L’un des remèdes à l’épuisement professionnel se trouve peut-être au fond d’un vieux carton poussiéreux dans votre grenier, ou si vous êtes passionné de retrogaming, encore dans votre salon. Une nouvelle étude publiée le 19 décembre dans la revue JMIR Serious Games suggère que relancer les classiques de votre enfance, comme les vieux Super Mario Bros./Yoshi (en plus d’être un petit plaisir coupable) pourrait vous aider à vous protéger du bur-nout.
Même lorsque nous jouissons d’un peu de temps libre, il n’est pas forcément reposant. Notre vie moderne, bien que plutôt confortable n’allons pas le nier, est saturée de sursollicitations, même au moment où nous devrions débrancher notre cerveau pour lui administrer sa dose de calme. Notifications incessantes qui submergent notre smartphone d’actualités plus ou moins intéressantes, doomscrolling jusqu’à pas d’heure, binge-watching sur Netflix, algorithmes de recommandations omniprésents…
Tout (ou presque) nous détourne de la seule chose réellement réparatrice : ne rien attendre de nous. En nous reconnectant à une forme de joie enfantine que nous pensions avoir laissée derrière nous, nos anciens compagnons vidéoludiques pourraient bien être de formidables alliés pour notre santé mentale.
Retrouver son enfant intérieur
Le burn-out est défini par le Vidal comme étant : « Un trouble psychique résultant d’un stress chronique dans le cadre du travail. Il se développe progressivement chez certaines personnes exposées à des conditions de travail frustrantes et démotivantes : face à la fatigue, au sentiment d’échec et aux difficultés de concentration […] ». Au-delà de la fatigue physique, il se se caractérise parfois cliniquement par une perte totale de plaisir et d’un détachement vis-à-vis des autres et de son travail : on devient froid, voire indifférent. C’est précisément ce mécanisme que les jeux vidéo rétro pourraient enrayer, en réactivant un puissant levier psychologique : l’émerveillement enfantin.
En nous replongeant dans ces univers familiers et colorés, ces jeux nous distraient, certes, mais ils modifient également notre état psychique. Pour les chercheurs, si Super Mario Bros. ou Yoshi sont si efficaces, c’est parce qu’ils proposent aux joueurs un accomplissement sans risque.
Dans notre quotidien, nos tâches sont soumises à une pression : une erreur au travail peut avoir des conséquences réelles (et parfois bien embêtantes), comme un petit aléa admnistratif peut nous metttre dans une position inconfortable. À l’inverse, dans l’univers de Nintendo, l’échec n’est jamais punitif. On tombe dans un trou ou on loupe une plateforme ? On recommence instantanément, et ce n’est pas grave. Ce cadre permet au cerveau de relâcher la vigilance liée au stress chronique pour basculer vers un mode de concentration immersif et gratifiant.
Les participants à l’étude ont décrit ces sessions comme un véritable reset mental. En se focalisant sur des micros-objectifs (sauter sur une plateforme, gober un ennemi, etc.), on force le cerveau à quitter ses ruminations internes liées au travail pour se concentrer sur l’instant présent. Une espèce de purge de la surcharge mentale, en quelque sorte.
Les « micro-environnements numériques » : des antidotes au scrolling
Lorsque nous traînons sans but en scrollant indéfiniment sur les réseaaux sociaux, nous sommes maintenus dans une posture de spectateur passif et souvent anxieux, là où le jeu vidéo nous oblige à être moteur de l’action.
Les chercheurs parlent de « micro-environnement numérique » pour décrire ces jeux rétro : ce sont des espaces aux règles simples et prévisibles prévisibles. Dans notre quotidien professionnel, on peut avoir souven l’impression de subir les événements (des deadlines intenables, un collègue qui colle des tunnels de conversation insuportables, un manager toxique, des événements d’entreprise mornes, etc.) réussir un niveau permet de retrouver un sentiment d’agence : la capacité à agir sur son environnemen et d’être acteur de ses propres actions.
Cette petite victoire, même virtuelle, vient directement contrecarrer l’un des symptômes principaux du burn-out : le sentiment d’impuissance. En franchissant un obstacle dans le jeu, le joueur prouve à son cerveau qu’il est capable de résoudre un problème et d’atteindre un objectif. Cette satisfaction immédiate agit comme une recharge psychologique que la consommation passive de vidéos ou de contenus en ligne est incapable de procurer.
« Cette étude suggère que le chemin pour combattre le burn-out ne réside pas seulement dans les routines de bien-être traditionnelles, mais aussi dans la reconquête de la joie », conclut Andreas B. Eisingerich. Les auteurs n’extrapolent pas pour autant en faisant la promotion du retrogaming comme unique remède, ce serait faire preuve d’un réductionnisme dangereux face à une pathologie complexe qui nécessite souvent une prise en charge holistique. Cependant, ces travaux ont au moins le mérite de réhabiliter le jeu pur comme une ressource psychologique sérieuse, une trousse de secours émotionnelle à sortir pour restaurer temporairement un rapport plus sain à l’échec et à l’erreur. Une madeleine de Proust qui n’est, finalement, pas si désagréable à croquer !
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