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La Chine veut installer des centres de données en orbite : le nouveau front de la course à l’espace

Pourquoi brûler du charbon ou du pétrole pour refroidir des serveurs quand on peut se servir à bon escient du vide thermique de l’espace ? Un gaspillage d’énergie et d’argent dont Pékin souhaite se défaire pour éviter la boulimie du Big Data et de l’IA.

L’idée d’envoyer des data center orbitaux gagne de plus en plus de terrain dans la sphère tech comme une solution « pérenne » pour contrer l’appétit gargantuesque de ceux situés sur le plancher des vaches. Des structures devenues indispensables depuis les années 2000, et encore plus depuis que l’IA est arrivée dans les mains du grand public. Une technologie qui a fait exploser la demande en puissance de calcul, et par extension, la consommation en eau et en électrciité de ces ogres. Microsoft et OpenAI (Projet Stargate), Jeff Bezos, Axiom Space, Thales Alenia Space : autant de noms d’acteurs qui voient en la délocalisation spatiale le Saint Graal énergétique de l’avenir de l’IA.

La Chine souhaiterait également s’extraire de cette dépendance croissante aux ressources terrestres vouées à l’épuisement. Le 29 janvier, la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) a annoncé son nouveau plan quinquennal de développement, qui comprend, entre autres, l’envoi en orbite de plusieurs data centers. Une suite finalement assez logique au déploiement des satellites « Three-Body Computing » au mois de mai.

L’orbite basse : la solution de refroidissement idéale

Sur Terre, la dissipation des calories par effet Joule, générée par des racks de GPU fonctionnant à plein régime dans les data center, atteint des seuils stratosphériques. Pour maintenir ce hardware à bonne température, ils doivent être secondés par des systèmes de refroidissement en boucle ouverte ou fermée dont l’empreinte hydrique est absolument désastreuse.

Les gros poissons de la Big Tech ne s’en cachent pas : Microsoft et Google, par exemple ont admis dans leurs rapports environnementaux respectifs une hausse de leur consommation d’eau de plus de 20 % en un an ; Microsoft ayant englouti près de 6,4 millions de m3 d’eau en 2022, soit l’équivalent de 2 500 piscines olympiques. Des chercheurs de l’Université de Californie avaient même estimé, en 2023, qu’une petite conversation de 20 à 50 questions avec une IA générative comme ChatGPT « boit » l’équivalent d’une bouteille de 50 cl d’eau pour refroidir les serveurs.

En déportant ses data centers en orbite, Pékin cherche donc à tirer parti de l’efficience thermique du vide. Là haut, tout est gratuit, puisqu’en absnece d’atmosphère, la dissipation de la chaleur se fait par émission de rayonnement infrarouge. Contrairement aux serveurs terrestres qui dépendent d’un fluide caloporteur pour évacuer la chaleur par convection, les serveurs orbitaux utilisent d’immenses panneaux radiateurs pour expulser leur énergie thermique sous forme d’ondes électromagnétiques vers le vide spatial.

Si la CASC a bien officialisé cette ambition, elle reste évasive sur son calendrier et aucune information sérieuse n’a filtrée sur une éventuelle date de lancement d’un premier module. Un silence qu’on imagine entretenu volontairement, que ce soit pour dissimuler d’éventuels obstacles techniques que pour faire pression sur le bloc occidental. Si l’agence spatial tient ses promesses, elle s’offrirait une place au soleil parmi les puissances spatiales, avec un système de cloud souverain qui ne répondrait à aucune loi terrestre. Il permettrait à Pékin de traiter des données sensibles ou de faire tourner des algorithmes de surveillance hors de portée des régulations internationales, tout en lui assurant une indépendance énergétique totale et une avance face aux GAFAM. Encore à l’aube de son histoire spatiale, une réussite n’est toutefois pas à exclure : le succès de ses récentes missions (station Tiangong, Chang’e 6, satellites Beidou, tests du vaisseau réutilisable Shiyan, etc.) prouve que le pays n’est plus le petit outsider des années 1990. Mais le pays pose ici les pieds en terra incognita, et la rentabilité économique de l’opération reste suspendue à l’avènement de ses propres lanceurs lourds réutilisables… un domaine où seule SpaceX règne, pour l’instant, en maître.

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