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Une étoile morte émet une onde de choc depuis mille ans, et personne ne sait pourquoi

Pourquoi le fantôme du cadavre de cette étoile continue-t-il à toquer à la porte du vide spatial ? Mystère et boule de gomme pour les astrophysiciens.

Après l’amas SPT2349-56 qui a mis à mal nos théories et cette curieuse exoplanète, voilà qu’une nouvelle curiosité vient d’être repérée. À 730 années-lumière de notre bercail, une naine blanche (le reste inerte d’une étoile défunte), baptisée RXJ0528+2838, a été détectée par le télescope Isaac Newton (INT) situé à La Palma, en Espagne. Des naines blanches, il en existe une infinité, mais celle-ci a pour particularité d’émettre, depuis un millénaire, une violente onde de choc en arc (« bow shock »), qui ne devrait, théoriquement, pas exister.

Ce phénomène a fait l’objet d’une publication le 12 janvier dans la revue Nature Astronomy, et a laissé ses auteurs sans voix. Pour Simone Scaringi, chercheuse à l’Université de Durham (Angleterre), RXJ0528+2838 est une pure anomalie : « Nous avons trouvé quelque chose de jamais vu auparavant et, plus important encore, de totalement inattendu ». Normalement, une naine blanche est censée être froide et inactive, tout le contraire de celle-ci : pourquoi donc est-elle autant agitée ?

RXJ0528+2838 : la rebelle des naines blanches

Habituellement, lorsqu’une naine blanche s’excite de la sorte, c’est qu’elle possède un disque d’accrétion, qui est un anneau de gaz arraché à une étoile voisine qui sert de carburant pour expulser de la matière. Ce n’est pas le cas de RXJ0528+2838, qui une fois passé sous les yeux affûtés de MUSE (Multi-Unit Spectroscopic Explorer) du Very Large Telescope (VLT), a bien prouvé qu’elle était « nue ». Cela ne l’empêche toutefois pas de recracher régulièrement de l’énergie sous forme de jets de plasma ultra-rapides et de particules chargées, propulsés à des vitesses supersoniques dans le vide spatial, et ce, depuis l’époque des Croisades !

« Nos observations révèlent un flux puissant qui, selon notre compréhension actuelle, ne devrait pas être là », s’étonne Krystian Iłkiewicz, co-auteur de l’étude. D’où pourrait-il provenir, dans ce cas ? Pour l’équipe, il est possible que le champ magnétique de RXJ0528+2838 se comporte comme un gigantesque canon. Au lieu de stocker le gaz dans un disque comme c’est le cas normalement, les lignes de force magnétiques de l’étoile s’accrocheraient au flux de matière de son étoile compagne.

Ce gaz, piégé dans un étau magnétique, serait alors violemment accéléré et catapulté vers l’extérieur. Propulsé ainsi, c’est lui qui formerait la fameuse onde de choc, comme le sillage qu’un navire laisse après son passage dans les océans.

Mais même avec cette explication, tout ne tient pas debout. RXJ0528+2838 étant morte, son champ magnétique devrait être bien trop faiblard pour tenir un tel rythme sur une période aussi longue. Selon nos modèles de simulation astrophysiques, il ne pourrait alimenter une telle expulsion que pendant quelques centaines d’années, tout au plus.

Peut-être sommes nous face à un mécanisme de transfert d’énergie encore inconnu, et que le « moteur mystère » (pour reprendre les termes de Scaringi) de RXJ0528+2838 ne soit que la partie émergée de nouveaux processus physiques inhérents aux systèmes binaires que nous ne faisons qu’effleurer. Au vu de la population de naines blanches dans le cosmos et même dans notre propre Voie lactée, combien d’autres astres défunts tournent encore à plein régime alors même que nous ne connaissons pas leur existence ? Une question absolument vertigineuse sur laquelle devra se pencher la communauté astrophysique, car si c’est le cas, un pan entier de notre compréhension du cycle de vie et de mort des étoiles est à revoir. Peut-être que notre cosmos est rempli de ces fantômes qui se refusent à mourir : une découverte qui obligerait les théoriciens de l’astrophysique à survivre à quelques nuits blanches et heures supplémentaires pour reclasser ces retraités de l’espace.

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