« On va vers des objets “software-defined”. Comme une Tesla qui se met à jour régulièrement, demain les tanks, les avions de combat, les sous-marins seront améliorés au fil du temps par des mises à jour logicielles. » La formule est de Florence Verzelen, vice-présidente exécutive de Dassault Systèmes, et elle résume un basculement majeur.
Des tanks comme des Tesla ?
L’idée n’est pas totalement nouvelle : dans l’automobile, le principe est déjà bien installé. Les performances d’une voiture électrique peuvent s’améliorer avec le temps : les fonctions s’enrichissent, l’autonomie s’optimise, le tout sans passer par l’atelier. Transposée au secteur de la défense, la logique a du sens.
Jusqu’ici, un avion de combat ou un char étaient conçus comme des objets industriels relativement figés. Leur évolution passait par des programmes de modernisation lourds, coûteux, étalés sur plusieurs années. Le logiciel est devenu central. Capteurs, systèmes de navigation, communications, armements : tout repose de plus en plus sur des couches numériques susceptibles d’être mises à jour.
Cette transformation était freinée par des considérations de cybersécurité. « Pour des raisons de cybersécurité, on n’était pas allés aussi loin », reconnaît Florence Verzelen dans son interview à L’Opinion. Mais face à l’accélération des tensions géopolitiques et à la montée des menaces hybrides, rester immobile n’est plus une option. « Cela devient indispensable. »
La dirigeante de Dassault Systèmes met en avant sa technologie de jumeau virtuel : chaque système d’armement peut être conçu, testé et simulé dans un environnement numérique complet avant même sa production. Le principe est déjà à l’œuvre. « Chaque Rafale a été pensé, conçu et industrialisé à partir de son jumeau virtuel », rappelle Florence Verzelen. C’est nécessaire pour anticiper les défaillances, optimiser la maintenance et améliorer la disponibilité pour les opérations. Le même raisonnement s’applique désormais aux « chars du futur » et, à terme, à l’ensemble des appareils de défense.
L’intelligence artificielle vient amplifier ce mouvement. En agrégeant des masses considérables de données — issues des capteurs embarqués, des satellites, des drones ou des réseaux — cette technologie permet de multiplier les simulations en un temps record. Le tout donne des décisions plus rapides, mieux informées, et des systèmes capables d’évoluer en continu.
Il y a certes la performance technologique, mais le débat actuellement porte d’abord et avant tout sur la souveraineté. Les données critiques ne peuvent pas être hébergées n’importe où, et la définition même du « cloud souverain » varie encore selon les pays européens. Dassault Systèmes travaille ainsi à une harmonisation autour d’une certification commune (EUCS) et participe à des projets de cloud de défense spécifiquement européens.
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