On parle beaucoup de la facture énergétique de l’intelligence artificielle. Un peu moins de sa facture hydrique, autrement dit de la consommation d’eau. Pourtant, les deux sont étroitement liées. À l’occasion de l’annonce d’un nouveau data center au Texas, Google a mis en avant une technologie de refroidissement par air « avancée », censée limiter l’usage de l’eau aux seules opérations critiques du campus, comme les cuisines. Pas question que les serveurs s’arrosent à grande eau pour rester au frais. La précision n’a rien d’anecdotique car les centres de données, en particulier ceux optimisés pour l’IA, ont soif.
Les serveurs « boivent » comme une ville
Un grand data center peut consommer près de 19 millions de litres d’eau par jour. C’est l’équivalent de la consommation quotidienne d’une ville de 10.000 à 50.000 habitants. À l’échelle des États-Unis, les centres de données auraient utilisé environ 1,7 milliard de litres par jour en 2021.
L’empreinte hydrique d’un data center ne se limite pas à l’eau pompée sur place pour refroidir les serveurs. Elle inclut aussi l’eau utilisée par les centrales électriques qui produisent l’électricité consommée — souvent des centrales à gaz ou à charbon — ainsi que celle mobilisée lors de la fabrication des puces électroniques. Or, créer des semi-conducteurs nécessite d’énormes volumes d’eau ultrapure : produire 1.000 gallons d’eau ultrapure peut requérir environ 1.500 gallons d’eau du réseau.
Avec l’essor de l’IA, la pression augmente. Les modèles de langage mobilisent des calculs intensifs, ce qui génère de la chaleur, donc des besoins accrus en refroidissement. Selon des chercheurs de l’université de Californie à Riverside, une requête d’une centaine de mots auprès d’un modèle d’IA représenterait indirectement l’équivalent d’une bouteille d’eau (environ 500 millilitres). Pris isolément, cela semble modeste. Multipliez par des millions, voire des milliards de requêtes quotidiennes, et l’ordre de grandeur change.
Dans certaines régions très concentrées en data centers, la hausse est spectaculaire. En Virginie du Nord, l’un des principaux hubs mondiaux, la consommation d’eau des centres de données a bondi de 63 % entre 2019 et 2023, dépassant plus de 7,5 milliards de litres annuels. Face aux critiques, les géants du numérique avancent plusieurs pistes techniques. Le refroidissement à air mis en avant par Google permet en théorie d’approcher un indicateur d’efficacité hydrique proche de zéro, contrairement aux systèmes à évaporation plus gourmands.
D’autres technologies existent : refroidissement liquide direct « à la puce », immersion des serveurs dans des fluides diélectriques, systèmes en boucle fermée capables de réutiliser l’eau plusieurs fois, ou encore recours à des eaux non potables recyclées. Certaines solutions peuvent réduire significativement la consommation d’eau douce, au prix d’investissements plus élevés.
Google affirme vouloir « reconstituer davantage d’eau qu’il n’en consomme » en soutenant des projets de restauration des bassins versants. Le groupe met également en avant ses contrats d’énergie propre pour réduire l’empreinte indirecte liée aux centrales fossiles.
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