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Programme Artemis : la NASA étudie des habitats gonflables pour installer les premières bases lunaires

Dès les débuts de la course à l’espace, la NASA et les ingénieurs de l’époque avaient déjà compris l’intérêt de tels habitats sur la Lune. L’idée de proposer des structures gonflables fait son chemin depuis les années 1960 et retrouve aujourd’hui un nouveau souffle avec Artemis, portée par une nouvelle alliance industrielle.

Toute infrastructure spatiale se heurte, dès sa conception, à une même et impitoyable contrainte physique : le volume. Les coiffes des lanceurs imposent une enveloppe dimensionnelle incompressible qui limite mécaniquement la taille des modules habitables pouvant être acheminés en orbite ou au-delà. Si l’on souhaite un jour établir des bases lunaires, la phase appelée Artemis Base Camp par la NASA, qui devrait débuter (si tout se déroule comme prévu) en 2028 avec Artemis IV et V, il est impossible d’y couper. Voilà pourquoi les habitats gonflables constituent aujourd’hui l’une des pistes sérieusement étudiées par l’agence américaine dans le cadre de son programme Artemis.

C’est sur ce créneau que s’est positionnée Max Space, une société américaine spécialisée dans les habitats spatiaux extensibles. Elle vient de décrocher un financement de plusieurs millions de dollars auprès de Voyager Technologies, autre acteur du secteur des infrastructures spatiales commerciales basée à Denver, connu notamment pour codévelopper la future station privée Starlab avec Airbus. Les deux entreprises entendent conjointement accélérer le développement de ces modules pour les missions lunaires Artemis, avec en ligne de mire l’établissement d’une présence humaine durable hors de l’orbite terrestre.

Objectif Lune : on voyage léger !

Le principe des habitats gonflables repose sur une idée finalement assez simple : dissocier la taille du module au moment du lancement de celle qu’il atteindra une fois en service. Ils sont repliés et compactés avant le décollage pour tenir dans la coiffe d’un lanceur standard ; en l’occurrence, le Falcon 9 de SpaceX. Une fois acheminés à destination, ils sont déployés par pressurisation : l’enveloppe multicouche se dilate jusqu’à atteindre sa forme finale, offrant un volume habitable sans commune mesure avec ce qu’autoriserait un module rigide de même masse au lancement.

Max Space mise tout sur l’optimisation du ratio volume/masse pour réduire les coûts de lancement. Les habitats que l’entreprise compte fabriquer pour Artemis sont conçus pour garantir un espace de vie maximal aux futurs colons, à condition de rester compatibles avec les lanceurs utilisés. Si l’on souhaite établir une présence humaine durable sur notre satellite, les arguments de la durabilité et de la vivabilité sont essentiels pour deux raisons.

Premièrement, il est impératif que les astronautes ne se sentent pas comme des hamsters en cage en gardant la possibilité de se mouvoir sans contrainte et de vivre convenablement. Même si ceux qui seront envoyés sur place seront entraînés à être isolés à presque 400 000 km de leur bercail, ce n’est pas pour autant que leurs habitats doivent ressembler à des cellules monacales.

Ensuite, la possibilité de déployer de grands volumes avec un seul lancement réduit nécessairement le nombre de missions logistiques nécessaires à l’assemblage d’une base. Pris ensemble, ces deux paramètres permettent, en théorie, d’envisager une présence permanente, puisqu’ils répondent simultanément à deux contraintes fondamentales de l’exploration spatiale habitée : la masse à transporter et le volume habitable. C’est peu ou prou ce qu’explique Dylan Taylor, président et directeur général de Voyager technologies : « Étendre la présence humaine au-delà de l’orbite terrestre basse (LEO) exige des infrastructures capables de monter en puissance, robustes et conçues dès le départ pour durer ».

L’alliance Max Space et Voyager Technologies : préparer les habitats du programme Artemis

Au début du mois de mars 2026, Voyager Technologies a annoncé un investissement de plusieurs millions de dollars dans Max Space. Un apport dont le montant exact n’a pas été divulgué, mais qui servira à accélérer le développement des modules extensibles de Max Space. Voyager Technologies affiche une santé financière solide (chiffre d’affaires en hausse de 15 % en 2025), et, par cette injection de capitaux, il est clair que la firme cherche à consolider sa position de leader dans l’infrastructure spatiale commerciale.

Ce montant servira à augmenter les capacités de production de l’entreprise ; d’abord en renforçant les rangs des équipes d’ingénieurs et en apportant ses solutions technologiques maison dans les processus de développement. L’objectif final est de passer du « sur-mesure » à une réelle production en série.

Les deux entreprises sont claires sur leur motivation immédiate : répondre à la nouvelle feuille de route Artemis publiée récemment par la NASA, qui vise un alunissage habité en 2028. Le programme aura besoin de toute une gamme de modules de surface pour soutenir des équipages sur la durée. Les habitats gonflables proposés par Max Space constituent l’une des pistes sérieusement envisagées par l’agence américaine, même si l’entreprise est en compétition avec d’autres comme Sierra Space (LIFE) ou Lockheed Martin.

Le PDG de Max Space, si l’on en croit l’une de ses dernières déclarations, semble néanmoins confiant quant à leur positionnement. « L’investissement de Voyager valide notre approche des habitats extensibles et notre longue expérience en orbite. Ensemble, nous construisons des habitats conçus non seulement pour atteindre la Lune, mais pour y rester », explique-t-il. Le partenariat couvre, de plus, un spectre très large qui ne touche pas uniquement les habitats : gestion des missions cislunaires, logistique et équipements de surface, systèmes d’alimentation électrique et infrastructure de surface. Le tout, selon le communiqué de Voyager Technologies, dans l’optique de faire de la Lune « un domaine opérationnel, et non une destination temporaire ».

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