C’est un angle mort bien connu des usagers de vélos électriques, mais encore peu pris en compte au niveau réglementaire. Aujourd’hui, le marché européen est saturé de centaines de chargeurs différents, souvent propriétaires, incompatibles entre eux et liés à un seul fabricant. Résultat : l’expérience est dissuasive pour les particuliers, et c’est un casse-tête logistique pour les collectivités, les loueurs et les entreprises qui exploitent des flottes.
Une fragmentation qui freine l’adoption
Dans un courrier adressé à la Commission européenne, 18 ONG environnementales, associations de consommateurs et organisations du tourisme estiment que cette fragmentation « ralentit inutilement la transition écologique » et empêche la création d’un réseau de recharge cohérent pour les vélos électriques et autres moyens de transport légers (trottinettes, vélos-cargos, etc.). À l’échelle locale, proposer un point de recharge universel dans un hôtel, un restaurant ou sur un lieu touristique devient presque impossible sans multiplier les équipements et les coûts.
Les organisations alertent également sur les risques de sécurité : utiliser un chargeur inadapté peut endommager une batterie, voire provoquer un incident. Les opérateurs de flottes, qui jonglent avec plusieurs modèles, sont particulièrement exposés à ces situations. À cela s’ajoute une dépendance totale vis-à-vis des fabricants, qui contrôlent pièces détachées et accessoires, parfois pendant une durée limitée.
Les ONG pointent aussi les effets pervers de ces systèmes fermés sur la durabilité des vélos électriques. Lorsque le chargeur d’un modèle n’est plus fabriqué ou distribué, certains utilisateurs se retrouvent contraints d’abandonner un vélo pourtant parfaitement fonctionnel. « Il est inacceptable que des consommateurs soient forcés de renoncer à leur vélo électrique simplement parce qu’un chargeur n’est plus disponible », déplore Fynn Hauscke, responsable des politiques économie circulaire au Bureau européen de l’environnement.
Selon les signataires, un connecteur standardisé améliorerait nettement la réparabilité et la durée de vie des équipements. Il limiterait aussi la production de chargeurs redondants, réduisant mécaniquement les déchets électroniques. Un argument qui fait écho aux précédents européens en matière d’harmonisation, notamment l’imposition du chargeur USB-C pour les appareils électroniques ou les standards adoptés pour les véhicules électriques.
Faute d’accord spontané de l’industrie, les organisations réclament désormais une obligation légale. Elles proposent d’intégrer cette exigence soit au règlement européen sur les batteries, soit au futur règlement sur l’écoconception des produits durables (ESPR). La lettre a été adressée à la commissaire Jessika Roswall, en charge notamment de l’environnement et de l’économie circulaire. Les signataires espèrent une réponse rapide, puisqu’ils estiment que le sujet est mûr et que les bénéfices économiques, environnementaux et pratiques sont largement documentés. On croise les doigts.
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