ces variations, les chercheurs ont découvert une structure qui n’avait jamais été mise au jour : une couche de roche de 20 kilomètres d’épaisseur située juste sous la croûte océanique (voir schéma ci-dessous).

Cet immense bloc de roche est donc le secret de la survie des Bermudes. Environ 1,5 % moins dense que le manteau qui l’entoure, cette couche agit comme un immense flotteur. C’est ce qu’on appelle l’underplating : une accumulation de matériaux légers qui pousse les îles vers le haut, compensant l’affaissement dû au refroidissement.
Même si les auteurs reconnaissent volontiers que leur hypothèse pourrait n’être qu’une partie de l’explication, il est, pour le moment, l’éclaircissement théorique qui tient le plus la route. Sur le plan géologique et géophysique, cet archipel reste tout de même assez unique, mais il ne trahit en aucun cas nos connaissances actuelles concernant la géodynamique terrestre. Si mystère il y a, il n’est clairement pas enfoui sous l’Atlantique, mais bien dans notre propension à préférer certaines histoires abracadabrantesques. Quoi qu’il en soit, le Triangle restera célèbre malgré tout, pour ce qu’on lui a prêté à tort : il suffit d’une rapide recherche sur Google ou YouTube pour se rendre compte que nombre de sites et de vidéos continuent à propager de la désinformation à son sujet.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.