Sur Deezer, les chiffres donnent le tournis. La plateforme indique recevoir près de 75.000 morceaux générés par IA chaque jour. Cela représente environ 44 % de l’ensemble des titres mis en ligne quotidiennement. Autrement dit, presque un morceau sur deux. La progression est rapide. Début 2025, au moment du lancement de son outil de détection, Deezer évoquait environ 20.000 titres par jour, soit 18 % des uploads. Un an plus tard, le volume a explosé. Sur l’ensemble de l’année 2025, plus de 13,4 millions de morceaux générés par IA ont été identifiés.
Des robots qui uploadent à tour de bras
Pour suivre le rythme, la plateforme s’appuie sur un outil interne capable de repérer les signatures laissées par certains générateurs populaires comme Suno ou Udio. Une technologie en cours de brevet, que Deezer propose désormais sous licence à d’autres acteurs.
« La musique générée par l’IA est désormais loin d’être un phénomène marginal », résume Alexis Lanternier, directeur général de Deezer. L’entreprise insiste sur la nécessité d’une réponse collective pour préserver les droits des artistes et mieux informer les auditeurs. Ce flot de nouveaux morceaux ne se traduit pas pour autant par une explosion des écoutes. Deezer estime que la musique générée par IA ne représente que 1 à 3 % des streams sur la plateforme. Une goutte d’eau, en apparence.
Sauf que cette goutte d’eau pose question. Selon Deezer, jusqu’à 85 % des écoutes associées à ces morceaux seraient frauduleuses. L’idée : gonfler artificiellement les chiffres pour capter une part des revenus. Dans ces cas-là, les streams sont tout simplement exclus du calcul des redevances.
Pour limiter l’impact, la plateforme a pris plusieurs mesures. Les morceaux identifiés comme générés par IA sont retirés des recommandations algorithmiques et absents des playlists éditoriales. Deezer indique aussi ne plus stocker leurs versions haute résolution. D’autres acteurs du secteur avancent sur des pistes similaires, avec des labels spécifiques ou des outils de signalement côté utilisateurs. L’objectif est le même : éviter que ces contenus ne se mélangent sans distinction avec ceux des « vrais » artistes.
Reste une question simple : les auditeurs font-ils la différence ? Pas vraiment. Selon une étude Ipsos commandée par Deezer, 97 % des personnes interrogées ne parviennent pas à distinguer une musique générée par IA d’un morceau composé par un humain lors d’un test à l’aveugle. Pour autant, la demande de transparence est bien là. 80 % des sondés souhaitent que ces morceaux soient clairement identifiés, et 73 % veulent savoir quand une plateforme leur en recommande. Plus de la moitié estime même qu’ils ne devraient pas apparaître dans les classements principaux.
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