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Le premier contact extraterrestre pourrait provenir d’une civilisation en plein effondrement

Un peuple extraterrestre doué d’intelligence, si tant est qu’il existe, pourrait-il se manifester uniquement à partir du moment où il est sur le déclin ? Une hypothèse émise par le célèbre astronme américain David Kipping qui suggère que notre premier contact avec une civilisation lointaine pourrait bien être… son propre chant du cygne.

La science-fiction moderne nous a bercé d’images d’Épinal depuis que le genre a été popularisé au début du XXème siècle : flottes agressives d’immenses vaisseaux à la Independance Day, petits bonhommes verts menaçants à bord de leurs OVNIs venus pour nous enlever, ou, au contraire, des civilisations hyper-évoluées venues guider l’humanité et nous sauver de nous-mêmes. Selon David Kipping, astronome à l’Université Columbia et figure bien connue des passionnés d’exoplanètes via sa chaîne YouTube Cool Worlds, notre premier contact avec une intelligence extraterrestre ne ressemblera probablement à rien de tout cela.

Dans un article à paraître dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, intitulé « The Eschatian Hypothesis » (« L’hypothèse eschatologique »), Kipping avance une bien sombre idée. Si nous détectons un jour un signal, il y a de fortes chances qu’il provienne d’une civilisation… en train de mourir.

Le biais du survivant cosmique : on ne voit que ce qui brille

Pour comprendre cette hypothèse pessimiste, il faut d’abord comprendre comment nous regardons le ciel. David Kipping rappelle une règle d’or en astronomie : les premiers objets que l’on découvre dans une nouvelle catégorie ne sont jamais les plus communs, mais ceux qui sont détectables avant tout parce qu’ils sont plus faciles à voir. C’est la base de ce qu’il appelle l’Hypothèse Eschatologique (du grec « eschatos », qui traite de la fin des temps et de la mort) : un cadre théorique qui nous invite à ne pas confondre intensité du signal et maturité technologique.

L’histoire de la conquête spatiale regorge de ces biais. Prenez les premières exoplanètes détectées dans les années 90 : elles orbitaient autour de pulsars. Or, on sait qu’aujourd’hui, sur plus de 6 000 mondes découverts à ce jour, ceux gravitant autour de ces étoiles mortes se comptent sur les doigts d’une main. Nous les avons trouvés en premier uniquement parce que les pulsars sont très visibles, perturbant fortement leur espace environnant et, par conséquent, nos instruments.

Il en va de même pour les étoiles que nous voyons à l’œil nu, puisqu’environ un tiers d’entre elles sont des géantes rouges, des astres en fin de vie, alors qu’elles ne représentent qu’une infime fraction de la population stellaire totale. Si elles nous sautent aux yeux, c’est parce que leur signal est anormalement fort, et qu’il attire notre attention juste avant de s’éteindre. Kipping applique ainsi ce même prisme à la recherche d’intelligence extraterrestre : la première civilisation que nous détecterons sera probablement une exception statistique, un peuple en phase terminale.

Un premier contact tragique ?

Mais pourquoi donc une civilisation à l’agonie serait-elle plus bruyante et visible qu’une société stable et florissante ? Pour expliquer cette théorie, Kipping dresse une analogie avec les supernovas : elles ne deviennent les objets les plus brillants de l’univers qu’au moment de leur destruction. Pour une intelligence extraterrestre, ce pic de visibilité pourrait donc être le sous-produit accidentel de son déclin.

Nous pouvons prendre notre propre cas : le réchauffement climatique, les émissions de carbone et de toxiques que nous rejetons dans l’atmosphère, la destruction des écosystèmes, constituent, à eux-seuls, des technosignatures bruyantes et inhabituelles. Si un un peuple extraterrestre théorique nous observait de loin, il ne se dirait pas que, nous autres, Terriens, brillont par notre sagesse, puisque notre planète porte les stigmates de nos excès.

Une civilisation en plein effondrement pourrait ainsi saturer son spectre lumineux de manière totalement anormale, attirant l’œil de nos télescopes comme une ampoule qui grille après un dernier éclat surpuissant.

Une autre possibilité, est envisageable, encore plus désespérée : le cri de détresse volontaire. Kipping suggère qu’une espèce consciente de sa fin imminente pourrait choisir de brûler ses dernières ressources pour envoyer un message unique et incroyablement puissant à travers le cosmos ; un ultime « Nous étions là » avant l’extinction finale.

Dans la vidéo accompagnant ses recherches (en tête d’article, à 13 min. et 40 s.), Kipping se demande si le célèbre signal « Wow ! » capté en 1977 ne pourrait pas être le parfait exemple de cet ultime chant du cygne. Ce signal pourrait avoir été l’émission transitoire d’une civilisation atteignant son propre « eschaton ». Une brève bouffée d’énergie, détectable uniquement parce qu’elle était hors norme, avant que la source ne s’éteigne ou ne change radicalement de nature.

Si cette « Hypothèse Eschatologique » dit vrai, traquer des signaux réguliers sur le long terme comme nous le faisons aujourd’hui serait ainsi une erreur méthodologique. Peut-être devrions-nous pointer nos instruments vers des phénomènes plus soudains qui se produiraient dans une portion plus large du cosmos. Bonne nouvelle : des outils de nouvelle génération comme l’Observatoire Vera-C. Rubin ou le Sloan Digital Sky Survey sont justement conçus pour détecter le moindre changement de luminosité ou de spectre dans la voûte céleste. Pour Kipping, il faut se positionner commes des chercheurs agnostiques des anomalies : ne plus chercher ce que nous espérons trouver, mais identifier tout ce que la nature ne sait pas expliquer seule.

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