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L’une des plus grandes étoiles connues semble se transformer : approche-t-elle de sa fin ?

Le destin de WOH G64, l’une des plus grandes étoiles jamais documentées, ressemble à un vrai thriller à rebondissements. Alors que tout le monde est d’accord sur le fait que l’étoile est en train de vivre ses derniers instants, personne ne l’est sur la nature exacte de sa transformation actuelle.

Dans l’immensité du Grand Nuage de Magellan, à quelque 160 000 années-lumière de nos télescopes, une supergéante rouge est à l’agonie. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de WOH G64, un monstre stellaire affichant un rayon démentiel 1 500 fois supérieur à celui de notre Soleil. Depuis 2013, cette étoile titanesque fait l’objet d’un débat acharné chez les astrophysiciens. Elle a perdu de son éclat, sa température augmente : pour une frange de la communauté scientifique, nous assistions en direct à ses derniers soubresauts avant son effondrement final en supernova.

En novembre 2024, une prépublication sur la plateforme arXiv postulait que ce n’était pas le cas ; elle était simplement en phase de transition et se transformait en hypergéante jaune, une étoile très lumineuse, en fin de vie. Mais alors que les conclusions finales des auteurs de ce papier venaient de paraître dans la revue Nature Astronomy en février 2026, une autre étude était déjà parue pour la contredire. Publiée au mois de janvier 2026 dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society (MNRAS), elle affirme qu’un linceul de ses propres déchets atmosphériques nous a conduit à une erreur d’interprétation. Une bataille épistémologique où chaque camp défend une réalité différente : pour les uns, l’étoile est à nu et mourante ; pour les autres, elle est protégée derrière un nuage de poussière. 

Woh G64
L’étoile WOH G64, capturée par l’instrument GRAVITY de l’Interféromètre du Very Large Telescope (VLTI) de l’ESO. Il s’agit du tout premier portrait en gros plan d’un astre situé au-delà des frontières de notre propre galaxie, la Voie Lactée. © ESO / K. Ohnaka et al.

WOH G64 : le grand casse-tête de l’astrophysique

Une des équipes ayant travaillé sur WOH G64, menée par Gonzalo Muñoz-Sanchez (responsable de la première publication sur arXiV, puis dans Nature Astronomy) a d’abord observé que l’étoile avait rétréci. Entre 2013 et 2014, elle a perdu quasiment la moitié de son envergure, et sa température a, en parallèle, augmenté. « Cette transformation drastique », expliquent les chercheurs dans leur publication finale de 2026, « peut s’expliquer soit par l’éjection partielle de la pseudo-atmosphère durant une phase d’enveloppe commune, soit par le retour à un état de repos après une éruption exceptionnelle dépassant 30 ans de durée ».

La phase d’enveloppe commune est un épisode paroxysmique propre aux systèmes binaires (deux étoiles orbitant l’une autour de l’autre). Lorsque l’une des deux étoiles gonfle démesurément (comme WOH G64), elle en vient à « avaler » sa compagne. La petite étoile se retrouve alors à orbiter à l’intérieur des couches externes de sa voisine, plus grande. Les frottements qui en résultent génèrent une énergie colossale, qui éjecte une grande partie de l’atmosphère de la géante dans l’espace.

Perte de masse et emballement thermique : deux caractéristiques qui ont mené l’équipe à catégoriser WOH G64 comme une hypergéante jaune. C’est l’hypothèse qu’ils ont avancé dans leur dernière étude au mois de février, mais un mois avant, une autre équipe de chercheurs, menée par Jacco van Loon et Keiichi Ohnaka (auteurs de la publication dans MNRAS), a dégainé sa contre-expertise

En braquant le Southern African Large Telescope (SALT) sur WOH G64 entre fin 2024 et 2025, ils ont détecté une molécule dans la lumière qu’elle émettait qui n’aurait jamais dû survivre à sa métamorphose en hypergéante jaune. De l’oxyde de titane, très sensible à la chaleur, qui ne peut subsister que dans les environnements relativement « froids » des supergéantes rouges. Sa détection dans les relevés de 2025 indique donc fortement que l’enveloppe de l’étoile n’a jamais atteint les températures extrêmes d’une hypergéante jaune.

« WOH G64 a été présentée comme ayant muté en hypergéante jaune, ce qui pourrait signaler une évolution pré-supernova après le stade de supergéante rouge », explique Jacco van Loon. « Nos relevés […] laissent aussi apparaître la signature évidente de l’oxyde de titane. Cela signifie que WOH G64 est toujours une supergéante rouge et qu’au fond, elle ne s’est jamais transformée », continue-t-il. Alors comment expliquer les changements observés sur WOH G64 ? Si les deux équipes n’ont pas le même avis sur leurs origines, elles s’accordent bien en revanche sur ce point.

Selon l’hypothèse de l’équipe de Jacco van Loon et Keiichi Ohnaka, ce rétrécissement ne serait pas une transformation physique de l’étoile elle-même, mais un effet d’optique imputable à sa voisine. En gravitant au plus près de la géante, ses mouvements orbitaux auraient arraché d’immenses quantités de gaz à la géante, créant un disque de poussière et de débris orbitant autour du couple. Ces déchets filtreraient la lumière émise par WOH G64 et la diffuseraient de telle sorte qu’elle nous parvient déformée. Pour nos télescopes, l’étoile semble plus petite et plus chaude car nous ne percevons qu’une partie de son rayonnement (notamment celui, très énergétique, de son compagnon binaire), le reste étant masqué par ce rideau opaque.

WOH G64 étant une étoile gigantesque de 40 à 50 masses solaires, elle fait partie de la catégorie des corps célestes qui vivent rapidement et meurent très jeune. Pour ne pas s’effondrer sous son propre poids, elle doit fusionner son combustible nucléaire à un rythme effrayant, et finira forcément en supernova, quels que soient les facteurs qui l’ont mené à changer si vite en moins d’une quinzaine d’années. Un phénomène rarissime à cette échelle temporelle, puisque la transition entre la phase de supergéante rouge à celle d’hypergéante jaune prend normalement entre 10 000 et 100 000 ans. Finalement, n’est-ce pas le caractère unique de cet évènement que nous devons retenir plutôt que le résultat du duel entre ces deux hypothèses, aussi instructif soit-il ?

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