Naturellement présente dans les graines de l’arbuste Ricinus communis, la ricine est une des toxines les plus foudroyantes produites par Dame Nature. Par injection ou inhalation, il suffit de seulement 1 à 10 µg/kg (soit environ la taille d’un grain de sel) pour tuer un adulte en bonne santé. Environ 6 000 fois plus létale que le cyanure, elle est classée par les autorités internationales comme une menace biologique et figure sur la liste des substances contrôlées par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.
Isolée pour la première fois par le microbiologiste allemand Peter Hermann Stillmark en 1888, on ne lui avait jamais trouvé d’antidote et les médecins ne pouvaient prodiguer que des soins de support pour ralentir l’intoxication. Il aura fallu attendre ce mois de janvier 2026 pour que Fabentech, entreprise spécialisée dans la lutte contre les agents biologiques, mette fin à un siècle d’impuissance médicale avec le Ricimed. En décrochant l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de leur antidote contre ce poison, la firme lyonnaise est dorénavant sacrée championne mondiale de la biodéfense. Cocorico !
Pourquoi la ricine ne laisse aucune chance au corps humain ?
Si la ricine est si létale, c’est qu’elle détruit l’intérieur des cellules de l’organisme à très grande vitesse. Comme elles produisent des protéines en continu, assurant toutes nos fonctions vitales, leur survie dépend de l’intégrité de leur machinerie interne, qui est la cible de la ricine.
La structure de la ricine lui permet de simuler des molécules utiles pour tromper la cellule et s’y infiltrer. Une fois introduite dans l’organisme, la toxine est rapidement véhiculée par le sang (ou la lymphe), ce qui lui permet de se diffuser vers les organes les plus irrigués comme le foie, les reins ou les poumons.
Son action est très rapide : elle peut neutraliser 1 500 ribosomes par minute et il suffit d’une seule molécule de toxine pour paralyser les dizaines de milliers de ribosomes d’une cellule, entraînant sa mort certaine. À l’échelle d’un organe vital, ce processus entraîne sa défaillance complète en l’espace de 36 à 72 heures. Une fois les dommages intracellulaires engagés, elle continue à se propager dans l’organisme et déclenche une réaction en chaîne où l’apoptose (mort cellulaire) devient la seule réponse du corps à l’agression.
Ricimed : un intercepteur moléculaire redoutable
Puisqu’il est impossible de réparer une cellule qui a été attaquée par l’action de la ricine, il faut l’empêcher de l’atteindre. C’est pourquoi le Ricimed soigne le mal en amont, et a été développé pour bloquer la toxine avant qu’elle ne pénètre la cellule. Composé de fragments d’anticorps polyclonaux (la spécialité de Fabentech), ce sont des molécules qui reconnaissent la ricine et se lient chimiquement à elle pour la neutraliser.
En circulant dans le sang, le Ricimed déploie ces anticorps qui viennent s’agglutiner tout autour de la toxine. Ce regroupement crée un obstacle physique qui empêche la ricine d’entrer en contact avec nos cellules, et la toxine ne peut plus s’arimmer aux parois cellulaires. Puisqu’elle ne peut plus forcer l’entrée, elle reste confinée dans le sang sans jamais pouvoir atteindre les ribosomes. Le poison, rendu inoffensif mécaniquement, circule ainsi jusqu’à être éliminé naturellement par l’organisme.
Une immense percée scientifique qui a été menée en partenariat avec la Direction générale de l’armement (DGA), faisant naturellement la fierté de Sébastien Iva, PDG de Fabentech. « Fabentech participe activement à l’édification d’un bouclier sanitaire européen face aux risques biologiques intentionnels. L’obtention de cette autorisation de mise sur le marché marque un tournant majeur pour l’entreprise, s’affirmant ainsi comme le chef de file européen de la biosécurité », explique-t-il.
Une homologation qui marque la fin d’une quête scientifique de presque 135 ans, lorsque Paul Ehrlich (père du concept d’anticorps) commença à travailler sur un antidote à la ricine. Resté pendant plus d’un siècle le poison parfait, utilisé aussi bien pour des assassinats de personnalités politiques, d’espions ou par le KGB, la ricine perd aujourd’hui son statut. Une victoire permise en partie grâce au soutien de la Banque européenne d’investissement, qui, en 2024, avait accéléré ces travaux via le programme HERA Invest avec un financement de 20 millions d’euros. De quoi offrir à Fabentech les moyens de continuer son expansion commerciale et faire de Ricimed un outil au service de la sécurité collective et de la souveraineté européenne.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.